analyse

À quoi ressemblera le monde du travail 3 ans après le Covid-19?

En pleine crise, le conseil d'administration de la marque d'aspirateurs fondée par James Dyson (photo) a mis en œuvre une collaboration inédite avec deux organismes publics pour fabriquer des respirateurs: un exemple d'agilité. ©AFP

Doit-on s’attendre à une récession prolongée ou à un rebond rapide de l’économie mondiale? Avec ou sans méfiance sociale? Le bureau Heidrick & Struggles a élaboré quatre scénarios…

Une fois la crise pandémique passée, le rebond économique espéré va-t-il se produire? À quelle vitesse? Et l’expérience de distanciation sociale vécue aux quatre coins de la planète va-t-elle freiner le retour à la normale en matière de relations interpersonnelles? Dans une étude sur l’après-Covid19, le bureau de chasseurs de têtes et consultants Heidrick & Struggles a élaboré une matrice de scénarios pour le monde du travail à l’horizon 2023. Sur cette base et en combinant les tendances clés, les incertitudes et les avis de dirigeants de sociétés, il a rédigé quatre scénarios de sortie de crise. "Le but est d’aider les entreprises à anticiper ce qu’il pourrait arriver et à réfléchir en amont", explique Marie-Hélène De Coster, la CEO du bureau pour la Belgique. Le détail des quatre projections…

Scénario 1, enclaves numériques

Le virus est largement sous contrôle et l’économie a rebondi, mais pas de manière linéaire dans toutes les régions ni dans tous les secteurs. Le commerce en face à face a diminué en importance au profit des outils et modes de ventes virtuels. L’opinion accorde une plus grande importance à la santé et la surveillance sanitaire, ce qui contraint les employeurs à investir davantage dans la sécurité et le bien-être de leurs travailleurs. Les emplois à distance se multiplient. Des comportements nationalistes limitent la circulation des biens et des personnes et poussent les entreprises à raisonner au plan régional plutôt que mondial.

Scénario 2, techno-humanité

Le virus n’est plus qu’un souvenir, l’économie est relancée et les gens cherchent à compenser leur récente expérience de confinement et de télétravail par davantage d’interactions physiques et de collaboration. Le marché mondialisé et en croissance stimule les investissements pour attirer des talents dans l’innovation et le domaine numérique. L’automatisation et l’intelligence artificielle (IA) accroissent la productivité sans inhiber l'emploi. Les experts en robotique et en IA prennent les commandes dans la plupart des secteurs. Les entreprises stimulent les compétences de leurs employés, les salaires progressent, les attentes des travailleurs également.

Dans le scénario 2, les experts en robotique et en intelligence artificielle prennent les commandes dans la plupart des secteurs."

Scénario 3, fracture croissante

Les autorités mettent plus de temps à juguler la progression du virus, la récession se prolonge et la distanciation sociale perdure. Ce qui débouche sur un chômage conséquent et durable. La fracture numérique s’accroît dans la population active. Les demandes des "nantis" numériques et les budgets réduits ralentissent les efforts d’automatisation. Des pans entiers de l’économie font faillite, même si parallèlement de nouveaux secteurs se déploient dans le domaine virtuel.

Scénario 4, tous unis

Les mesures de distanciation sociale durent longtemps, provoquant une récession de longue durée. Mais les communautés s’unissent pour faire face, le volontariat se développe, de même que le rôle des organisations non gouvernementales. Et une fois le déconfinement acté, l’interaction sociale se voit revalorisée. Les gouvernements nationalisent des industries et légifèrent pour protéger l’emploi. L‘automatisation ne remplace pas, mais complète les emplois.

"Si le scénario de la techno-humanité se réalise, ce qu’on souhaite tous, cela prouvera qu’on aura appris de cette crise soudaine et qu’on en aura tiré parti sur les plans social, économique, humain et environnemental."
Marie-Hélène De Coster
CEO de Heidrick & Struggles Belgique

"Si le scénario 2 se réalise, ce qu’on souhaite tous, cela prouvera qu’on aura appris de cette crise et qu’on en aura tiré parti sur les plans social, économique, humain et environnemental, commente Marie-Hélène De Coster. Cela impliquerait que la digitalisation du travail, qui se fait à outrance pour le moment, aurait été rééquilibrée grâce à une revalorisation du contact en face à face." Inversement, si cette confiance sociale ne revient pas, le virtuel sera renforcé, ce qui renforcerait les chances des scénarios 1 ou 3 (le pire).   

Heidrick & Struggles a prolongé l’exercice en examinant les modes de fonctionnement des conseils d’administration. L’étude montre que les conseils bien alignés sur les finalités de leur organisation sont les mieux positionnés pour guider leur entreprise à travers la crise. Elle souligne également les collaborations "extraordinaires" mises en place par des conseils et des directions d’entreprises pour contribuer à lutter contre la pandémie. "Nombre d’entre eux se sont réinventés et ont adapté leurs objectifs primaires pour servir en réponse à cette crise", explique la CEO. Comme les géants de la pharma GSK et Sanofi qui s’associent dans la recherche d’un vaccin au Covid, ou le fabricant d’aspirateurs Dyson qui s’allie à des organismes publics britanniques pour concevoir des respirateurs… Leur bénéfice? "Découvrir des voies inconnues vers l’innovation et la croissance." À méditer.

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