carte blanche

Entrepreneuriat et transition: la voie médiane n’est plus une option

Les entreprises et les organisations sont des solutions et pas seulement des problèmes dans une transition souhaitable. Mais il faut trouver une autre manière de concevoir, organiser, faire vivre nos entreprises.

Oui, il y a un problème d’équilibre et de perspective, sur le plan social comme environnemental. L’activité économique en est largement responsable. Nous le vivons en direct : l’arrêt de la production pendant le confinement a permis une diminution massive des émissions de gaz à effet de serre, des pollutions, des asphyxies. Sur le plan social, la croissance de l’économie mondiale depuis des décennies n’empêche ni la montée d’inégalités ni la fragilisation des régimes démocratiques. 

Mais nos entreprises et organisations sont aussi celles qui inventent et mettent en œuvre des réponses concrètes aux évolutions négatives. D’abord, en produisant des biens et services différents : en fabriquant des verres plus isolants, des pièces de rechange imprimables en 3D pour prolonger la vie des objets (Sharepair), en cultivant des légumineuses à haute valeur nutritive plutôt que des sucres (Cosucra)…

Ensuite, en produisant autrement: certains d’entre nous réduisent au maximum l’impact de leurs activités sur l’environnement en atteignant la neutralité carbone et en gérant de manière durable leurs ressources en eau (Spadel), associent largement les travailleurs aux décisions stratégiques (Smart ou Damnet), transposent la logique des structures solidaires du secteur de la santé à celui du droit…

Enfin, en offrant aux individus la possibilité d’utiliser leur métier pour contribuer au bien commun, et pas seulement pour gagner leur vie : nous tissons des liens avec des citoyens, nous engageons dans nos fédérations, formons (UCLouvain, AltaviaACT)…

Soyons radicaux

Pas question de se satisfaire d’une voie médiane et tiède : les entreprises démoliraient un peu, mais construiraient. Il s’agit plutôt d’être radical : acter que le ‘business as usual’ n’est plus une option, qu’il faut une autre manière de concevoir, organiser, faire vivre nos entreprises. Et il s’agit d’être pragmatique : un « monde d’après », sauvé par quelque technologie verte ou par une frugalité béate, relève du conte de fées. 

"Il s’agit d’être pragmatique : un « monde d’après », sauvé par quelque technologie verte ou par une frugalité béate, relève du conte de fées."
Collectif de signataires

Nous sommes tous confrontés à des contradictions dans nos ambitions et pratiques du changement : limiter l’impact écologique de la production, mais brûler du carburant fossile en exportant ; associer des salariés, mais ferrailler avec un syndicat ; jouer le jeu de la diversité des points de vue, mais avoir du mal à se défaire des réflexes de vieux mâle ou grande dame…  Nos limites peuvent être objectives et externes à nos structures, culturelles, relationnelles, voire intimes.

Pour faire avancer nos projets, il faut travailler concrètement dans nos structures sur des organigrammes, des budgets, des brevets, repenser nos offres en considérant leurs externalités négatives dès la conception. Nous devons diminuer les impacts écologiques et sociaux de nos modèles d’affaires, pas limiter a posteriori ces impacts à la marge.

Il nous faut aussi réfléchir avec des notions éclairantes, débattre de ces contradictions, échanger sur nos bonnes pratiques. Les débats doivent avoir lieu dans les entreprises, avec celles et ceux qui les façonnent tous les jours. Pourquoi pas dans le cadre d'une gouvernance démocratique et participative ? 

Il faut aussi débattre entre entreprises : les anciennes, ayant des moyens et une capacité d’impact à grande échelle, et les plus jeunes, start-up qui bousculent nos schémas. Les échanges doivent enfin avoir lieu avec les universitaires au recul réflexif, avec les responsables politiques dont les décisions orientent le cours de nos activités, et avec vous, citoyens et consommateurs dont la confiance nous est indispensable. Nous devons nourrir les alliances et les terreaux féconds au progrès. 

Il ne tient qu'à nous...

Parlant de transition, il est de bon ton d’affirmer que les ressources sont limitées, que la croissance est néfaste, voire que l’homme est nuisible. Au contraire, nous pensons que, si certaines matières premières sont présentes sur notre planète en quantité limitée, à moins d’une catastrophe astronomique la lumière et l’énergie du soleil sont infinies. Nous constatons que les processus chimiques et biologiques sont permanents, que l’évolution est dans l’ensemble un phénomène de diversification et de croissance. Nous observons une capacité humaine de langage, d’imagination, de solidarité, de perfectionnement à l’œuvre depuis des centaines de milliers d’années, et nous parions qu’elle persistera longtemps encore. Les femmes et les hommes, telles les plantes qui transforment la lumière en énergie, peuvent transformer leurs rêves en réalités bonnes et belles. 

Puisqu’elles sont humaines, les entreprises sont, toujours, des entreprises de transformation. De transition. Il ne tient qu’à nous qu’elles produisent du bon, d’une belle manière…

Jacques Crahay, CEO Cosucra
Anne-Laure Desgris, co-AD Smart
Jérôme Herman, DG Damnet
Matthieu Leroy, SunriseHQ
Anne-Cathernie Trinon, CEO AltaviaACT
Olivier Van Cauwelaert, CEO ScaleUp

Durant 7 jours, Entrepreneuriat & Transition réfléchira à ces questions au travers de 7 rendez-vous: 1 séance introductive online, 5 ateliers online et 1 soirée de clôture en présentiel & online en direct. Infos et inscriptions sur www.entrepreneuriat-transition.be

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