Investir via un crowdfunding peut aussi impliquer des frais

La conférence de presse lors du lancement de MyMicroInvest. À droite, son président, José Zurstrassen, et le CEO, Olivier de Duve (au centre gauche). ©Dries Luyten

L’affaire Newsmonkey - MyMicroInvest met en évidence un aspect parfois méconnu dans le domaine du financement participatif: celui qui investit s’expose à des frais parfois élevés.

A priori, le crowdfunding est très sympathique. Une plateforme participative, généralement sur internet, met en relation des entrepreneurs en quête de moyens financiers avec une foule de personnes disposées à consacrer quelques euros à un projet qui leur semble prometteur. On sait bien entendu qu’il s’agit là de capital à risque: si l’entreprise ainsi financée fait faillite, les petits porteurs, les "crowdfunders", perdent leur mise. On n’est pas très loin d’un investissement en Bourse.

Ce dont le public semble moins informé, c’est que le crowdfunding implique aussi des frais, comme dans la plupart des investissements. Et aussi que le "crowdfunder" ne devient pas nécessairement l’actionnaire de l’entreprise financée: il n’a que des droits à l’égard de la plateforme de crowdfunding. Ce qu’il est désormais convenu d’appeler "l’affaire Newsmonkey - MyMicroInvest" vient de mettre en lumière ces aspects méconnus du financement participatif.

Investisseurs furieux

Les faits sont simples. Via la plateforme de crowdfunding MyMicroInvest, la société Definitive Groove qui détient le site d’informations Newsmonkey lève 275.000 euros. Près de 1.500 investisseurs participent à l’opération en achetant des "notes participatives" de 50 euros. Newsmonkey fonctionne plutôt bien pour un titre de presse sur internet et au bout de deux ans, les actionnaires principaux décident de racheter les actions des minoritaires.

275.000 euros
Quelque 1.500 "crowdfunders" avaient placé 275.000 euros dans Newsmonkey, soit entre 150 et 200 euros par personne en moyenne.

Voilà donc MyMicroInvest et ses crowdfunders obligés de se retirer du projet mais avec une plus-value de 10% à la clé car les actions de Definitive Groove ont vu leur valorisation augmenter. Seulement, au moment de rembourser les "crowdfunders", MyMicroInvest prélève 12% de frais de gestion. Cette commission réduit donc chaque note de 50 euros à 44 euros, et malgré la plus-value de 10% (4,40 euros), les investisseurs sont perdants car ils ne reçoivent que 48,40 euros, contre une mise de départ de 50 euros.

Les petits investisseurs sont furieux et le font savoir. Contacté lundi, MyMicroInvest a réagi par la voix de Peter De Decker, investment analyst: "Nous sommes un facilitateur, pas un actionnaire actif. Un actionnaire a souhaité sortir du capital en fixant le prix (avec une plus-value de 10%, NDLR), que nous n’avons pas pu négocier. Nous avons tenté de trouver une façon de modifier les frais mais d’un point de vue légal, ce n’était pas possible car c’était prévu dans le prospectus."

Ce prospectus mentionne en effet clairement les frais de 12% ainsi que les risques de perte élevés auxquels l’investisseur s’exposait. Contactée lundi, la FSMA, l’Autorité des marchés financiers, confirme avoir contrôlé la levée de fonds. "Mais après la clôture de l’opération, notre contrôle prend fin car ce n’est pas une société cotée", indique un porte-parole de la FSMA. Le crowdfunding s’est donc fait dans les règles: l’investisseur était averti non seulement du risque mais aussi des frais. Que ceux-ci soient élevés n’y change rien.

Reste une question en suspens. Les crowdfunders n’ont jamais été actionnaires de Definitive Groove (Newsmonkey): c’est MyMicroInvest qui l’était. À ce titre, cette dernière disposait d’actions "de catégorie C", selon le prospectus. Or, toujours d’après le prospectus, les titulaires de telles actions n’étaient jamais obligés de revendre leurs titres. Par contre, les titulaires d’actions de catégories A et B étaient tenus de vendre leurs actions à tout actionnaire qui deviendrait majoritaire. Or, en 2015, le pacte d’actionnaires a été modifié et les actions de catégorie C sont passées en catégorie B, ce qui a contraint MyMicroInvest à se retirer du capital quand l’actionnaire principal est devenu majoritaire. Depuis le prospectus, la donne a donc changé, au détriment des crowdfunders. Mais était-ce illégal? Ce sera aux cours et tribunaux de trancher. Le week-end dernier, une avocate a émis l’idée d’une action en réparation collective.

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