interview

Bpost, les coulisses d'un deal raté

Koen Van Gerven, CEO de bpost. ©Dieter Telemans

Avec PostNL, bpost aurait pu combiner des positions très complémentaires sur le marché des colis, dit le CEO de bpost qui recherche déjà une autre cible.

Le CEO de bpost, Koen Van Gerven, a déjà repris son bâton de pèlerin en quête d’une autre acquisition. Le dossier PostNL est clos et c’est dommage, car les deux Postes auraient formé un "perfect fit".

Les coulisses du deal

Lisez aussi Trois jours durant lesquels tout a basculé

 

Quels objectifs poursuiviez-vous en menant ce projet de fusion avec PostNL?

Cela cadrait parfaitement dans notre stratégie. Le courrier, notre métier historique, est en déclin, il faut donc trouver d’autres plateformes de croissance, parmi lesquelles tout ce qui porte sur les colis, porté par le développement de l’e-commerce et des ventes en ligne. L’acquisition de PostNL s’inscrivait parfaitement dans ce projet car la combinaison des deux entreprises nous aurait rendus plus forts et plus aptes à nous adapter à un marché en plein développement. On aurait pu encore mieux répondre aux types de services que le marché demandera à l’avenir.

Quel est le poids de PostNL dans le marché des colis?
Ils sont forts, ils ont une bonne réputation et une belle tradition dans le secteur. Mais notre but n’était pas uniquement d’acquérir leur know-how. L’e-commerce est par excellence une activité plus internationale que le courrier, et le Benelux est un marché de près de 30 millions d’habitants, où beaucoup de groupes importants voudraient bénéficier d’une offre de services plus intégrée. Les grands acteurs de l’e-commerce voudraient jouir de la solution la plus facile et la plus conviviale pour envoyer leurs paquets. La combinaison de nos deux entreprises leur aurait apporté un plus.

"Le projet dont avait discuté était plutôt un projet de croissance, pas de restructuration."
Koen Van Gerven
CEO de bpost

L’échec des négociations est gênant de ce point de vue car vous ne pourrez dès lors pas construire un beau réseau Benelux…
Je suis déçu parce que c’était une opportunité, mais ce n’est pas la fin du monde, ce n’est pas un drame.

Y a-t-il d’autres manières d’y arriver?
Exactement, et le monde est plus grand que le Benelux… Ceci n’aurait d’ailleurs pas été notre première acquisition. Sur la seule année 2016, nous avons déjà réalisé deux acquisitions à l’international dans le secteur des colis. Nous allons continuer à étudier des dossiers. Chaque jour, il y en a qui arrivent sur mon bureau. On va les analyser et, en cas d’intérêt, on envisagera l’acquisition.

Y en a-t-il déjà dans le pipeline?
Pas pour le moment. Ce ne sont pas des choses qu’on discute sur la place publique, mais qu’il faut réaliser en toute discrétion.

Vendredi, Jean-Pascal Labille avait sonné l’alarme en déclarant que l’Etat s’apprêtait à céder une partie de ses actions bpost, ce qui aurait fait perdre à l’opérateur son statut d’entreprise publique. Cette déclaration ambiguë avait conduit la presse à annoncer le projet d’acquisition de PostNL par bpost. Le projet a capoté ce week-end. La faute en incombe-t-elle à l’ancien ministre socialiste des Entreprises publiques, comme l’ont souligné son successeur Alexandre De Croo (Open VLD) et Bart De Wever, le président de la N-VA?

Labille s’en defend: "Je ne suis pas dans le dossier", a-t-il dit lundi en répétant qu’il a juste voulu alerter l’opinion sur une remise en cause du statut public. De son côté, le CEO de bpost Koen Van Gerven, premier concerné, concède que les propos lâchés par Labille étaient "irresponsables" et "n’ont pas aidé", mais pointe, sans les préciser, d’autres raisons à l’échec, qui renvoient aux détails du projet de protocole d’accord. Le Tijd cite un désaccord sur le prix proposé et la défiance des Néerlandais à l’égard de l’Etat belge actionnaire: des raisons bien plus vraisemblables...

 

Qui a pris l’initiative du projet PostNL: la direction de bpost, son conseil ou le gouvernement fédéral?
Nous avons, en tant que management, le mandat et la mission de réfléchir à l’avenir de cette entreprise. L’idée venait donc très concrètement du management.

Aviez-vous le support du gouvernement?
Un pareil mouvement, qui est dans l’intérêt de l’entreprise et de ses employés, est également dans l’intérêt de l’Etat en tant qu’actionnaire qui apprécie de recevoir des dividendes. J’ai compris que j’avais le support mental du gouvernement.

Le mode de financement prévu pour PostNL prévoyait-il du cash et un échange d’actions, comme cela a été écrit?
Je vous le confirme.

"J’ai voulu alerter sur une remise en cause du statut public de bpost si l’Etat descendait en dessous des 50% de participa-tion."
Jean-Pascal Labille
Ex-ministre (PS) des Entreprises publiques

Ce qui explique les déclarations un peu étranges de Jean-Pascal Labille vendredi…
C’était des déclarations qui, pour moi, étaient inappropriées et irresponsables. En plus, elles étaient fausses, car il parlait d’une vente d’actions. Dans la construction prévue, l’Etat n’allait pas vendre des actions: par le biais d’une augmentation de capital, on aurait eu une dilution des parts de l’Etat.

Y avait-il des difficultés au projet PostNL au niveau de l’emploi?

"M. Labille a fait fuiter vendredi des informations (fautives) dont l’unique but était de provoquer une grève à bpost. Cela a échoué."
Alexandre De Croo
Ministre (Open VLD) des Entreprises publiques

Le projet qu’on avait envisagé était plutôt un projet de croissance, pas de restructuration. Le courrier reste par excellence une activité locale, à exercer en Belgique et aux Pays-Bas. En termes de restructuration, on n’avait pas de grandes ambitions. C’était un des éléments très intéressants de la combinaison.

Un des objectifs n’était-il pas de devenir plus gros pour être plus difficile à avaler par l’opérateur d’un grand pays voisin?
Les raisons premières étaient de renforcer notre position et de préparer le futur. Je crois que chaque entreprise a entre autres pour ambition de garder si possible son sort dans ses mains. Ma réponse est donc: oui, plutôt que d’être avalé, ayons l’opportunité de bâtir notre futur. Maintenant y a-t-il un danger imminent en ce qui concerne bpost? Très honnêtement, vu la position dans laquelle nous nous trouvons, nous sommes une société solide. La crainte nous concerne donc moins que PostNL.

"Cet échec n’est pas une bonne nouvelle pour l’entreprise car c’était une opportunité de consolider l’activité paquet, mais le montage financier menait à une privatisation qui aurait posé question sur le statut du personnel."
Stéphane Daussaint
Secrétaire général, CSC Transcom poste

Est-il inscrit dans les astres que vous ne parlerez plus ensemble ou cela reste-t-il possible dans le futur?
Ce chapitre est clairement clos, mais il ne faut jamais dire jamais…

Vous ne voulez pas évoquer les raisons de l’échec?
Non, et cela n’a pas d’importance. Un protocole de fusion porte sur soixante pages, bien remplies, avec une série de points qu’on convient entre parties: à la fin, on est arrivé à la conclusion qu’il n’y avait pas d’accord entre parties, ce qui veut dire qu’il n’y a pas de deal.

Rien à voir avec la sortie de Jean-Pascal Labille?
L’histoire retiendra cela. Cela n’a pas aidé, c’est sûr. Par définition, ce sont des opérations qu’il faut faire en toute discrétion.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés