Une île énergétique au large de la côte belge pour relancer l'économie

Pour raccorder les parcs éoliens en mer existants à la terre, Elia a construit une énorme prise électrique en mer. Pour les futurs parcs, elle serait remplacée par une île artificielle multifonctionnelle. ©Photo News

C’est un des dossiers les plus intrigants du plan de relance: la construction d’une île énergétique multifonctionnelle au large de la côte belge.

C’est le fédéral qui porte ce projet d’île énergétique. Un projet à ne pas confondre avec celui d’atoll énergétique évoqué durant des années. Le géant du dragage Deme rêvait, avec une série de partenaires, de construire une île artificielle au large du Coq avec au centre un gigantesque puits, beaucoup plus profond que la mer environnante. Il aurait permis de "stocker" l’électricité verte excédentaire produite par les parcs éoliens. En cas de surplus de production d’énergie, l’immense réservoir au centre de cet atoll aurait été vidé grâce à des pompes. Et en se remplissant à nouveau, le réservoir aurait mis en marche d’énormes turbines, pour produire à nouveau de l’électricité. Mais le projet d'atoll énergétique, jugé trop coûteux, a finalement été abandonné.

L’île énergétique devrait, elle, être installée dans la zone Princesse Elisabeth, où seront construites les prochaines éoliennes en mer belges. Une zone située dans les eaux territoriales belges, mais côté français cette fois. Il est prévu de construire dans cette zone de 281 kilomètres carrés 2,1 GW d’éolien – soit quand le vent souffle à plein, de quoi produire autant que deux réacteurs nucléaires.

"Parmi les activités commerciales possibles, la production d'hydrogène vert, des activités d'exploitation et de maintenance des parcs ou des antennes 5G."
Le cabinet de la ministre fédérale de l'énergie Tinne Van der Straeten

Pour raccorder ces éoliennes à la terre ferme, le gestionnaire du réseau belge à haute tension Elia projetait jusqu’ici de construire une deuxième prise électrique géante en mer, comme celle installée pour les parcs existants. L’idée est de remplacer cette prise par un îlot énergétique multifonctionnel, qui servira de plaque tournante pour la connexion des parcs éoliens à venir, mais aussi des câbles à haute tension permettant d’échanger l’électricité avec d’autres pays – notamment avec le Danemark.

Pas de palmiers ni de complexe hôtelier

Une partie de l’île pourrait également être réservée à des activités commerciales. Ne rêvez toutefois pas de palmiers et de complexe hôtelier. "Les options possibles sont notamment la production d’hydrogène vert, des activités d’exploitation et de maintenance des parcs ou des antennes 5 G, détaille le cabinet de la ministre de l’énergie Tinne Van Der Straeten. Cela permettrait de réaliser cette île sans surcoût pour le consommateur." Avec le soutien du plan de relance, les tarifs d’électricité de cette île devraient même être plus bas, estime le cabinet, que ceux entraînés par  la solution de prise électrique géante.

D’autres pistes ont également été évoquées, comme le stockage de l’électricité éolienne excédentaire via des batteries, l’installation d’un data center en mer ou de panneaux photovoltaïques flottants entre les éoliennes. La faisabilité de toutes ces options devra encore être confirmée, car travailler en mer est plus coûteux et plus complexe que travailler sur la terre ferme.

420
millions d'euros
Le coût total du projet? 420 millions d'euros, selon les estimations du Fédéral, qui demande 100 millions d'euros de financement européen dans le cadre du plan de relance.

Le coût du projet? 420 millions d’euros, selon les estimations du Fédéral, qui demande 100 millions d’euros de financement européen dans le cadre du plan de relance. Il pourrait être opérationnel vers mi-2025, toujours selon les estimations du fédéral.

Cette île artificielle ne serait pas, comme c’est habituellement le cas, construite au moyen de sable pulvérisé, mais bien composée d’une structure en béton remplie de sable. Elle s’étendrait sur 5 hectares: 3 hectares pour les interconnexions, et 2 hectares pour les autres fonctions. Située à environ 40 kilomètres de la côte, elle ne serait pas visible depuis le rivage.

Le principal levier du Fédéral

L’éolien en mer est un des principaux leviers dont dispose la ministre fédérale de l’énergie pour lutter contre les changements climatiques. Elle veut donc exploiter pleinement son potentiel, et cette île est pour elle un moyen d’y parvenir. "Je veux faire de la mer du Nord une grande centrale d’énergie renouvelable" expliquait-elle la semaine dernière dans l’interview qu’elle nous avait accordée. Des interconnexions avec les pays voisins à partir de cette île devraient permettre d’accéder aux surplus d’énergie renouvelable produits par d’autres pays, avec un effet positif sur les prix et sur le climat. La Belgique est aujourd’hui numéro quatre mondial en matière d’éolien en mer. Construire cette île énergétique lui permettrait d’être à nouveau pionnière et de maintenir sa position de leader international, plaident les défenseurs du projet.

La Belgique n’est pas la seule à travailler sur ce type de projet. Les gestionnaires de réseaux Energienet (Danemark), Tennet (Allemagne) et Gasunie (Pays-Bas) se sont associés au port de Rotterdam pour évaluer l’intérêt d’une telle île multifonctionnelle en mer. Un projet "techniquement et économiquement réalisable" ont-ils conclu.

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