Avec ToJoy, Yves Leterme ouvre grand les portes de la Chine à nos PME

S'il avait été critiqué en Belgique au moment de sa prise de fonction, l'Yprois peut désormais présenter les résultats d'un an de travail préparatoire à sa mission pour le compte du holding chinois ToJoy. ©Antoine Doyen

Dans ses nouvelles fonctions, l'ex-Premier ministre sert désormais de relais vers un réseau de 700.000 entrepreneurs-investisseurs chinois. Dont trois entreprises ont déjà pu bénéficier.

Quand on le rencontre en ce mois de juillet à Paris, sa ville de cœur, Yves Leterme vient d'achever la biographie de Mao. Un signe qui ne trompe pas quant à sa nouvelle mission.

En effet, depuis un peu plus d'an maintenant, l'ex-Premier ministre belge œuvre pour le compte du holding chinois ToJoy, dont il est même devenu co-président du conseil d'administration, en plus de président de la branche Europe occidentale.

Une casquette qui lui avait valu d'essuyer quelques critiques ici en Belgique à l'époque de son entrée en fonction, certains l'accusant d'accepter un rôle "indigne" pour un ex-chef de gouvernement, voire même de recourir à une certaine forme de "prostitution économique".

Présence de Paris à Vienne

Qu'à cela ne tienne. Tout cela, ça appartient au passé. Et désormais, les résultats sont là.

En un an, l'Yprois a réussi à rassembler une équipe de cinq personnes. En ce compris un CEO, du nom de Richard Burton, spécialiste de l'Asie et de l'investissement, ce qui en faisait le candidat idéal. En parallèle, des bureaux ont essaimé un peu partout sur le Vieux continent, de Vienne à Maastricht.

"Après un an de préparation, nous sommes désormais prêts à travailler."
Yves Leterme
Co-président de ToJoy

Ce qui permet aujourd'hui à Yves Leterme de l’affirmer: "nous sommes dès à présent prêts à travailler". À une mission simple: servir de caisse de résonance, "de plateforme d'accélération", à des entreprises européennes désireuses de conquérir le gigantesque marché chinois.

Mais attention. Il y a pour cela une condition sine qua non à respecter. "Il faut un intérêt authentique dans la Chine", prévient Yves Leterme. En effet, "il faut être véritablement prêt à libérer les ressources nécessaires pour s'engager sur ce marché, de même qu'avoir déjà prouvé son existence en Europe, avec un service en réelle demande, et présenter un management de qualité". Sinon, il faudra passer son tour.

Plus de 100 dossiers déjà examinés

À ce stade, plus de cent dossiers ont déjà atterri sur le bureau de ToJoy Western Europe, apprend-on. Dont trois ont été retenus après écrémage.

Il en va de de Cryofast, premier réseau spécialiste de centres de cryothérapie en France, de Nivose, marque française spécialisée dans les vêtements de montage haut de gamme, et de Fit20, acteur hollandais du fitness déjà présent dans une douzaine d'endroits en Belgique, notamment à l'avenue Louise, au Square Ambiorix, et à Gand.

"Des discussions sont en cours avec des acteurs belges."
Yves Leterme

Pour ce qui est de Belges, "des discussions sont en cours", nous glisse-t-on juste à ce stade. Quand des échanges se poursuivent avec des entreprises actives dans le food & beverages et l'éducation.

De fourmi à éléphant

Le point commun entre tous ces acteurs? Un grand potentiel de pénétration. Toujours. Et pour cause, cette base solide permet ensuite à ToJoy d'appliquer son modèle dit "Ant to Elephant".

700.000
investisseurs
La force de ToJoy? Pouvoir connecter PME européennes et 700.000 entrepreneurs-investisseurs chinois répartis dans tous les secteurs, sur tout le territoire.

Fort d'un réseau de 700.000 entrepreneurs-investisseurs, répartis dans tous les secteurs et sur tout le territoire, le holding est en effet en mesure d'ouvrir d'un claquement de doigt de nombreuses portes à tout qui entend prendre son envol en Empire du Milieu. Investissant parfois même en propre au capital, comme c'est le cas d'une centaine de sociétés orientales déjà. Après tout, l'entreprise en a la force, avec sa valorisation à 4,5 milliards de dollars, selon ses chiffres.

Il s'agit d'ailleurs là de son ADN premier que d'aider les PME à grandir. Et ce, depuis le tout début, lorsque Lu Junqing créait le holding dans les années 1990 – même si à l'époque, l’activité tient surtout en séances de "pitch" de porteurs de projets chinois devant des investisseurs compatriotes.

Et pour cause, "en fait, Lu Junqing (économiste, ayant fait fortune dans l'événementiel, NDLR) a vraiment une connexion très forte avec l'idée que ce sont les entreprises privées qui font l'importante croissance de la Chine et pas de prime abord la seule autorité publique", indique Yves Leterme.

C'est à ce titre qu'il s'est d'ailleurs attelé, il y a deux ans, à un travail de professionnalisation du holding – qu'une IPO pourrait clore dans un an ou deux. Avec, outre un réseau d'une cinquantaine d'ex-chefs d'État internationaux ayant accepté de jouer le rôle de sherpas, l'arrivée d'un poids lourd aux commandes, en la personne de Jun Ge.

Vu comme l'un des jeunes leaders de la Chine contemporaine, "il s'occupe désormais depuis un an environ de remettre de l'ordre dans la structure en Chine". Et ce, fort d'une expérience auprès du géant des micro-processeurs Intel et de responsabilités de vice-président chez le géant des puces et cartes graphiques Nvidia, puis chez Apple.

Portes ouvertes jusqu'en zones rurales

En clair, avec son approche, ToJoy permet "d'éviter un biais inhérent, en tant qu'Occidental, quand on approche la Chine, à savoir de se concentrer sur la seule côte et sur les pôles de grande croissance comme Pékin, Shanghai, Guangzhou (Canton), Chongqing ou encore Chengdu".

"Avec ToJoy, on ouvre les portes des Tier 1 cities, des Tier 2, des Tiers 3, et même des zones plus rurales."
Yves Leterme

Ici, "les portes sont ouvertes des Tier 1 cities, des Tier 2, des Tiers 3, et même des zones plus rurales", se félicite Yves Leterme. Avis aux amateurs.

Au chevet de la future "Big Data Valley" chinoise

En parallèle de sa mission chez ToJoy, Yves Leterme s'occupe aussi d'un autre projet d'ampleur en Chine. En tant que Senior Consultant du groupe immobilier Homnicen, le Belge s'attèle au développement économique du Guizhou, cette province montagneuse du sud-ouest du pays, connue pour ses villages ruraux traditionnels où vivent au total un peu plus de 30 millions de personnes.

Plus pauvre de tout l'Empire du Milieu, la région est amenée à désormais connaître une mue sans précédent, sous les efforts des autorités et du privé. Objectif? En faire la "Big Data Valley" du pays – après tout, le climat en fait un paradis pour les data centers –, sur une zone s'étendant de la capitale Guiyang à Anshun. Et ce, en partant d'une feuille blanche ou presque.

Quatre priorités ont été couchées sur papier: les soins de santé, l'éducation, la recherche agronomique et le développement de la ville intelligente (smart city).

Pour s'en donner les moyens, Huawei, China Telecoms et d'autres poids lourds de l'économie locale ont été invités à installer des antennes sur place; tout comme un appel est lancé dans la foulée aux acteurs étrangers intéressés, fort d'un statut fiscal voulu attrayant.

À terme, plus de 200 laboratoires en intelligence artificielle – en sus d'un parc à thème sur le sujet _, plus de 200 centres de recherche, des universités, des entreprises,... devraient voir le jour.

Le projet vient tout juste de démarrer. Alors, l'ex-Premier ministre travaille d'arrache-pied à sa mission sur le projet: jouer la carte du réseau qu'il a construit. "Je fais du repérage de par le monde à la recherche d'acteurs intéressés à venir participer à ce développement", raconte-t-il.

C'est ainsi qu'il a par exemple convaincu récemment le géant hospitalier français AP-HP (39 hôpitaux, pour 8,3 millions de patients par an et environ 100.000 employés) de collaborer à la construction de quatre hôpitaux généraux sur place. Quand des pourparlers sont en cours, notamment avec des acteurs belges, dans d'autres domaines, entend-on.

La fonction n'est pas sans rappeler ce que fait Gérard Mestrallet depuis quelques années maintenant. En effet, l'ex-patron d'Engie est lui aussi conseiller, mais de la municipalité de Chongqing, située, hasard ou non, juste au nord du Guizhou et compte elle aussi 30 millions d'habitants. Zone la plus polluée de Chine, elle fait aujourd'hui figure de quasi-tête de classe au niveau national, sous les effets de la politique menée les dernières années.

Un exemple à suivre? C'est en tout cas toute l'ambition.

Sport, politique internationale et business, les trois nouvelles vies d'Yves Leterme

Quand il quitte la rue de la Loi, à 51 ans, son ambition est claire: "parler des choses, mais aussi faire. J'ai dès lors cherché à trouver un équilibre entre sport de haut niveau et politique et business à l’international", confie Yves Leterme.

C'est ainsi qu'après un passage par l'OCDE, puis par l'Institut international pour la démocratie et l’assistance électorale, on le retrouve aujourd'hui aussi bien enquêteur en chef de l'Instance de contrôle financier de l'UEFA – "même si j'avais un temps espéré trouver quelque chose dans le cyclisme" -, que membre du conseil du Club de Madrid, qui regroupe d'anciens chefs d'État et de gouvernement du monde entier afin de promouvoir la démocratie, ou du think tank azerbaidjanais Nizami Ganjavi International Center (NGIC).

Et si, côté business, l'Yprois a un temps été conseiller chez VW et administrateur de la firme télécoms allemande Tele Columbus, il a depuis laissé tomber ces casquettes, faute de temps, pour se concentrer sur ses missions chinoises.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés