Bernard Arnault obtient sa petite boîte bleue Tiffany

Novembre 2019, Bernard Arnault annonce le rachat par LVMH de Tiffany. S'en est suivi une véritable saga qui s'est soldée ce jeudi par un accord sur un prix moindre. ©Bloomberg

Les fiançailles avaient quelque peu été ternies. Mais au final, LVMH passera bel et bien l'anneau au doigt de Tiffany. Le diamant brillera toutefois un peu moins.

Avec Tiffany , c'est donc un nouveau joyau que Bernard Arnault apporte à la maison Louis Vuitton, Moët Hennessy. Cette maison, il ne l'a certes pas fondée, mais a contribué à la développer pour en faire le groupe de luxe qu'il est actuellement.

De l'avis de banquiers, l'objectif du patron français est, par le biais des multiples acquisitions, de voir LVMH entrer dans le club des entreprises à plus de 500 milliards de dollars de capitalisation (contre quelque 237 milliards actuellement). 

Les fondations d'un empire

Bernard Arnault a bâti, avec LVMH, un empire fort de 75 marques. Mais les fondations ont été jetées en 1987 par Alain Chevalier (Louis Vuitton) et Henry Racanier (Moët Hennessy). Après un échec avec sa société familiale de BTP, Férinel, Bernard Arnault est alors à la tête du groupe Boussac (Christian Dior).
En 1988, Arnault est appelé au secours de LVMH. Il en devient le principal actionnaire avec 25%. Il profitera ensuite des dissensions entre les fondateurs pour lancer une OPA. Devenu premier actionnaire, il est élu président du directoire en janvier 1989.

La quête d'un rêve

"La petite boîte bleue est quelque chose qui fait rêver. C'est la seule marque qui est propriétaire d'une couleur : le bleu Tiffany."
Bernard Arnault
LVMH

Mais pourquoi donc avoir jeté son dévolu sur l'enseigne de joaillerie qui trône sur la 5e Avenue à New-York, juste à côté de la Trump Tower?

"C'est une icône de l'Amérique qui se rapproche de la France", déclarait-il au lendemain de l'annonce du deal. "La petite boîte bleue (propre à la marque, NDLR) est quelque chose qui fait rêver. C'est la seule marque qui est propriétaire d'une couleur : le bleu Tiffany. Quand vous achetez une bague de fiançailles, la boîte bleue est un symbole d'amour extraordinaire. Cela fait rêver tous les Américains et les Américaines."

15,8
milliards de dollars
Tiffany, le rêve américain, coûtera 15,8 milliards de dollars. Il constitue aussi une des plus grosses acquisitions du groupe LVMH.

Le rêve, qui coûtera 15,8 milliards de dollars, constitue aussi une des plus grosses acquisitions du groupe français présent dans la mode, la bijouterie, les vins, les spiritueux, les parfums, les cosmétiques ou encore l’hôtellerie.

Il apportera avant tout un soutien à sa marque d'horlogerie-joaillerie Bulgari. Acquise en 2011 pour quelque 5 milliards de dollars, elle doit faire face à la concurrence de Cartier et Van Cleef & Arpels, toutes deux dans les mains du suisse Richemont. Par ailleurs, l'horlogerie est actuellement l'un des domaines les plus dynamiques du secteur du luxe.

Ensuite, ce joaillier représente aussi un moteur de croissance supplémentaire aux Etats-Unis, deuxième marché de LVMH en termes de chiffre d'affaires après l'Asie. "C'est une marque très forte au Japon et moins forte en Europe, où il y a beaucoup de potentiel de développement, et un peu moins forte aussi en Asie. Là, la proximité avec le groupe LVMH va lui permettre de se développer de manière plus rapide et plus efficace en bénéficiant de l'atout de participer au premier groupe de luxe mondial", explique Arnault.

Tiffany permettrait enfin d'atténuer les effets négatifs des tensions commerciales qui menacent la demande pour le luxe en Chine.

Des noces compliquées

"Les planètes sont alignées", déclarait Bernard Arnault le 24 novembre 2019. Après 42 jours de négociations, il venait de sceller le sort du joaillier. C'est alors qu'éclate en Chine la crise du coronavirus. Arnault reste optimiste: "Pas de panique !" Dans l'enthousiasme général, l'union sera approuvée pour être scellée mi-2020.

Tiffany a traversé les frontières

Palais des bijoux et des pierres précieuses, Tiffany est l'oeuvre, en 1837, de Charles Lewis Tiffany. Au cours du 20e siècle, l'enseigne conquiert le monde. Les magasins se multiplient. Même le cinéma s'empare de cette icône dans le célèbre film avec Audrey Hepburn, "Breakfast at Tiffany's".
Aujourd'hui, le joaillier compte plus de 14.000 salariés. Plus de 5.000 artisans s’attellent en coulisses pour alimenter quelque 300 boutiques.

Mais la pandémie touche le territoire européen, puis américain. Les observateurs l'affirment: le luxe va être affecté. L'action Tiffany déguste, s'écartant du prix de rachat proposé. Ses résultats ne sont guère plus fameux.

Arnault rechigne à s'offrir Tiffany à ce prix. Les reproches fusent:  c'est "la médiocrité du management de Tiffany pendant la crise qui a principalement creusé les pertes et accru les dettes au détriment de l’intérêt de la société ". Tiffany riposte par voie juridique: LVMH n'a pas honoré ses engagements et n'a pas sollicité dans les délais les avis des autorités de la concurrence. LVMH repousse purement et simplement les fiançailles.

La lettre qui change tout

Mercredi 9 septembre 2020, Bernard Arnault annonce qu'il reporte le rachat de Tiffany.
La presse française révélera que la décision du patron français a été appuyée par le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian. Dans une lettre, ce dernier invitait LVMH à renoncer à cette acquisition au nom de "l'intérêt national". Et accessoirement de ne pas verser les quelque 350 millions de dollars de pénalités de renoncement.

Ce jeudi, l'affaire s'est dénouée. Un accord a été trouvé sur un prix légèrement réduit (131,5 dollars par action contre 135 dollars). Les actions judiciaires sont arrêtées. Les autorisations déjà en poche, la célébration du mariage est prévue début 2021.

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