Un consortium veut créer un petit Coo bis à La Roche

Frank Wouters, CEO de Rent a Port (à gauche), et Marc Stordiau, co-fondateur et ancien CEO (à droite). ©Kristof Vadino

Un consortium formé de Rent A Port, filiale du groupe AvH, de la SRIW, de Socofe et d’Idelux a jeté son dévolu sur une vallée à La Roche-en-Ardenne pour un projet de stockage d’électricité.

Sur la localisation exacte du projet, ses promoteurs se veulent discrets. "Nous voulons éviter d’éveiller l’attention, à ce stade, de spéculateurs fonciers ou de l’un ou l’autre activiste environnemental", explique l’un d’eux. Une vallée précise, située sur le territoire de La Roche-en-Ardenne, a toutefois été retenue.

"Avec Idelux, nous avons examiné 50 lieux d’implantation. La vallée choisie ne compte aucune maison à exproprier et ne doit être fermée que d’un côté pour être transformée en lac, ce qui en fait un site très favorable", souligne Marc Stordiau, qui vient de céder le poste de CEO de Rent A Port à Frank Wouters, et préside désormais la filiale de CFE et d’Ackermans & van Haaren spécialisée dans les infrastructures marines et les zones industrielles.

Créer un lac artificiel

L’objectif du projet, baptisé Storlux? Créer un lac artificiel où de l’eau sera stockée par pompage quand la demande d’électricité est faible, puis relâchée pour produire de l’électricité quand la demande est forte, sur le modèle de la centrale de Coo, mais à plus petite échelle.

Frank Wouters, CEO de Rent a Port ©Kristof Vadino

Coo, c’est une centrale de 1.200 MW, pour laquelle Engie Electrabel a un projet d’extension qui offrirait 50% de stockage supplémentaire. Les deux projets ne seront pas nécessairement concurrents, ils pourraient coexister: le pacte énergétique prévoit 2.000 MW de stockage industriel à l’horizon 2030.

Pour mener à bien Storlux, Rent A Port a créé un consortium avec trois autres acteurs: la SRIW, la société wallonne publique d’investissement; Socofe, qui fédère les intérêts communaux wallons dans l’énergie; et Idelux, l’intercommunale de développement économique de la province de Luxembourg.

"Rent A Port, SRIW et Socofe sont des partenaires de longue date dans les parcs éoliens en mer, souligne Cédric Legros, en charge du dossier à la SRIW. Cela fait plusieurs années que nous réfléchissons à ce projet de stockage, qui est un projet de longue haleine dont nous pensons qu’il est créateur de valeur pour nous en tant qu’investisseurs, et pour la Belgique et la Région wallonne grâce à la réponse qu’il apporte à l’intermittence des énergies renouvelables, qui croissent à un rythme soutenu."

330 à 400 millions d’euros

L’ambition du consortium, baptisé Esterlux? Développer un projet de stockage de 160 MW, dont 120 MW par pompage-turbinage, et 40 MW via des batteries. Soit un investissement global de 330 et 400 millions d’euros, chiffre la SRIW.

"Les besoins sont là, nous sommes dans les starting blocks, mais une série de barrières subsistent."
Cédric Legros
responsable du projet à la SRIW

Le problème: le contexte régulatoire. "Les besoins sont là, nous sommes dans les starting blocks, mais une série de barrières subsistent, poursuit Cédric Legros. D’abord, ces projets de stockage sont intensifs en capital, et n’offrent pas actuellement de vision long terme sur les cash flows. Un mécanisme de rémunération des capacités, comme il en existe au Royaume-Uni ou en Allemagne, pourrait être une réponse. Ensuite, au niveau wallon, il faudrait modifier les tarifs de distribution, qui imposent une redevance à la fois lors du prélèvement et de la réinjection de l’électricité. Un autre obstacle, ce sont les certificats verts que toutes les unités de production sont obligées de présenter: le pompage-turbinage est exempté, mais il faudrait étendre cette exemption aux batteries."

Une première phase en 2019

Mais le consortium ne compte pas attendre que tous les voyants passent au vert pour se lancer. "Nous pourrions, très rapidement, développer une première phase de 10 MW de batteries", indique Marc Stordiau. Un investissement estimé à 8,5 millions d’euros, qui se ferait vraisemblablement sur un autre site que celui de La Roche, et qui pourrait être opérationnel au premier semestre de l’an prochain.

©Kristof Vadino

Ce n’est pas le premier projet de ce type en Belgique: la société d’investissement du Limbourg LRM a annoncé l’installation de 18 MW de batteries à Dilsen-Stokkem pour contribuer à l’équilibre du réseau Elia, et Engie Electrabel est en train d’installer 6 MW de batteries sur le site de sa centrale au gaz de Drogenbos. Un projet qui a pris du retard suite à un incendie, mais Engie Electrabel espère que les premières batteries pourront entrer en fonction d’ici l’été, après obtention des qualifications nécessaires auprès d’Elia.

"Notre technologie est différente, et présente a priori moins de risques d’incendie, indique Cédric Legros. Et nous pensons que cette première phase de 10 MW peut être rentable c’est le cas dans certains scénarios. Pour nous, il s’agit aussi de faire un démonstrateur, pour montrer aux autorités fédérales et wallonnes, mais aussi à la Cwape, le régulateur wallon, que c’est un outil qui peut apporter une plus-value."

Des projets aussi À Oman ou au Vietnam

La Wallonie est loin d’être le seul endroit où la société belge Rent A Port, filiale de CFE et d’AvH spécialisée dans le développement de zones portuaires, est active dans des projets liés à l’énergie verte. Elle prévoit de combiner, à Oman, production d’énergie éolienne et pompage-turbinage depuis le haut de falaises existantes.

Et au Vietnam, où elle est occupée à développer une zone industrielle de 4.000 hectares dans le port de Hai Phong, elle veut combiner éolien et photovoltaïque. "Nous avons, dans cette zone, des clients industriels qui utilisent beaucoup d’électricité, et d’autres vont encore arriver, comme le Chinois Flat Glass, qui produit du verre pour les panneaux photovoltaïques", explique Frank Wouters, CEO de Rent A Port depuis le 1er mars, et qui a auparavant travaillé 6 ans au Vietnam. "Nous avons notre propre réseau d’électricité, et nous sommes les seuls dans le nord du pays à avoir une licence de production d’électricité. Nous avons donc décidé de couvrir une partie de la consommation de nos clients industriels par de l’éolien et du photovoltaïque."

Le projet, qui était dans un premier temps de construire un parc éolien de 30 MW, a pris de l’ampleur. "Nous visons maintenant les 130 MW, indique Frank Wouters, soit un investissement de quelque 350 millions de dollars."

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