Duo for a Job, l'association "made in Belgium" que les Européens nous envient

©Duo for a Job

L’ASBL belge qui pratique l’insertion professionnelle des jeunes issus de l’immigration selon une méthode originale de mentorat ouvre une première antenne à l’étranger, à la Station F à Paris. Elle compte déjà 2.000 duos à son actif et vise à terme les 5.000. Après Paris, elle vise Lille, puis d’autres pays européens.

Née à Bruxelles en 2013, l’association Duo for a Job s’apprête à faire ses premiers pas à l’étranger: elle va commencer par Paris, où elle présentera ses services depuis l’incubateur Station F, fondé par l’emblématique entrepreneur Xavier Niel (Free). Elle est en train de recruter les premiers "mentors" qui formeront des duos avec des jeunes demandeurs d’emploi issus de l’immigration. D’ici la fin de l’année, la nouvelle antenne parisienne aura déjà composé vingt à trente duos, estime Matthieu Le Grelle, cofondateur de Duo for a Job avec Frédéric Simonart…

 Ce n’est pas la moindre originalité de cette ONG, de croître et se développer hors de son "marché" domestique comme une entreprise privée. "C’est le fruit d’une stratégie délibérée, où la croissance passe par l’étranger, comme dans une entreprise, confirme Pierre-Arnold Camphuis, directeur pour le Benelux d’Epic, la fondation de lutte contre les inégalités touchant l’enfance, qui fait partie de la soixantaine de donateurs qui alimentent le budget de L’ASBL belge. C’est une évolution qu’on observe dans le financement de la philanthropie: pas de raison qu’on ne soit pas professionnel parce qu’on œuvre dans la philanthropie!"

©Duo for a Job

Que Duo for a Job soit "professionnelle" ou non, peu importe finalement. Ce qui compte, ce sont ses objectifs et ses résultats. "L’association est née d’un double constat, rappelle Matthieu Le Grelle: les jeunes issus de l’immigration ont deux fois moins de chances qu’un Belgo-belge de trouver un emploi; parmi les plus de 50 ans, beaucoup veulent rester actifs via le bénévolat." Lui et Simonart ont eu l’idée de réunir ces deux publics.

En associant un jeune immigré en quête d’emploi (le "mentee", conditions: avoir entre 18 et 33 ans, être soit primo-arrivant, soit Belge mais de parents nés hors de l’UE) et un quinquagénaire (ou sexa…) lesté de compétences (le "mentor") et souvent pourvu d’un réseau, on crée les conditions de la réussite: le second va aider le premier à éviter les pièges des CV, des annonces et des rendez-vous mal maîtrisés. "Les profils des mentees sont très variés, cela va de l’analphabète qui ne parle aucune des trois langues du pays à la personne très qualifiée, disposant d’un diplôme universitaire reconnu mais… qui n’y arrive pas. Nous avons accueilli par exemple des ingénieurs en biochimie diplômés de l’Université de Louvain-la-Neuve ou de celle de Bruxelles, ou des mères célibataires originaires de Guinée Conakry et n’ayant pas dépassé le début des primaires."

Comment cela fonctionne…

73%
C’est le taux de réussite des missions menées par les 2.000 paires mentors-jeunes immigrés composées chez Duo for a Job: 53% ont trouvé un emploi et 20% une formation.

L’ASBL fait tout pour maximiser les chances que ces duos fonctionnent: elle donne au préalable quatre jours de formation au mentor, en ce compris un topo sur les relations interculturelles, sur les métiers en pénurie, sur les associations et structures d’aides existantes et, last but not least, sur l’écoute active. Puis elle procède à une analyse des personnalités en présence (y compris les langues qu’elles parlent et les métiers/secteurs visés), avant d’apparier les mentors et mentees de chaque session. La première rencontre entre eux ensuite permettra de déterminer si le duo est performant. Si oui, les deux personnes signent une convention de mentorat, avant de partir dans une relation de six mois, à concurrence d’une réunion par semaine. À l’issue de la période, chaque mentee est censé avoir accru son potentiel sur le marché de l’emploi.

Avec quels résultats

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Et ça marche, à en juger par les statistiques de l’ONG. À ce jour, elle a déjà réuni 2.000 duos à travers les trois Régions du pays. Impact: 53% des mentees ont trouvé un emploi au cours des douze mois ayant suivi l’accompagnement. Et vingt autres pour-cent ont entamé un stage ou une formation. Soit 73% de résultats positifs. "Du jamais vu pour ce type de programmes en Europe", souligne Pierre-Arnold Camphuis. "Il existe beaucoup de programmes de mentorat à travers l’UE, poursuit-il, mais ici, l’encadrement et la méthode sont uniques. Je crois que cela tient aussi au fait que l’ASBL soit monoproduit: elle ne pratique qu’un seul métier, qu’une seule mission, et a sa stratégie pour transformer l’idée en action."

Le bilan est tout aussi impressionnant du côté des mentors: "Depuis ses débuts, Duo for A Job a formé 850 mentors. Neuf sur dix d’entre eux continuent après leur première mission et un tiers d’entre eux comptent plus de quatre missions, récapitule Matthieu Le Grelle. Avant d’ajouter: "Une des forces du projet est que si la recherche du job est la raison principale du duo, c’est aussi l’excuse pour que les deux personnes se rencontrent et apprennent à se connaître." Après une première expérience, les mentors reconsidèrent souvent leur conception de l’immigré, du réfugié, et parfois même de la ville ou du quartier où il vit.

©Duo for a Job

Formé à l’école de Médecins sans frontières et de la Croix Rouge internationale, pour le compte desquels il a opéré comme chargé de mission dans une série de pays en guerre (Syrie, Irak, Libye…), Matthieu Le Grelle travaille dans une optique de long terme. Avec son partenaire Frédéric Simonart, il dirige aujourd’hui une équipe de 40 personnes au départ de Bruxelles, avec des antennes à Anvers, Liège et Gand. Grâce aux donateurs (sociétés et fondations) qui soutiennent le projet, il gère cette année un budget de 3,2 millions d’euros. Son ASBL a aussi décroché l’an dernier un financement spécial auprès de la Fondation Degroof Petercam: il en va d’un million d’euros sur cinq ans, qui servira à soutenir son expansion internationale.

Objectif l’Europe

"Nous avons commencé à prospecter le terrain à Paris il y a près de deux ans, relève-t-il. J’ai été étonné par l’accueil réservé là-bas à notre programme. La France dispose d’un secteur associatif plus développé qu’en Belgique, mais il leur manquait un acteur comme Duo for a Job, avec pareille méthode et pareil public." L’ASBL va y répliquer son modèle, tout en l’adaptant aux spécificités locales. Elle y a déjà retenu l’attention de donateurs, qui l’ont inscrite dans leurs papiers. On peut citer la Fondation de France, ou encore la Fondation Solidarité de la Société Générale. Si tout se déroule bien, Lille suivra l’an prochain. Et ensuite? "Les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie sont dans nos cartons." Le modèle semble voué à l’exportation. Objectif chiffré: "Totaliser 5.000 duos dans les trois ans à venir."

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