Bruxelles enterre Neo 2, le méga centre de congrès du Heysel

Logé entre le stade et le parc des expositions, le centre de conventions dessiné par l'Atelier Jean Nouvel devait conforter la place de Bruxelles comme ville de congrès sur l'échiquier mondial.

Le projet Neo 2 est mort-né. En veilleuse depuis des mois, il succombe à la crise du coronavirus: la Ville de Bruxelles tire définitivement la prise. Et planche sur un plan B.

Selon ses défenseurs, rangés derrière le bourgmestre Philippe Close (PS), il devait placer Bruxelles dans le top 10 des métropoles mondiales courues par les conférences et congrès internationaux. Dès 2007 d’ailleurs, le PDI (Plan Développement International) actait cette ambition régionale.

Selon ses détracteurs, il plombait pour des décennies, par son loyer chiffré en millions d'euros, les finances de Bruxelles-Ville, qui ferait bien mieux de remettre à niveau son parc des expositions en perte de vitesse sur l’échiquier mondial.

"Il était impossible aux pouvoirs publics de modifier profondément le projet, eu égard aux règles des marchés publics."
Philippe Close
Bourgmestre de Bruxelles-Ville.

Ce vendredi, le couperet est tombé: prétextant de la crise sanitaire, Philippe Close tire la prise. "Au vu des incertitudes évidentes liées à la crise mondiale dans le secteur MICE, les pouvoirs publics impliqués dans le projet Neo 2 doivent se résoudre à renoncer au développement du projet".

Deux ans de tergiversations

Selon lui, ni l’hôtel ni le centre de conventions prévus ne peuvent être adaptés aux futurs besoins du secteur "lourdement et structurellement impacté par la crise sanitaire". Et il est impossible "de modifier profondément le projet, eu égard aux règles des marchés publics".

300
millions d'euros
C'est le budget global du projet Neo 2, "victime de la crise sanitaire", selon le bourgmestre Philippe Close.

Nul doute que la crise sanitaire a chargé la benne. Mais en janvier dernier déjà, la Scrl NEO, la coupole commune de la Ville et de la Région cadrant le développement futur du Heysel et finalisant le marché public de ce centre de conventions, proposait à toutes les parties de suspendre les négociations jusqu’au 15 septembre 2020. Au grand dam du consortium privé piloté par Cofinimmo et CFE, qui rongeait son frein, contrat en main et dépenses diverses engagées, depuis plus de deux ans.

Comme le rappelle le bourgmestre de Bruxelles, le steak sur la table est costaud: on parle d’un Centre de conventions international pouvant accueillir des congrès de 5.000 participants; sans oublier un hôtel (4 étoiles) pour lequel un gestionnaire était déjà pressenti.

En perspective aérienne, on comprend mieux quelle dent creuse, très proche des palais, devait venir occuper le centre de conventions et l'hôtel (immeuble vertical proche du stade Roi Baudouin).

C’est d’ailleurs en grande pompe que l’attribution de ce marché public, initié dès 2014, avait été annoncée urbi et orbi en septembre 2018, au terme d’un long processus de sélection (dialogue compétitif) et en présence de tous les acteurs publics et privés du dossier. L’architecte français Jean Nouvel avait même fait le déplacement pour présenter en personne, au gratin réuni dans le Palais 12 pour l’occasion, son projet baptisé "The Brussels Pavilion Gardens".

La charrue avant les bœufs

C’était il y a juste deux ans. Depuis, les responsables publics n’ont cessé de souffler le chaud et surtout le froid. Jusqu’à ce qu’il soit d'abord décidé, notamment sous les coups de boutoir répétés de la direction de Brussels Expo et de quelques ténors du secteur privé, dont l'homme d'affaires Philippe Lhomme (Fisa/Deficom), de réaliser une coûteuse étude visant à élaborer – enfin – un Masterplan de rénovation des infrastructures existantes. Adoubée par la Ville de Bruxelles – juge et partie dans ce dossier –, celle-ci était censée fournir une "évaluation claire et objective des avantages et inconvénients, en termes de montant des investissements, de faisabilité commerciale, opérationnelle et financière" des différents scénarios possibles.

20
millions d'euros
C'est l'ardoise qui est actuellement sur la table. Et qu'il va falloir partager entre porteurs de projet et lauréats évincés du marché public.

Pour les décideurs publics, l’alternative était claire. Soit on poursuivait le projet Neo 2 avec, en parallèle, une première phase de remise à niveau de l’infrastructure existante (palais 1 à 4 contigus), soit on rénovait profondément la totalité des infrastructures de Brussels Expo en y "prévoyant l’intégration des fonctionnalités liées à l’accueil de grandes conventions internationales"… et en mettant Neo 2 sur la touche.

On efface tout? Pas vraiment

À plusieurs sources, il se confirme que c’est sur le Palais 12 que serait localisé le futur Centre de conférences bis. Philippe Close, lui, reste pour l’instant évasif: "Nous restons convaincus que Bruxelles, capitale internationale, a toujours une carte importante à jouer. Nous devons redéfinir notre stratégie MICE ensemble avec les différents acteurs du secteur." 

Quelle que soit l’issue de ce plan B, la décision prise ce vendredi sera sans doute difficile à avaler pour les lauréats du concours, embarqués à grands frais – on parle de près de 20 millions d’euros – dans cette voie sans issue.

"Pour nous, c’est un fameux manque à gagner qui dépasse le développement du projet conçu par l'Atelier Jean Nouvel et MDW Architecture."
Un proche du dossier

Contactés par nos soins, CFE et Cofinimmo, qui n’ont toujours reçu aucun courrier officiel confirmant l’abandon définitif du projet, se refusent à tout commentaire. On peut les comprendre: les entreprises concernées sont toutes deux cotées en bourse. La décision politique du jour doit d’abord être analysée et chiffrée en interne avec, ensuite, obligation légale de tenter de négocier une solution amiable avec le porteur du projet public.

"Le manque à gagner dépasse le développement du projet conçu par l'Atelier Jean Nouvel et MDW Architecture, puisqu’il s’agit d’un contrat DBFM (Design/Build/Finance/Maintenance) étalé sur des décennies. Ce n’est anodin ni dans nos comptes ni dans la gestion de nos équipes, ni même en termes d’image", risque néanmoins un proche du dossier. Pour rappel, le budget global de ce projet avorté avoisine les 300 millions d'euros.

"Utiliser la crise Covid pour masquer ses erreurs est indigne"

"Utiliser la crise du Covid pour masquer ses propres erreurs est non seulement indigne de la part de Philippe Close et du PS, mais c'est surtout un signal catastrophique pour les acteurs économiques voulant investir à Bruxelles", a réagi le chef de groupe MR à la Ville de Bruxelles.

Selon David Weytsman, l'échec du projet Neo 2 s'explique principalement par un manque de crédibilité et un business plan boiteux. "Neo 2 concurrençait de nombreux acteurs bruxellois du secteur, en particulier dans le centre-ville."

Plutôt que construire un méga centre de convention dans un marché de niche sans croissance, le libéral plaide pour que l'on soutienne davantage les centres de congrès bruxellois déjà existants ainsi que les hôtels, hôpitaux, clubs de sport ou autres acteurs accueillant déjà de petites et de grandes conventions internationales.

Poursuivre la réflexion sur Neo 1

David Weytsman évoque une "claque" qui doit, selon lui, encourager la majorité à poursuivre la réflexion sur Neo 1. "Pour le MR, il y a du bon dans ce projet mais je plaide pour que le projet fasse plus de place aux espaces verts, aux logements de qualité à délivrer en priorité et aux loisirs par rapport à la dimension principalement commerciale risquant d’entrer en concurrence avec le centre-ville", conclut-il.

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