Après les Scandinaves, les CEO des sociétés belges sont les moins bien payés d'Europe

©BELGA

Les dirigeants des sociétés belges cotées ont vu leur rémunération se contracter en 2018, montre l’étude de la Vlerick Business School. La taille de l’entreprise reste un critère déterminant. Ils pourront moins spéculer sur leurs titres à partir de 2020.

Les administrateurs délégués des sociétés belges cotées en bourse ont gagné un peu moins l’an dernier qu’en 2017. Les CEO des entreprises reprises dans l’indice Bel 20 ont vu leur rémunération médiane annuelle reculer de 5% à 1,875 million d’euros (fixe, bonus et variable à long terme inclus), ceux du Bel Mid (moyennes capitalisations) de 20% à 690.000 euros et ceux du Bel Small (petites caps) de 11% à 465.000 euros. Sur deux ans, les patrons du Bel 20 et du Bel Small affichent aussi un recul, alors que ceux du Bel Mid avaient vu leur paie progresser de 2016 à 2017. C’est un des enseignements à tirer de la nouvelle édition de l’étude annuelle sur les rémunérations des dirigeants menée par l’équipe du professeur Xavier Baeten, de la Vlerick Business School.

Même à ces niveaux, cela peut paraître beaucoup. Pourtant, "nos" CEO restent parmi les moins bien payés à l’échelle du continent. Le centre de recherche spécialisé de la Vlerick a passé 15 pays d’Europe en revue, ainsi que les sociétés du Stoxx Europe 600 (qui reprend 18 sociétés belges). La rémunération médiane de cet indice s’établit à 2,7 millions d’euros. Les patrons britanniques sont les mieux payés, avec 3,19 millions d’euros, devant les Allemands (3,11 millions) et les Français (3,04 millions). Seuls les dirigeants des pays scandinaves sont moins bien lotis que les belges, avec une rémunération médiane de 1,41 million.

"La taille ou la capitalisation reste le critère le plus important."
Xavier Baeten
Professeur à la Vlerick Business School

Est-ce étonnant? Oui et non. "Le critère le plus important pour déterminer le niveau de rémunération du CEO est toujours la taille ou la capitalisation de l’entreprise", souligne Xavier Baeten. Or la Belgique n’abrite pas énormément de sièges de méga-groupes, contrairement au Royaume-Uni, à l’Allemagne, à la France ou même aux Pays-Bas.

Quant à savoir pourquoi leur rémunération a diminué dans notre pays, le chercheur de la Vlerick répond en pointant la partie variable à long terme de leur "package", soit les rétributions en options et actions: "La rémunération fixe est demeurée constante en Belgique, tandis que la partie variable a davantage bougé. Et l’on observe que les sociétés belges cotées ont été moins nombreuses en 2018 à octroyer des options et actions à leurs dirigeants que les années précédentes."

Il faut aussi relativiser ces résultats, ajoute-t-il: l’étude est basée sur la comparaison des médianes, mais si l’on va dans le détail et qu’on analyse entreprise par entreprise, on découvre qu’elles sont quasiment aussi nombreuses à avoir augmenté le salaire de leur patron qu’à l’avoir diminué. Les enquêteurs ne disposent pas (encore) de données suffisantes pour examiner cette question à l’échelle des 15 pays; ils l’ont toutefois fait pour les Pays-Bas, où la tendance de fond s’avère différente, avec un plus grand nombre de sociétés ayant augmenté leur CEO l’an dernier.

©Marijn De Reuse


À capital ouvert, meilleure paie

"L'enquête n'a pas pour but d'être un plaidoyer en faveur d'une augmentation des salaires."
Xavier Baeten

D’autres éléments jouent dans la fixation des salaires. Les chercheurs ont comparé leurs niveaux à la composition des conseils d’administration des sociétés. C’est ainsi qu’ils ont découvert un lien entre la hauteur du salaire du CEO et la fragmentation de l’actionnariat: le dirigeant gagnera d’autant plus que le capital de sa société est plus dispersé. Dans ces situations, le management a tendance à accumuler plus de pouvoir dans ses mains, ce qui se reflète entre autres dans sa rémunération. Ce qui, par réaction, pousse les conseils d’administration concernés à renforcer la part de leur variable à long terme, afin d’aligner davantage leurs intérêts avec ceux de leurs actionnaires.

Autres liens intéressants: les entreprises dont les conseils accueillent beaucoup de nationalités différentes payent globalement mieux leur CEO. Même chose pour celles dont les administrateurs disposent d’un plus vaste réseau.

L’enquête permet par ailleurs de couper les ailes à un canard: la présence de représentants des travailleurs au conseil d’administration ne permet pas, contrairement à ce qu’on pourrait croire, de limiter les salaires des patrons. L’équipe du professeur Baeten n’a décelé aucun impact sur la hauteur de leur rémunération dans ces sociétés-là. Ceci dit, elles sont peu nombreuses dans ce cas en Belgique (6% des sociétés cotées ont des représentants des employés au conseil), mais beaucoup plus en Allemagne et en France (78 et 72%).

Les CEO devront garder une partie de leurs actions
Destiné aux sociétés cotées, le code belge de gouvernance vient d’être réécrit. Baptisée Code 2020, la nouvelle version, qui entrera en vigueur en janvier prochain, comporte une innovation passée inaperçue jusqu’ici: son article 7.9 prévoit que "le conseil d’administration fixe un seuil minimum d’actions que les dirigeants doivent détenir." C’est tout, mais ça implique en réalité beaucoup de choses…

Cela signifie que les CEO qui auront acquis des actions de leur société, au titre de rémunération variable ou autrement, devront en conserver une partie en permanence. "Pour le moment, cette pratique n’est absolument pas répandue en Belgique, relève le professeur Xavier Baeten qui a dirigé l’étude sur les rémunérations: seuls 6% des entreprises l’imposent à l’heure actuelle." Par comparaison, 36% des sociétés cotées analysées aux Pays-Bas l’appliquent, 49% des sociétés en France et même 96% de leurs homologues au Royaume-Uni. En Belgique, ce sont surtout les entreprises ayant une double cotation qui le font: Engie, par exemple, cotée à Paris et à Bruxelles, demande que son CEO Isabelle Kocher conserve l’équivalent de deux fois son salaire fixe en actions du groupe. Pareil pour les sociétés belges cotées à Londres.

Le nouveau code belge ne précise pas quelle part le CEO doit détenir. "Dans la pratique, on rencontre le plus souvent la même proportion que chez Engie", précise Xavier Baeten: deux fois le salaire annuel.

À partir de 2020, les autres Belges cotées devront commencer à appliquer cette règle. Tout en gardant à l’esprit que le code n’est pas une loi, et qu’il faut soit s’y conformer, soit expliquer pourquoi on le fait pas ("comply or explain"). On devrait donc assister à moins d’opérations de revente par les "insiders".

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