Alcogroup a provisionné 61 millions dans le cadre d'une enquête antitrust

Charles-Albert Peers, directeur de Alcogroup ©Olivier Polet

Le groupe belge spécialisé dans l’éthanol, Alcogroup, a vu ses résultats des deux dernières années affectés par la menace européenne.

Alcogroup, le groupe belge actif dans la production et la commercialisation d’éthanol, vient d’effacer la majeure partie de ses pertes reportées. Il a réduit, pour ce faire, son capital de 22,25 millions d’euros: un montant qui a permis d’apurer les pertes à due concurrence, alors qu’elles étaient de 22,8 millions à fin 2018. Alcogroup est une société de type holding, qui détient une série de filiales actives dans l’éthanol, dont Alcodis. Cette dernière opère dans le trading et la distribution d’éthanol en Europe. Elle est à l’origine des grosses pertes subies par Alcogroup ces deux dernières années.

Les comptes 2018 d’Alcogroup sont poussés dans le rouge par une provision de 31 millions. C’était pareil l’année précédente, avec une provision de 20 millions. Et en 2016, le holding avait déjà acté une première provision de 10 millions…

Des prix artificiellement gonflés?

Pourquoi avoir constitué de telles provisions, de 61 millions d’euros au total? Contactée, la porte-parole du groupe n’a pas répondu à nos appels. Mais la réponse figure en toutes lettres dans le commentaire des comptes 2018: Alcogroup et sa filiale Alcodis font l’objet depuis 4 ans d’une enquête de la Commission européenne.

"Alcogroup et Alcodis… contestent fermement les allégations de la Commission, tant en fait qu’en droit."

Celle-ci suspecte trois producteurs de biocarburant d’avoir manipulé les indices de référence publiés par la firme Platts pour établir les prix de l’éthanol. En gros, elle les soupçonne de s’être entendus pour gonfler artificiellement les prix de ce produit à la base de leur biocarburant. Les deux autres fabricants visés sont l’espagnol Abengoa et le suédois Lantmännen ek för.

La Commission a ouvert une procédure formelle d’enquête en 2015, puis a adressé aux trois sociétés une communication des griefs deux ans plus tard. Cette étape dans une enquête de l’antitrust consiste à informer par écrit les parties concernées des griefs soulevés à leur encontre, après quoi ces dernières peuvent y répondre ou demander à être entendues.

Dans ses comptes, Alcogroup dit coopérer pleinement avec la Commission tout en contestant fermement ses allégations à son égard. Son conseil d’administration a néanmoins décidé d’acter ces provisions "en application du principe de prudence" et sans préjudice par rapport au montant de l’amende éventuelle. Il n’empêche, c’est une prudence qui coûte cher…

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