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Total a minimisé les effets de son activité sur le climat

Selon une étude basée sur les archives du groupe pétrolier, Total n'aurait cessé, depuis les années 1980, de contrecarrer les efforts politiques de réduction de gaz à effet de serre. ©AFP

Un article scientifique de Global Environmental Change publié ce mercredi affirme que le groupe pétrolier Total connaissait l'effet néfaste de ses activités sur le climat depuis les années 70.

Total avait connaissance des conséquences néfastes de ses activités pour le climat dès 1971, mais a entretenu le doute à la fin des années 1980 et cherché ensuite à contrecarrer les efforts pour limiter le recours à ces énergies fossiles. C'est ce que révèle une étude parue ce mercredi, intitulée "Early warnings and emerging accountability: Total’s responses to global warming, 1971–2021".

Une publication dans la revue de Total, en 1971, expliquait que la combustion d'énergies fossiles conduit "à la libération de quantités énormes de gaz carbonique."

Christophe Bonneuil, directeur de recherche au CNRS, Pierre-Louis Choquet, sociologue à Sciences po, et Benjamin Franta, chercheur en histoire à l'université américaine de Stanford, ont étudié les archives du groupe pétrolier, devenu TotalEnergies, ainsi que des revues internes et des interviews.

Une publication dans la revue interne de Total, en 1971, expliquait alors que la combustion d'énergies fossiles conduit "à la libération de quantités énormes de gaz carbonique" et à une augmentation de la quantité de gaz carbonique dans l'atmosphère. Une "augmentation (…) assez préoccupante", notait le texte de 1971.

On peut notamment y lire explicitement que "depuis le XIXe siècle, l’homme brûle en quantité chaque jour croissante des combustibles fossiles, charbons et hydrocarbures. Cette opération aboutit à la libération de quantités énormes de gaz carbonique. (…) Cette augmentation de la teneur est assez préoccupante. (…) En effet, le gaz carbonique joue un grand rôle dans l’équilibre thermique de l’atmosphère". Pour autant, le groupe a passé ce sujet sous silence, relèvent les chercheurs.

La science contestée

Au milieu des années 1980, le géant américain Exxon, via l'Association environnementale de l'industrie pétrolière (IPIECA), prend la tête d'une campagne internationale des groupes pétroliers pour "contester la science climatique et affaiblir les contrôles sur les énergies fossiles", poursuivent les chercheurs.
Bernard Tramier, directeur de l'environnement chez Elf puis Total de 1983 à 2003, cité dans l'article, raconte avoir été informé de l'importance du réchauffement climatique lors d'une réunion de l'IPIECA en 1984.

Deux ans plus tard, il alerte le comité d'exécutif d'Elf: "Il est donc évident que l'industrie pétrolière devra une nouvelle fois se préparer à se défendre."

"La nouveauté est qu'on pensait que seuls Exxon et les groupes américains étaient dans la duplicité. On s'aperçoit que nos champions pétroliers français ont participé à ce phénomène au moins entre 1987 et 1994."
Christophe Bonneuil
Directeur de recherche au CNRS, co-auteur de l'étude.

"La nouveauté est qu'on pensait que seuls Exxon et les groupes américains étaient dans la duplicité. On s'aperçoit que nos champions pétroliers français ont participé à ce phénomène au moins entre 1987 et 1994", explique Christophe Bonneuil, parlant d'une "fabrique de l'ignorance".

Parallèlement, Total et Elf ont fait "pression, avec succès, contre les politiques qui visaient à réduire les émissions de gaz à effet de serre", tout en cherchant à se doter d'une crédibilité environnementale à travers des engagements volontaires, avance l'étude de mercredi.

"Les sciences et les affaires"

À la fin des années 1990, l'approche change avec les rapports de l'ONU, du Giec, des sommets de Rio ou Kyoto. "L'industrie pétrolière française cesse de remettre en cause publiquement les sciences climatiques, mais continue à augmenter ses investissements dans la production pétrolière et gazière", à insister sur "l'incertitude, minimisant l'urgence (climatique), et à détourner l'attention des énergies fossiles comme cause première du réchauffement climatique mondial".

Vers le milieu des années 2000, nouvelle stratégie. Le groupe Total, qui a absorbé Elf en 1999, accueille une conférence sur le changement climatique en septembre 2006. Son PDG de l'époque, Thierry Desmaret, reconnaît la réalité du changement climatique et les conclusions du Giec.

Total "commence à promouvoir une division des rôles entre la science et les affaires, où la science décrit le changement climatique et les entreprises prétendent le résoudre", revendiquant ainsi sa légitimité à influer sur les politiques publiques et des entreprises et mettant en avant sa "transition énergétique".

Dans une réponse transmise avant la publication de l'article scientifique, le groupe déclare: "La connaissance qu'avait TotalEnergies du risque climatique n'était en rien différente de la connaissance émanant de publications scientifiques de l'époque (les années 1970)".

Une étude de 2017 a montré que le groupe pétrolier américain ExxonMobil savait depuis les années 1980 que le changement climatique était réel et causé par des activités humaines. Mais le groupe s'est évertué pendant des années à entretenir le doute sur cette réalité, trompant ainsi ses actionnaires et les citoyens.

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