Le gouvernement souhaite réintroduire la période d'essai

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La période d'essai pourrait redevenir la norme dans le monde du travail. Les syndicats dénoncent l'attitude du gouvernement qui ne les prennent pas en compte suffisamment tôt dans leur réflexion.

Le gouvernement Michel compte demander aux partenaires sociaux de préparer une proposition portant sur la réintroduction de la période d’essai. Cette décision a été prise la semaine dernière au cours des discussions budgétaires. Le sujet faisait également partie du texte de compromis devant être approuvé aujourd’hui par le cabinet restreint. Les syndicats et les organisations patronales ont jusqu’au 30 septembre pour donner leurs avis.

• Avec la période d'essai

Jusqu’en 2014, les entreprises pouvaient licencier sans indemnité les travailleurs disposant d’un contrat de travail fixe, dans les six mois suivant leur embauche. Avec l’introduction du statut unique pour les ouvriers et les employés, cette période d’essai a été supprimée. Le statut unique prévoit les mêmes conditions de licenciement pour les ouvriers et les employés, au détriment de ces derniers.

• Sans la période d'essai

Si un employeur licencie dans les trois mois un nouveau collaborateur disposant d’un contrat à durée indéterminée, il doit lui verser deux semaines de salaire. Entre le troisième et le sixième mois, l’indemnité correspond à quatre semaines de rémunération. D’après les organisations patronales, les entreprises préfèrent recourir aux travailleurs intérimaires et sont moins promptes à signer un contrat de travail à durée indéterminée.

C’est ce qui explique que la N-VA, l’Open VLD et le MR souhaitent réintroduire la période d’essai. Le CD&V a quant à lui plaidé en faveur du dialogue social. Dans l’accord-cadre, il était déjà prévu que les partenaires sociaux évaluent le statut unique. Dans un esprit de compromis, une phrase a été ajoutée: "Le ministre de l’Emploi demande une évaluation de la suppression de la période d’essai et dans ce contexte, attend des propositions en faveur de l’emploi."

Les syndicats sont furax

"On nous implique quand tout a déjà été décidé. C’est inacceptable."
Rudy de Leeuw
président de la FGTB

Dans les milieux gouvernementaux, il se chuchote que les partenaires sociaux ont le choix entre:

- accepter la réintroduction de la période d’essai
- proposer une solution alternative ayant un impact comparable sur l’emploi.

"S’ils ne réussissent pas, nous prendrons nous-mêmes les choses en main."

Les syndicats déçus

Les syndicats réagissent négativement au souhait du gouvernement de réintroduire la période d'essai: "Une négociation où les employeurs murmurent à l'oreille du pouvoir politique n'est pas une négociation", déplore ainsi le syndicat chrétien flamand ACV. Le syndicat libéral ACLVB se dit lui "profondément déçu" par la manière d'agir du gouvernement. "En prédisant déjà carrément l'issue d'un éventuel échec d'un compromis, le gouvernement anticipe le dialogue social", constate-t-il.
Il n'est pas question de dialogue de cette manière, estime de son côté l'ACV. "Ce sont les employeurs qui tiennent la plume du gouvernement", dénonce son secrétaire national, Mathieu Verjans. Un avis que rejoint le syndicat libéral.
D'après les organisations patronales, les entreprises préfèrent recourir aux travailleurs intérimaires et sont moins promptes à signer un contrat de travail à durée indéterminée. "Une erreur", répond-on au sein du syndicat chrétien. "Il n'y a pas une augmentation significative de l'emploi intérimaire qui puisse être liée à la suppression de la période d'essai." Mathieu Verjans évoque enfin les nombreux millions d'euros que les employeurs ont reçu à titre de compensation pour les coûts supplémentaires liés au statut unique. "A ce propos, on ne les entend évidemment pas...", se lamente-t-il.
"C'est toujours la même chose avec ce gouvernement: on nous implique quand tout a déjà été décidé. C'est inacceptable", fulmine, quant à lui, le président de la FGTB.

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