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Carlos Brito vaut son salaire

Carlos Britto a touché près de 7 millions d'euros de rémunération cette année. Une somme sans pareil en Belgique, mais qui semble justifiée par la santé de son entreprise. ©REUTERS

La rémunération moyenne d’un patron du Bel20 atteint 2,15 millions d’euros, soit une hausse de près de 13% par rapport à 2016.

L’an dernier, le patron d’une grande entreprise belge cotée en Bourse a gagné en moyenne 2,15 millions d’euros. La rémunération globale qu’il touche est 50 fois supérieure au salaire brut moyen de l’employé d’une entreprise du Bel20. C’est le résultat du calcul que nous avons effectué sur la base des données des rapports annuels concernant la rémunération de leurs grands patrons, la masse salariale globale et le nombre d’employés.

L’écart de salaire le plus marqué est chez AB InBev. L’année dernière, son numéro un, Carlos Brito, a gagné 311 fois plus que l’employé moyen. L’explication à ce grand écart salarial est double. Premièrement, Carlos Brito  dont la rémunération globale a atteint 6,7 millions d’euros en incluant une prime de 5,1 millions d’euros a été le CEO le mieux payé de 2017. Deuxièmement, le salaire brut moyen des employés d’AB InBev (22.688 euros) était inférieur à celui des autres entreprises cotées en Bourse de notre pays. Cela vient du fait qu’AB InBev a beaucoup d’activités et de collaborateurs en Amérique latine, en Asie et en Afrique  où les salaires en règle générale sont moins élevés qu’en Belgique.

Parmi les entreprises du Bel20, le plus faible écart salarial est affiché par Sofina. Son numéro un, Harold Boël, ne gagne "que" quatre fois le salaire du collaborateur moyen. Sofina ne compte que quelques dizaines de collaborateurs affichant des profils de haut niveau en règle générale. Avec un salaire annuel de 654.000 euros, Harold Boël figure parmi les grands patrons du Bel20 les plus chichement rémunérés.

Dans les entreprises publiques cotées Proximus et bpost, l’écart salarial est également inférieur à la moyenne. Chez Proximus, l’administratrice déléguée Dominique Leroy empoche presque 13 fois le salaire de l’employé moyen pour l’entreprise de télécom. Chez bpost, où les salaires moyens sont plus bas, Koen Van Gerven gagne 19 fois plus que le collaborateur moyen de la poste.

En deuxième et troisième positions du classement des écarts salariaux pour les entreprises du Bel20, nous trouvons le groupe Bekaert et le fabricant de produits d’hygiène Ontex. Dans les sociétés d’investissement comme GBL et Ackermans & van Haaren et le groupe immobilier Cofinimmo, l’écart salarial est relativement limité en raison de la taille réduite de ses équipes de collaborateurs de haut niveau.

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Dans les grandes entreprises néerlandaises cotées en Bourse, le numéro 1 gagne en moyenne 83 fois plus que le collaborateur moyen.

Dans les grandes entreprises néerlandaises cotées en Bourse, le numéro 1 gagne en moyenne 83 fois plus que le collaborateur moyen. C’est ce qu’une étude récente du Financieele Dagblad a récemment fait ressortir. Le fossé salarial est donc un peu plus creusé aux Pays-Bas qu’en Belgique.

Nous avons également examiné le rapport entre le salaire des grands patrons et la valeur boursière, les actifs, les bénéfices et le nombre de collaborateurs du groupe qu’ils dirigent. En tenant compte de ces critères, Ralph Hamers d’ING arrive en tête du classement. Il est immédiatement suivi par Carlos Brito d’AB InBev en deuxième position.

Carlos Brito vaut son salaire

Grâce à une prime de 5,1 millions d’euros, Carlos Brito est devenu le manager le mieux payé d’une grande entreprise belge cotée. Au total, il a perçu une rémunération de 6,7 millions d’euros. Le CEO brésilien d’AB InBev a gagné trois fois plus que le CEO belge moyen. Justifié?

Carlos Brito mérite-t-il son gros salaire? Est-il justifiable qu’il gagne beaucoup, beaucoup plus que les autres CEO des entreprises du Bel20? Nous avons développé un indicateur montrant le rapport entre la rémunération d’un CEO et la valeur boursière de l’entreprise qu’il dirige, les actifs que possède la société et le bénéfice qu’elle a réalisé au cours de l’exercice antérieur. Un critère non financier est également pris en compte: le nombre de collaborateurs de l’entreprise.

Sur la base de cet indicateur, Carlos Brito obtient un score élevé. Oui, il gagne une fortune. Mais fin 2017, la valeur boursière d’AB InBev était de 188 milliards d’euros pour un total bilantaire de 246 milliards d’euros et un bénéfice de 15,8 milliards. Le groupe emploie 182.915 collaborateurs dans le monde. Compte tenu de tous ces éléments, Carlos Brito vaut son salaire. Il peut même mieux justifier son salaire que ne le peuvent la plupart des autres CEO belges des grandes entreprises cotées en Bourse.

Parmi les entreprises du Bel20, le plus faible écart salarial est affiché par Sofina.
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Parmi les entreprises du Bel20, un seul numéro un mérite davantage sa rémunération que Carlos Brito: Ralph Hamers, d’ ING. L’année dernière, il a empoché 2,67 millions d’euros, ce qui le positionne un peu au-dessus de la moyenne. Mais la valeur boursière d’ING est de 59,6 milliards d’euros, l’actif bilantaire pèse 846 milliards d’euros, et le groupe a clôturé son exercice 2017 sur un bénéfice de 7,3 milliards d’euros; il emploie, par ailleurs, 54.300 collaborateurs. Si les sociétés bancaires et d’assurances affichent en général un gros total bilantaire, c’est parce que les actifs comprennent les ressources financières (épargne, primes d’assurance) confiées par leurs clients.

Sous tous rapports, Ralph Hamers est le numéro un le plus modestement rémunéré des entreprises de l’indice Bel20. De ce point de vue, la proposition effectuée un peu plus tôt cette année par les administrateurs d’ING d’augmenter sa rémunération à hauteur de 1 million d’euros était tout à fait justifiable. Mais elle a suscité tellement d’indignation publique et politique aux Pays-Bas que le groupe bancaire s’est vu dans l’obligation de l’annuler.

En troisième place, nous trouvons Isabelle Kocher du groupe français de services d’utilité publique Engie, dont fait partie le producteur belge d’électricité Electrabel. Sa rémunération n’est pas anormalement élevée, mais Engie est tout de même un grand groupe.

Le premier "véritable" Belge dans la liste est le numéro un de KBCJohan Thijs, que le magazine de management américain Harvard Business Review a reconnu, en octobre de l’année dernière, comme l’un des 10 meilleurs CEO du monde. L’année dernière, Johan Thijs a empoché une rémunération globale de 2,2 millions d’euros. Il semble bien valoir son salaire vu la valeur boursière de KBC, le bénéfice de la banque et l’actif bilantaire.

Dominique Leroy et Koen Van Gerven, respectivement aux commandes de Proximus et bpost, deux entreprises publiques cotées au Bel20, occupent une place honorable dans le classement. Leur salaire est relativement modeste en raison du plafond salarial imposé par l’État, malgré l’entreprise de taille considérable qu’ils dirigent.

©Mediafin

Pour les dirigeants de Ackermans & van Haaren, GBL, Sofina et Cofinimmo, le nombre de salariés n’a pas été pris en compte pour le calcul du score. Comme ces groupes comptent seulement quelques dizaines de collaborateurs, le critère de la masse salariale les pénaliserait lourdement. Après correction, c’est le grand patron de SofinaHarold Boël, qui justifie le mieux son salaire pour cette catégorie. L’explication: avec un salaire annuel de 654.000 euros, il est un des patrons du Bel20 parmi les plus chichement rémunérés. Ian Gallienne et Gérard Lamarche, les co-CEO de Frère Holding GBL, obtiennent un scoreraisonnable. Malgré leur rémunération élevée. Mais GBL affiche 24 milliards d’euros à l’actif bilantaire et a dégagé, en 2017, un bénéfice de 705 millions d’euros.

Tout au bas du classement figurent les noms des CEO des deux grandes entreprises biopharmaceutiques du Bel20, Jean-Christophe Tellier (UCB) et Onno van de Stolpe (Galapagos). Le faible score de Tellier est dû à son salaire élevé. Avec 5,2 millions d’euros, il était, l’année dernière, le deuxième grand patron le mieux rémunéré du Bel20. Sa rémunération ne semble cependant pas tout à fait en rapport avec la taille ou la rentabilité de l’entreprise.

Dans ce classement, Onno van de Stolpe est la victime du caractère particulier de Galapagos.
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Dans ce classement, Onno van de Stolpe est la victime du caractère particulier de Galapagos. Il s’agit d’une entreprise biopharmaceutique relativement jeune, au sein de laquelle le développement de médicaments bat son plein, mais qui n’en commercialise encore aucun à l’heure actuelle. L’entreprise a clôturé le dernier exercice en perte (et cette donnée n’a pas été prise en compte pour le calcul du score), ne compte que 550 collaborateurs, et affiche 1,28 milliard d’euros à son actif (ce qui en fait l’une des plus petites entreprises du Bel20). Fin 2017, les investisseurs ont estimé la valeur en Bourse de Galapagos à 4 milliards d’euros. En prenant ce seul critère en considération, Onno van de Stolpe mérite autant son salaire que Bart De Smet d’Ageas, Jean-Pierre Clamadieu de Solvay, John Porter de Telenet et Marc Grynberg d’Umicore.

Aperam n’est pas repris dans ce classement, car elle ne publie pas de chiffres séparés sur la rémunération de son numéro un.

Les grands patrons les mieux payés sont étrangers

→ Le package salarial moyen du numéro un d’une entreprise du Bel20 se montait, l’année dernière, à 2,15 millions d’euros, soit une augmentation de 12,8 % en comparaison avec 2016. Une augmentation qui s’explique surtout par la forte hausse salariale de Carlos Brito, le grand patron d’AB InBev.

→ Le top cinq des managers les mieux payés des entreprises du Bel20 se compose exclusivement d’étrangers ; ce sont le Brésilien Carlos Brito (AB InBev), le Français Jean-Christophe Tellier (UCB), le Français Jean-Pierre Clamadieu (Solvay), le Néerlandais Ralph Hamers (ING) et le Français Ian Gallienne, co-CEO de GBL.

→ Malgré les changements dans la composition de l’indice Bel20 et les changements de CEO dans ces entreprises et la transformation considérable de certaines entreprises du Bel20 – songez à AB InBev – la rémunération moyenne des top managers des grandes entreprises cotées en bourse du pays est restée assez stable ces douze dernières années, restant toujours un peu au-dessus ou en deçà des deux millions d’euros. La moyenne la plus élevée a été de 2,2 millions d’euros, en 2006 et 2013, la plus basse de 1,7 millions d’euros en 2008, année de la crise bancaire.

→ On notera une augmentation frappante de 65% en 2017 pour le CEO Bart De Smet du groupe d’assurances Ageas, principalement à la suite d’un bonus en action qu’il a reçu cette année-là – et non en 2016 – d’une valeur de 585.000 euros.

→ Harold Boël (Sofina), Charles Bouaziz (Ontex) et Ian Gallienne et Gérard Lamarche (GBL) ont gagné nettement moins l’an dernier qu’en 2016 car ils n’ont reçu aucune rémunération variable, ou une rémunération variable très inférieure en 2017. Dans le cas de Lamarche, il faut tenir compte d’un versement de pension exceptionnel en 2016.

 → La rémunération plus basse du CEO d’Ackermans & van Haaren est la suite du changement intervenu à la tête de la société d’investissement en 2016. Jan Suykens avait alors pris le relais de Luc Bertrand qui recevait une rémunération supérieure. 

 

* Le salaire fixe des top managers s’élève en moyenne à 884 832 euros, tandis que le salaire variable moyen est légèrement inférieur : 794 491 euros. Une autre partie importante du package de rémunération est constituée par les versements de pensions.

 

 

 

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