Un micro-réseau électrique taille XXL se prépare sur le zoning des Hauts Sarts

Engie, Resa, la SPI et l’Université de Liège s’apprêtent à créer sur le zoning des Hauts Sarts, le plus grand de Wallonie, un important micro-réseau électrique.

Avec 449 entreprises installées dans le parc des Hauts Sarts, qui emploient plus de 10.300 personnes, le micro-réseau électrique qu’Engie, Resa, la Spi et l’Université de Liège s’apprêtent à créer pourrait conjuguer les superlatifs. "Techniquement, il s’agit d’un micro-réseau, mais vu nos ambitions et le potentiel des Hauts Sarts, il serait sans doute plus juste de parler de macro-réseau", remarque Thierry Bodson, coordinateur de projets à la SPI, l’intercommunale chargée du développement et de la gestion des parcs d’activités économiques en province de Liège.

Une séance d’information a été organisée jeudi soir pour présenter le projet aux entreprises du parc, parmi lesquelles on trouve la Société wallonne des eaux, Safran Aero Boosters, Jost Logistics ou Mecamold, et les appeler à participer au projet. Une étude de faisabilité sera ensuite menée avec celles qui se montrent intéressées. Difficile donc, pour l’instant, de donner des chiffres précis. Mais il s’agit de passer à une tout autre échelle que celle du projet-pilote Merygrid, où trois entreprises ont été connectées à un réseau local qui comprend une installation photovoltaïque de 60 kW et des turbines hydroélectriques de 200 kW, couplées à des batteries.

Plus de renouvelables

"Les entreprises installées aux Hauts Sarts prélèvent jusqu’à 80 MW, et disposent pour l’instant de 5 MW de capacité de production renouvelables. L’ambition est d’accueillir demain davantage d’énergie renouvelable: 10 MW, puis 15, puis 20, voire davantage, dans des endroits aujourd’hui mal valorisés, comme les terrains à proximité des autoroutes ou les toits des grands hangars de certaines entreprises", situe Luc Warichet, directeur général adjoint chez Resa, le gestionnaire des réseaux de distribution de gaz et d’électricité liégeois. Un développement qui se fera essentiellement sous forme de panneaux solaires, mais pourrait aussi inclure quelques éoliennes.

"L’objectif est de créer, autour de ces énergies renouvelables, une communauté électrique locale avec les entreprises intéressées, en introduisant de la flexibilité grâce à du stockage et à de la gestion de la demande", explique François Thoumsin, directeur du développement des énergies renouvelables chez Engie en Belgique.

De quoi permettre le développement des énergies vertes sans impact négatif sur le réseau, tout en réduisant la facture des industriels grâce à l’utilisation d’énergies renouvelables bon marché, l’application de tarifs de réseaux préférentiels, la vente de services au réseau et l’achat de l’électricité résiduelle à de meilleurs tarifs, la mutualisation permettant d’améliorer le profil de consommation des entreprises, détaille Engie, qui va être le gestionnaire et l’intégrateur de cette communauté d’énergie locale.

20
Les entreprises des Hauts Sarts disposent pour l’instant de 5 MW de capacité de production renouvelable. L’objectif est d’arriver à 20 MW ou plus.

L’Université de Liège fournira le système de gestion de l’énergie nécessaire, qui permettra non seulement le pilotage physique et économique du réseau, mais devrait aussi aider à optimiser le design du réseau, en calculant par exemple l’impact de l’ajout de 1.000 mètres carrés de panneaux solaires ou d’une éolienne. "Nous espérons faire un saut technologique dans notre système, et implémenter cette nouvelle version aux Hauts Sarts. C’est assez excitant d’un point de vue technique, et je crois vraiment au développement de ces communautés énergétiques locales, en parallèle à l’évolution vers un réseau électrique global, pour construire une résilience électrique. On peut imaginer que, dans dix ans, la législation pourrait obliger chaque poche de distribution à être en mesure de fonctionner 30 heures sans aide extérieure, comme il y a aujourd’hui une obligation de stocks stratégiques de pétrole", souligne le professeur Damien Ernst.

Ce projet voit le jour alors que le décret qui va permettre la création de ce type de micro-réseaux n’est pas passé en séance plénière au Parlement wallon – il devrait normalement être voté la semaine prochaine. Il lui faudra encore attendre l’adoption par le prochain gouvernement wallon d’une série d’arrêtés pour bénéficier d’un cadre réglementaire complet et connaître le tarif de réseau qui va s’appliquer aux entreprises participantes. "Cela signifie que dans le meilleur des cas, le projet va se cristalliser durant le courant de l’année 2020, avec des réalisations techniques qui vont suivre dans la foulée" note François Thoumsin.

Le groupe Engie va-t-il pouvoir capitaliser sur des savoir-faire développés dans d’autres projets du même type à l’étranger? "Oui et non, répond François Thoumsin. Nous avons des expériences en France qui sont comparables, mais le projet des Hauts Sarts va beaucoup plus loin, sur le plan technique comme sur le plan économique. Et une expérience de cette taille, avec du stockage et de la gestion de la demande, c’est probablement une première pour le groupe."

La SPI, de son côté, imagine déjà de dupliquer ce genre d’expérience dans d’autres parcs économiques de la province de Liège.

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