"A Berlin, les gens ne sont pas stressés par le train à prendre ou la prochaine réunion" (Chris Peeters, CEO d'Elia)

©Woelffing

L’Echo vous emmène cet été à la découverte de villes du monde entier à travers les yeux de dirigeant(e) s d’entreprise en vue. Aujourd’hui, Berlin par Chris Peeters, CEO d’Elia.

Berlin, pour Chris Peeters, c’est d’abord l’omniprésence de l’ours symbole de la ville et des Ampelmännchen, ces bonhommes verts et rouges autorisant ou non la traversée des piétons hérités de l’Allemagne de l’Est, deux figures emblématiques que l’on croise partout. C’est aussi une capitale très agréable, où les voitures sont moins omniprésentes qu’à Bruxelles. "Il y a du monde, mais beaucoup se déplacent en vélo ou à pied. Et les Berlinois, de tous les âges, passent beaucoup de temps à l’extérieur. Ils s’arrêtent le long de la rivière, se détendent, s’amusent, même durant les saisons intermédiaires. Il y a par-ci par-là des bars avec de la musique, et c’est très vivant jusqu’à très tard le soir, sans qu’on se sente en insécurité. Alors qu’en Belgique, en dehors des dix jours de chaleur, on voit des gens stressés, qui doivent aller prendre leur train ou se rendre à leur prochaine réunion. Ce sentiment, on l’a très peu à Berlin. Mais c’est typique de Berlin: à Munich ou à Francfort, c’est le même stress que chez nous."

Lui-même a beaucoup sillonné la ville depuis qu’il est devenu CEO d’Elia, en 2015: c’est là, en effet qu’est basée 50Hertz, la filiale allemande du gestionnaire du réseau belge à haute tension, dont il préside le conseil de surveillance. "Au départ, j’y allais trois ou quatre jours par mois, explique Chris Peeters. C’est devenu beaucoup plus intense avec l’intérêt des Chinois pour une entrée dans le capital, qui nous a amenés à prendre le contrôle complet de l’entreprise, avec comme nouveau partenaire la banque publique KfW. Je vais maintenant à Berlin toutes les deux semaines, pendant 2 ou 3 jours. Et cela va probablement encore continuer à ce rythme pendant un certain temps, parce que nous avons démarré un programme d’intégration qui demande beaucoup d’attention et que l’entreprise est pour l’instant dirigée par un CEO ad interim."

Sa langue de travail? "L’anglais pour tout ce qui est décisionnel. Par contre, quand je parle aux employés, je m’efforce de leur parler allemand. Je vais aller deux ou trois jours au Ceran pour la seconde fois début août pour me perfectionner."

"Je trouve cela toujours surprenant qu’ici, on trouve qu’il y a de grosses différences de culture entre Limbourgeois et Anversois, alors que j’ai travaillé dans une équipe qui comprenait des Israéliens, des Nigérians, des Russes et des Saoudiens, femmes et hommes, et ça marchait."

Quand il le peut, Chris Peeters loge dans un hôtel juste en face du siège de 50 Hertz. "Nos bureaux sont très bien situés, tout près de Hauptbahnhof, la gare centrale. Tout est à proximité: la chancellerie d’Angela Merkel est à 10 minutes à pied de l’autre côté de la rivière, nous voyons le bâtiment du ministre fédéral de l’Economie et de l’Energie, Peter Altmaier, depuis nous bureaux. On peut donc tout faire à pied. Et le soir, j’aime aller me promener ou courir le long du Spree."

Quand on lui demande s’il pratique souvent la course à pied, Chris Peeters nous répond qu’il n’a guère le choix. "Mes équipes m’ont inscrit au marathon de Valence, en décembre. Pour une fois, je n’avais pas clairement dit oui ou non, et ils ont abusé de ce flou pour m’inscrire avec une équipe de 20 personnes d’Elia. Jusqu’ici, je n’ai jamais couru plus d’un demi-marathon. J’essaie donc de courir trois fois par semaine, et à partir de septembre, ce sera quatre, avec un programme spécifique."

ce qu’il n’aime pas

La logistique pour y aller. 

 Les hôtels et les vols sont souvent pleins, ce qui l’oblige à changer d’hôtel, et à partir la veille au soir ou à revenir le lendemain matin tôt. "Et comme mon planning change souvent, c’est difficile de tout planifier à l’avance."

 

ce qu’il aime

L’atmosphère détendue.

 Les Berlinois de tous les âges passent beaucoup de temps à l’extérieur, notamment le long de la rivière, et pas seulement l’été.

ses bonnes adresses

Une promenade le long du Spree. "Une atmosphère détendue, jusque très tard le soir."

La porte de Brandebourg.  Un incontournable.

Soho House. Un concept qui combine hôtel, restaurant et espaces de travail.

Interrogé sur les différences culturelles, Chris Peeters minimise. "J’ai travaillé beaucoup à l’international, et avec des cultures beaucoup plus différentes. Je trouve cela toujours surprenant qu’ici, on trouve qu’il y a de grosses différences de culture entre Limbourgeois et Anversois, alors que j’ai travaillé dans une équipe qui comprenait des Israéliens, des Nigérians, des Russes et des Saoudiens, femmes et hommes, et ça marchait. J’ai l’habitude de respecter l’autre dans sa culture, plutôt que de dire: que les Allemands sont bizarres!"

Une dynamique constructive avec les syndicats

On insiste. Tout de même, le modèle de cogestion à l’allemande, ça ne fait pas une différence importante? "Ah ça, oui. Les syndicats font partie du conseil de surveillance, un modèle qui crée une dynamique très constructive. La logique des syndicats, en Allemagne, c’est que l’entreprise doit réussir et aller bien pour pouvoir procurer sécurité d’emploi et bons salaires. On a donc moins d’antagonismes qu’en Belgique, où l’employeur est encore souvent considéré avec suspicion, même si les choses ont bien évolué ici ces derniers temps, et que chez Elia, qui est une entreprise très syndicalisée, les relations avec les syndicats ont toujours été très bonnes – mes prédécesseurs ont toujours été très attentifs à cette question. Mais la dynamique que crée le Mitbestimmung, la cogestion à l’allemande, est très intéressante. Je préfère avoir les syndicats autour de la table, et les écouter au moment où je prends ma décision, plutôt que d’être confronté à des critiques ultérieures – tout comme chez Elia, je préfère avoir les communes autour de la table."

"Ici en Belgique, on prend des décisions beaucoup plus rapides, et donc on est beaucoup plus agiles, mais avec comme désavantage que la décision est moins ferme qu’en Allemagne."

Une autre différence culturelle, réflexion faite, ajoute Chris Peeters, c’est la manière dont se prennent les décisions. "En Belgique, une décision, on peut la considérer comme une forte suggestion. En Allemagne, une décision, c’est une décision. Ça prend beaucoup plus de temps pour y arriver, mais on la tient. Ici en Belgique, on prend des décisions beaucoup plus rapides, et donc on est beaucoup plus agiles, mais avec comme désavantage que la décision est moins ferme qu’en Allemagne. Prenez la politique énergétique, l’Energiewende, décidée en 2003: chaque gouvernement a continué dans la même voie, parfois en accélérant un peu ou en décélérant, mais la direction est claire. En Belgique, on ne peut pas en dire autant!"

S’il admire, à Berlin, la dynamique des start-ups dans l’énergie ou le digital, dans une ville qui a réussi à attirer artistes et jeunes entrepreneurs, il s’étonne aussi du faible niveau de digitalisation de l’économie. "La Belgique n’est pas un guide en la matière, mais à Berlin, on trouve encore des distributeurs dans lesquels on peut acheter une enveloppe qui contient une carte locale wi-fi pour son téléphone. C’est un peu surprenant."

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