reportage

Barwal, des barriques en chêne venues des forêts wallonnes

Hugues De Pra et Didier Mattivi. ©Tim Dirven

Ils sont deux à s’être lancés dans une aventure singulière. Celle de fabriquer des barriques de chêne, avec du bois provenant de nos forêts wallonnes, destinées à l’élevage du vin. Une première en Belgique.

Hugues De Pra et Didier Mattivi se sont rencontrés à l’université de Liège. Leur formation? Ingénieurs civils. Le premier est un amateur de vin averti animant différents ateliers pour des clubs d’oenophiles. Il co-organise aussi le championnat de Belgique des dégustations de vin "à l’aveugle" en collaboration avec La Revue des Vins de France. Le second, qui est en outre diplômé de la Solvay Business School, a cofondé et dirigé pendant douze ans la société IP Trade, spécialisée dans les solutions de téléphonie et revendue en 2017 au Groupe British Telecom.

"La Wallonie dispose également de chênes de qualité, surtout utilisés pour la fabrication de meubles."
Didier Mattivi
Cofondateur de Barwal

Didier Mattivi est également un amoureux du vin, qui aime voyager dans les vignobles, et a participé au championnat français de dégustation. Menuisier amateur, il se fait la réflexion que pour faire vieillir le vin, on l'élève souvent dans des barriques dont le bois provient de grandes chêneraies françaises, de l’Allier, du Limousin, des Vosges. "Mais la Wallonie dispose également de chênes de qualité, surtout utilisés pour la fabrication de meubles. Pourquoi ne pourraient-ils pas être fendus en planches pour donner des douelles, cette pièce de bois formant la paroi des tonneaux?", s'interroge Didier Mattivi, qui partage son idée avec son copain d'unif.

Invention des Gaulois

Il rappelle aussi que ce contenant a été inventé par les Celtes et plus précisément par les Gaulois. Alors, pourquoi ne pas fabriquer des tonneaux avec du chêne d’origine belge? Il rencontre les responsables de l’Office Wallon du Bois et visite des tonnelleries en France afin de savoir si les qualités du chêne de nos forêts sont compatibles avec la fabrication de fûts. Et il apprend que certaines de ces tonnelleries achètent du chêne wallon pour leur production… Sans le revendiquer. 

Une des difficultés: acheter l'arbre sans en connaître les qualités avant qu'il ne soit coupé. ©Tim Dirven

L’idée prend forme, et finit par se concrétiser grâce à un partenariat avec la tonnellerie de Champagne située au nord de Reims et la scierie Hontoir de Faulx-les-Tombes. L’entreprise des deux associés – "Barwal" pour "BARrels for Wine and ALl liquids" - fournit les douelles, la tonnellerie se chargeant ensuite de fabriquer les barriques.

"Sur un chêne abattu, pour la fabrication de barriques, on compte 80% de perte et il doit être séché au moins trois ans avant de pouvoir procéder à sa fabrication."
Hugues De Pra
Cofondateur de Barwal

Mais d'ici quelques années, les deux associés ambitionnent de créer leur propre tonnellerie. En attendant, les premières barriques viennent d’être livrées à leurs acquéreurs le 22 octobre dernier. Qui sont-ils? Des producteurs de vin belges, et même wallons. "Le Domaine des Marnières à Warsage pour élever leur chardonnay et leur pinot noir. La coopérative des vins du pays de Herve et celle des vins de Liège. Et le président des vignerons de Wallonie, Pierre Rion, copropriétaire du Domaine de Mellemont à Thorembais-les-Beguines, qui a montré beaucoup d'intérêt pour notre initiative et a assuré le relais auprès des producteurs", se réjouit Hugues De Pra.

L'aventure relève toutefois du défi. Arriver au stade de douelle et monter le tonneau requiert du temps et de l’argent. "Il faut d’abord acheter l’arbre sans en connaître les qualités avant qu’il ne soit coupé. Un arbre doit être âgé de 80 ans minimum et sa plantation peut parfois remonter à 200 ans. De plus, il y a 80% de perte, et le bois doit sécher au moins trois ans avant de pouvoir être utilisé pour le montage des barriques. C’est un métier très contraignant."

Traçabilité de la barrique

Les arbres utilisés par nos deux associés proviennent de la forêt séculaire de Rochefort, et aussi de Philippeville, en bientôt peut-être d'une forêt chimacienne. "Nous proposons différents contenants mais, actuellement, c’est ce que l’on appelle la 'pièce bourguignonne' de 228 litres qui est la plus demandée. A côté d’elle, nous pouvons également faire monter des 'feuillettes' (114 litres), des 'quarteaux' (57 litres) ainsi que sur demande, des 300, 400, 500 et même 600 litres', précisent les deux associés.

Une application avec un QRcode pourra assurer la traçabilité de la barrique et enregistrer, notamment, les vins qu’elle a contenus. La durée de chauffe du bois, élément important qui influencera le goût futur du vin, est aussi à  la carte: chauffes légères, moyennes ou fortes. Plus elle est importante, davantage seront présents les tanins venant du bois pas nécessairement sollicités. "Une particularité de nos producteurs belges consiste à utiliser, pour beaucoup d’entre eux, de cépages dits 'interspécifiques'. Ils furent créés afin d’avoir une meilleure résistance aux maladies comme le mildiou. Mais avec eux, il n’existe pas de recul concernant un vieillissement en barriques de bois. C’est l’inconnue."

Nombreux clients potentiels

L'univers du vin n'est pas le seul susceptible d'être intéressé par l’achat de ces barriques de chêne wallon. Brasseries, distilleries, cidreries sont aussi des clients potentiels pour Barwal. "Nous avons des contacts avec certaines distilleries wallonnes mais également flamandes. Sans oublier quelques négociants-éleveurs qui poursuivent une vieille tradition nationale: l’élevage du vin en barriques dans leurs caves. Et puis, il y a les producteurs luxembourgeois qui sont nos voisins immédiats", complète Hugues De Pra.

"Il faudra produire une centaine de barriques par an pour envisager la création de la tonnellerie.
Hugues De Pra

Et l’ouverture de la tonnellerie en Belgique, c'est pour quand? Cinq ans, estiment les deux associés. "Il faudra produire une centaine de barriques par an pour envisager sa création. Cela nécessite un investissement de 50.000 à 100.000 euros pour les machines et environ 100.000 euros afin d’embaucher deux ouvriers pour un double métier, celui de "mérandier" (fendeur de chêne merrain) et tonnelier. Deux professions de haute qualification." L’espoir est donc permis pour les deux entrepreneurs liégeois qui ont pris comme emblème de leur société le célèbre perron de la cité ardente.

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