50.000 entreprises menacées par l'allongement des délais de paiement

La construction est un secteur fragile. ©Hollandse Hoogte / Ger Loeffen

Lorsque le ratio de solvabilité descend sous la barre des 15%, l’entreprise ne peut pas faire face à un allongement du délai de paiement, prévient le SNI.

Rallonger les délais de paiement reviendrait à faire boire la tasse à plus de 50.000 entreprises. L’avertissement vient du SNI, le Syndicat neutre des indépendants, qui s’inquiète toujours de la proposition de loi qui vise à assouplir les délais de paiement. "Un quart des faillites sont dues à des mauvais payeurs", rappelle la présidente du SNI, Christine Mattheeuws.

En décembre dernier, la commission Économie de la Chambre avait approuvé à l’unanimité de tous les partis une proposition de loi accordant aux consommateurs un délai supplémentaire avant de se voir imputer des frais et/ou intérêts de retard. Sous la pression du monde patronal, les partis de droite s’étaient ravisés et avaient renvoyé le texte pour avis au Conseil d’État. Celui-ci doit encore se prononcer.

"Ces entreprises sont trop faibles et ne génèrent pas un chiffre d’affaires suffisant pour couvrir leurs frais."
Christine Mattheeuws
Présidente du SNI

En attendant, le SNI s’est penché sur les bilans financiers des entreprises compilés par Trends Business Information. Sur les quelque 439.000 comptes publiés en 2019, 121.247, soit plus d’un quart, ont enregistré une perte nette. En soi, ce n’est pas un drame. Par contre, si cette perte est combinée avec un très faible ratio de solvabilité, soit le rapport entre les fonds propres et le patrimoine général de l’entreprise, cela devient beaucoup plus problématique. Le ratio minimal se situe entre 25 et 40%. Or 54.890 entreprises affichent un ratio de solvabilité inférieur à 15%.

"En tout état de cause, ces entreprises sont trop faibles et ne génèrent pas un chiffre d’affaires suffisant pour couvrir leurs frais. Un allongement des délais de paiement pourrait dès lors leur être fatal", prévient Christine Mattheeuws. La quasi-totalité de ces entreprises (99%) sont des sociétés unipersonnelles employant moins de 10 travailleurs.

Fonds propres

Un autre indicateur parlant est la capacité de l’entreprise à immobiliser ses fonds propres. On considère qu’une entreprise qui doit immobiliser plus de 60% de ses fonds propres pour répondre à ses créances à court terme risque des problèmes. Dans la construction par exemple, ce pourcentage est systématiquement dépassé. Si les délais de paiement sont encore rallongés, elles devront faire financer tous leurs investissements et leurs stocks par des tiers (banques, fournisseurs...), ce qui peut à nouveau engendrer des problèmes de solvabilité.

Mais il n’y a pas que les métiers de la construction qui sont concernés. Les garages et certaines professions libérales, chez qui le consommateur ne paie pas au comptant (architectes, comptables, fiscalistes...), doivent également puiser dans leurs fonds propres en attendant d’être payés.

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