A Bruxelles, un cluster vivier de projets pour l'économie circulaire

Grégory Dessart et Olivier Breda du cabinet Dzerostudio Architectes, à l'origine d'une serre élaborée à partir de la récupération de matériaux de construction sur les chantiers. ©Arctik

Le premier cluster bruxellois dédié à l'économie circulaire voit officiellement le jour ce jeudi à Bruxelles. Impulsé par la cellule Greentech de Hub.brussels, le programme rassemble 27 partenaires qui se dédient à la dimension durable de leurs produits.

Plus qu'un mode de développement économique, l'économie circulaire est une manière innovante de penser l'entreprise et la consommation de demain. En donnant la primauté aux volets sociaux et environnementaux, ces nouveaux acteurs pensent le développement dans une optique de durabilité des produits.

Bruxelles investit le créneau de l'économie circulaire

"Créer un écosystème, faire en sorte que ces projets puissent maturer, se développer." Ces priorités énoncées par Didier Gosuin (DéFI), ministre bruxellois de l'Economie et de l'Emploi, donnent un aperçu de la politique bruxelloise en termes d'approche de l'économie circulaire.

La création du cluster bruxellois circlemade.brussels, regroupant 27 partenaires, apparaît comme la suite logique dans l'affirmation de ce principe. À terme, ce mode de production et de consommation entend remplacer l'économie dite linéaire.

"On est dans une mutation économique qui n'en est qu'à ses débuts. On est dans un changement radical et structurel de l'économie", rapporte le ministre qui ne conçoit pas l'économie circulaire comme un mode de production alternatif. Pour étayer son propos, le ministre avance le chiffre de 200 entreprises bruxelloises présentes dans l'économie circulaire.

30.000
Nombre d'emplois dont l'économie circulaire serait pourvoyeuse en Belgique
Didier Gosuin souligne que l'économie circulaire permettrait à terme la création de 2 millions d'emplois en Europe dont environ 30.000 sur le territoire belge.

La cellule Greentech de Hub.brussels espère, via la création du cluster, favoriser la constitution d'une communauté d'entrepreneurs innovants dans le secteur de l'économie circulaire avec l'optique d'encourager les projets multiacteurs.

L'enjeu? Un modèle économique mettant l'accent sur le défi de la durabilité des produits manufacturés et des matériaux. Il s'agit de les garder en circulation le plus longtemps possible tout en garantissant leur qualité. Aussi, l'économie circulaire prône-t-elle l'optimisation des ressources en incluant un volet socio-environnemental à sa démarche.

Cependant, le cluster n'est pas voué à demeurer dans une situation de vase clos. Il s'agit de fédérer au-delà et de "faire que les clusters sectoriels investissent l'économie circulaire", a ajouté Didier Gosuin. "La finalité est d'élaborer un produit écoresponsable de A à Z."

Tale me, le "Netflix de l'habillement"

Le credo de l'économie circulaire: consommer et produire autrement. Une formule qui a un écho certain chez Anna Balez, fondatrice de Tale Me, formant partie du cluster. Le concept de sa société: proposer à la location un dressing de vêtements destinés aux femmes enceintes et aux enfants en bas âge.

"La vente, c'est retourner dans le passé. C'est une vision archaïque. On ne peut plus récupérer la matière"
Anna Balez
Fondatrice de Tale me

Se présentant comme le "Netflix de l'habillement", la société entend poursuivre son développement en s'axant sur la location. "La vente, c'est retourner dans le passé. C'est une vision archaïque. On ne peut plus récupérer la matière", déplore la fondatrice de Tale me.

En ce sens, la démarche de l'entreprise cherche à s'inscrire dans un mode de consommation éthique en récupérant des vêtements parfois destinés à être détruits et en encourageant à louer au lieu d'acheter.

Anna Balez, fondatrice de Tale me, qui propose des vêtements à la location. ©Arctik

Avoir développé une offre pour les femmes enceintes ou les enfants en bas âge n'est d'ailleurs pas un hasard. Ces habits sont destinés à être portés peu de temps. La location est présentée par Tale me comme une réponse à l'accumulation et au jet de vêtements.

Le projet ne se distancie pas de la qualité des produits proposés à la location. Tale me met en avant le fait qu'elle ne laisse pas de côté la mode et les tendances.

Quel futur pour la structure? "L'économie circulaire se porte plutôt pas mal. Le projet est de se lancer en marque blanche. L'économie circulaire est devenue à la mode", a avancé Anna Balez. "L'idée est de se développer encore plus."

20.000
Nombre de vêtements de Tale Me en circulation et en stock
Anna Balez rapporte que Tale me représente environ "20.000 vêtements qui tournent" et 2.000 clients permanents.

"L'économie circulaire est rentable dans le temps. Il y a un effet de levier, mais il faut prendre le temps", a estimé la fondatrice de Tale me qui insiste sur la plus-value sociale, environnementale et écologique de l'activité de la société.

Tomato Chili, la serre qui valorise les déchets

"Il y a énormément de déchets de bois sur les chantiers." Un simple constat qui est devenu rapidement le ferment d'un concept de serre dans l'esprit d'Olivier Breda du cabinet Dzerostudio Architectes.

Démontable, modulable, écoresponsable... la serre Tomato Chili portée par le cabinet Dzerostudio Architectes depuis février 2017 entend faire la part belle à l'économie circulaire. 5 emplois à mi-temps ont même été créés pour mener à bien le projet.

"L'argument compétitif, c'est l'impact environnemental. Notre serre est vingt fois moins impactante qu'une serre en aluminium"
Olivier Breda
Architecte au cabinet Dzerostudio Architectes

Le bois est récupéré sur des chantiers bruxellois, notamment celui de Tivoli, le vitrage, de bâtiments en fin de vie voués à la destruction. L'architecte estime à 100 m³ le volume de déchets collectés d'ici juin 2018.

L'accent a été mis sur la démontabilité de la serre en minimisant les volumes, notamment lors des déplacements de la serre. Aussi, le concept est-il particulièrement prisé et investit de plus en plus la sphère urbaine.

"L'argument compétitif, c'est l'impact environnemental. Notre serre est vingt fois moins impactante qu'une serre en aluminium", en ce qui concerne le processus jusqu'à la livraison, précise Olivier Breda. Une étude chiffrée qui résulte de recherches menées par la Vrije Universiteit Brussels.

La mise en place du projet a été le fruit de synergies entre cinq entreprises présentes à Greenbizz (mais pas nécessairement présentes dans le cluster). Une émulation mutuelle qui sera l'un des objectifs visés par le futur cluster bruxellois.

Autre cas de synergie cette fois-ci entre Dzerostudio Architectes et Tale me, tous deux membres du cluster. Le cabinet a conçu un modèle d'escalier démontable pour la société de location de vêtements dont les caissons peuvent être convertis en étagères.

La serre Tomato Chili Project a été élaborée par le cabinet d'architecture Dzerostudio Architectes. ©Arctik

De même, des portiques en bois, destinés aux conteneurs après un festival, ont été récupérés pour en faire des porte-cintres démontables.

Mais le concept ne se limite pas au simple cadre de l'économie circulaire. Le cabinet d'architecture se mobilise sur le terrain de l'économie de la fonctionnalité. "On essaie d'impliquer les clients dans le projet", a déclaré Olivier Breda.

Autrement dit, le but est de "changer les mentalités" et d'accompagner les clients tout au long du projet. "On conseille les clients en amont de leur décision et on s'attache à la préservation du bâtiment dans le temps", a-t-il ajouté.

En attendant, l'installation de serres sur le WTC ou encore sur la friche urbaine à proximité du Citygate devraient bientôt voir le jour.

Créer la confiance... et la demande

Pour que l'efficacité du cluster se révèle optimale, la place doit être faite à l'essor de la relation de confiance entre ses membres.

Il faut "créer une relation de confiance et faire en sorte qu'humainement, les acteurs se comprennent. Il s'agit de construire ensemble des chaînes de valeurs"
Anthony Naralingom
Coordinateur du cluster circlemade.brussels

"Lancer le cluster 'Circlemade', c'est permettre à toutes les entreprises de réfléchir ensemble", a précisé le ministre bruxellois de l’Économie et de l'Emploi. L'idée essentielle étant d'encourager les synergies et de susciter l'émulation entre les différentes structures.

Il s'agit de "faire en sorte que ces entreprises disposent d'un lieu de rencontres pour faire éclore des projets multiacteurs", a poursuivi Didier Gosuin.

Constat similaire chez Anthony Naralingom, coordinateur du cluster circlemade.brussels. Le cluster doit "aider à avoir des collaborations entre les acteurs pour aller plus loin et aller vers la transition économique."

Pour cela, il faut "créer une relation de confiance et faire en sorte qu'humainement les acteurs se comprennent. Il s'agit de construire ensemble des chaînes de valeur", a ajouté le pilote du projet qui espère que le cluster comptera cinquante membres d'ici la fin de l'année.

"On doit maintenant réfléchir à la demande pour susciter et créer de nouveaux marchés. Porter ces produits à la connaissance du grand public"
Didier Gosuin
Ministre bruxellois de l'Economie et de l'Emploi

L'un des principaux défis auquel se trouve confronté le cluster, c'est la carence de la demande à l'heure actuelle. "Je n'ai plus d'inquiétude sur le foisonnement d'idées", a déclaré Didier Gosuin, ministre bruxellois chargé de l’Économie et de l'Emploi. "On doit maintenant réfléchir à la demande pour susciter et créer de nouveaux marchés. Porter ces produits à la connaissance du grand public."

Le défi des entreprises du cluster réside désormais dans la mise en visibilité de leurs activités et dans leur capacité à sensibiliser le grand public à de nouveaux modes de consommation.

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