Total, la "belle endormie" qui compte sur l'exploration pour reconquérir la Bourse

AFP

Le géant pétrolier Total a perdu 5% en Bourse ces trois dernières années. Il voudrait augmenter de 28% sa production d'hydrocarbures d'ici 2017 et pratique désormais une politique plus volontariste, s'intéressant à des zones difficiles d'accès.

Malgré des performances financières solides et une politique d'exploration plus audacieuse, Total reste en Bourse à la traîne de ses principaux rivaux, pénalisé par une production atone et des investissements peu rentables dans le gaz de schiste aux Etats-Unis.

Le géant pétrolier français a perdu 5% en Bourse ces trois dernières années. Sur la même période, les américains Exxon Mobil et Chevron ont bondi respectivement de 34% et de 61%, l'anglo-néerlandais Shell de 20% et l'italien Eni de 11%. Seul le britannique BP fait exception (-18%), plombé par la marée noire d'avril 2010 dans le golfe du Mexique.

Total affiche pourtant des performances plus qu'honorables. Le groupe dévoilera ses résultats 2012 mercredi, et les analystes s'attendent à ce qu'il dégage un bénéfice par action en nette hausse à 5,41 euros contre 5,08 euros un an plus tôt, ainsi qu'un bénéfice net ajusté quasi stable à 12,27 milliards EUR.

Mais les marges de raffinage de la société en Europe, qui s'étaient en partie redressées l'an dernier, sont reparties à la baisse fin 2012. A contrario, outre-Atlantique, elles se sont envolées dopant les résultats d'Exxon Mobil.

Les investisseurs s'inquiètent aussi car certains marchés du groupe français, annoncés comme prometteurs, s'avèrent pour l'instant décevants.

L'extraction du gaz de schiste à grande échelle aux Etats-Unis y a fait dégringoler les cours du gaz naturel, remettant en cause la rentabilité des projets de Total, qui avait investi au prix fort sur ce marché, sans anticiper ce retournement. L'entreprise a d'ailleurs annoncé qu'elle allait donner un coup de frein à ses investissements dans cette branche.

"La désaffection des investisseurs vient surtout du fait que la société a vu sa production de barils de pétrole stagner voire reculer ces dernières années", note Joffrey Ouafqa chez Convictions AM.

La production 2012 devrait être légèrement inférieure à 2011, a averti la société. "Total a en effet vécu une année très difficile avec la fuite de gaz en mars sur le gisement d'Elgin", en mer du Nord, rappelle Renaud Murail chez Barclays Bourse.

L'entreprise a également été pénalisée par une fuite sur un puits au Nigeria et les sabotages à répétition d'un gazoduc qu'il coexploite au Yémen.

En septembre dernier, le groupe s'est fixé pour objectif de porter sa production d'hydrocarbures à 3 millions de barils par jour d'ici 2017, soit une hausse d'environ 28% par rapport à 2011. "La société, qui ne nous a pas habitué à respecter ses objectifs de production, va-t-elle tenir cet engagement ambitieux ?", s'interroge M. Murail.

Pour tenter d'y parvenir, Total, longtemps considérée comme "une belle endormie" réticente à explorer de nouveaux gisements, pratique désormais une politique plus volontariste, s'intéressant à des zones difficiles d'accès.

Politique volontariste

Elle vient ainsi de se lancer dans l'exploration au large de Chypre, après une entrée remarquée l'an dernier au Kurdistan irakien.

"La stratégie et la culture d'entreprise du groupe sont en pleine mutation. Total a augmenté son budget d'exploration 2012 de 20% par rapport à 2011", relève Irène Himona, analyste à la Société Générale.

Résultat, le groupe a récemment découvert du pétrole dans le Golfe du Mexique et au large de la Norvège. "Mais les retours sur investissement ne sont pas à attendre avant fin 2014 et ces opérations coûtent cher", souligne Ouafqa.

Financement des recherches

Pour les financer, "Total, qui ne souhaite pas remettre en cause sa politique de dividende généreuse, doit avoir un programme de cessions important pour reconquérir les investisseurs", ajoute-t-il.

La société veut ainsi céder 15 à 20 milliards de dollars d'actifs entre 2012 et 2014. Elle a soldé l'an dernier sa participation dans le laboratoire Sanofi, est en passe de vendre sa filiale française de gazoducs TIGF pour 2,4 milliards d'euros à un consortium mené par EDF et négocie la cession de son activité européenne de fertilisants.

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