interview

"Los Angeles est la ville qui incarne le rêve américain" (Giles Daoust)

©Belga

L’Echo vous emmène cet été à la découverte de villes du monde entier à travers les yeux de dirigeant(e)s d’entreprises en vue. Aujourd’hui, Los Angeles par Giles Daoust.

Dès la réalisation de son premier film, "Last Night on Earth", en 2003, Giles Daoust a eu droit à une projection à Los Angeles. Son long-métrage avait été présélectionné pour le festival de cinéma d’Hollywood, ce qui avait valu une invitation dans La Mecque du septième art à son scénariste-réalisateur-producteur. Le script s’est répété pour son troisième opus, "Artefacts", qu’il a, dans la foulée, réussi à vendre au studio Lionsgate. Ces deux faits d’armes ont marqué à la fois les débuts de sa société de production Title Media, qui dispose depuis d’un pied-à-terre à L.A., et ceux d’une relation d’attachement le liant à la côte des Anges. Attention, cela ne signifie pas qu’il aime cette ville à la folie, mais qu’il éprouve pour elle une sorte de fascination raisonnée, qu’il cultive par ailleurs avec application parce qu’elle incarne la capitale du cinéma, qui reste son hobby préféré. Car depuis janvier 2015, Giles Daoust consacre l’essentiel de sa vie professionnelle à la société d’intérim Daoust SA où il a succédé à son père, Jean-Claude.

"Los Angeles est très grande et constituée d’un ensemble de quartiers qui ne se ressemblent pas, commence-t-il. Il y règne une atmosphère de start-up. Elle incarne le rêve américain et l’esprit d’entreprendre. La mode y évolue très vite, ce qui fait que tout change tout le temps. C’est à la fois excitant et frustrant. Et en raison des distances entre les zones, on ne sait rien y faire à pied. Impossible de s’y promener, il faut prendre sa voiture entre deux visites."

©Kristof Vadino

Il s’y rend chaque année pour développer le réseau de sa société de production. Avant d’embrasser des fonctions dirigeantes chez Daoust SA (où il est entré en 2010), Giles y louait un appartement à l’année, dans le quartier de Burbank, à deux pas des sièges de Disney et Warner Bros. Dans la région, il recommande de visiter plutôt les studios de la Warner que ceux d’Universal: les premiers permettent de découvrir d’authentiques lieux de tournage, alors que les seconds ont un côté factice, trop marqué "touristique".

À Hollywood Boulevard, juste au sud de Burbank, le Chinese Theater où les stars ont imprimé leurs mains dans le ciment vaut le détour, mais il faut savoir que le site ne fait que 300 mètres: au-delà, on se retrouve dans une zone un peu glauque, entre ateliers de tatouages et sex-shops. Pour les amateurs de musique en tout genre et sous tout format (33 et 45 tours inclus), un détour s’impose par le N°6400 de Sunset Boulevard: ils y franchiront le seuil de l’Amoeba Music Store, un magasin de disques à l’ancienne, mais au catalogue inépuisable et à l’atmosphère "Californie des années 1960".

Giles Daoust ne prise pas particulièrement Beverly Hills, le coin des millionnaires, ni les échoppes de son Rodeo Drive où l’on dénichera toutes les grandes marques de luxe de la planète. Downtown, le centre-ville où les gratte-ciel abritent les sièges de banques, ne trouve pas davantage grâce à ses yeux, à l’exception de Chinatown et des autres quartiers "ethniques" dédiés aux Coréens, aux Philippins, etc.

Une culture inspirante

ce qu’il aime moins

L’absence de piétons. En raison des distances et de la multiplicité des quartiers, il est quasi impossible de se balader à pied dans L.A. On ne peut s’y passer de voiture.

Il regrette aussi une certaine obsession de la mode, qui pousse à négliger l’ancien.

ce qu’il aime

L.A. est une ville où tout est possible. "On peut y  lancer les nouveautés ou  les concepts les plus fous."

Il y apprécie aussi l’atmosphère décontractée: "On y bosse beaucoup, mais en souriant, en restant cool, et tout en se montrant créatif."

les lieux préférés

Paradise Cove. Un restaurant sur la plage  à Malibu, où l’on déguste les fruits de mer, "mais pas à la normande, en grillade!"

Amoeba Music Store. Ce magasin de disques et CD situé sur Sunset Boulevard est unique avec son ambiance hippie: on y trouve absolument tout, neuf ou d’occasion.

Nobu à Central L.A., un resto japonais impressionnant,où le client ne choisit pas ses plats mais décline ses allergies.

Les plages, en revanche, valent la peine. On a l’embarras du choix. Il retient Venice Beach, Santa Monica et Malibu. La première pour son front de mer avec ses boutiques et magasins, qui lui rappellent Camden Town à Londres. On peut se rendre de Venice Beach à Santa Monica à vélo, un joli parcours qui vous amènera à la Jetée qui réunit une petite foire permanente, avec des attractions pour enfants et des restaurants mexicains. Puis, plus loin vers le nord-ouest, Malibu propose une vaste série de plages. Une zone qui compte de nombreuses villas de stars et qui attire beaucoup de surfeurs.

Giles Daoust juge L.A. très inspirante parce que tout y est possible. Les créatifs peuvent y tester les idées les plus folles sans craindre de heurter les sensibilités. "On y est confronté à une culture très différente de la nôtre, observe-t-il. De cette différence naissent également des idées." Dans sa société d’intérim, le slogan "Welcome to the family" vient de là. "Notre culture d’entreprise s’appuie sur des valeurs humaines familiales. On y fait la part belle à l’informel, au tutoiement. Il n’y a par exemple aucun dress code. Avoir passé beaucoup de temps à Los Angeles m’a décomplexé par rapport à cela."

Côté références, il cite "Magnolia", le film de Paul Thomas Anderson qui met en scène le destin de neuf personnages au cours d’une journée dans L.A. La série télévisée "Animal Kingdom", qui décrit une famille criminelle dans le milieu des surfeurs à Los Angeles, illustre bien l’ambiance des plages de la ville, à ses yeux. De même, il retrouve un parfum local dans les romans de James Ellroy ("L.A. Confidential"…).

Son métier de réalisateur et scénariste resurgit quand on évoque quelques autres films censément tournés à L.A.: "Nombre de ces long-métrages ont tendance à donner de la ville une image d’Épinal, avec des immeubles des années 1920 alignés le long de palmiers, ou des mini shopping centres à toit plat flanqués d’un parking et d’un bowling." Un peu cliché, tout ça, c’est vrai. Pour éviter… de se faire un film, il n’y a plus qu’à aller vérifier sur place.

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