interview

färm: "Une vingtaine de villes en Belgique nous intéressent aujourd'hui"

©Saskia Vanderstichele

Alexis Descampe, le patron de la coopérative färm, a un objectif, celui d'ouvrir dix magasins de plus d'ici 2019. Il espère ainsi développer les parts de marchés des supermarchés bio.

À 35 ans, Alexis Descampe est le boss de färm, une coopérative bruxelloise de supermarchés bio en pleine expansion. Formé aux sciences de l’environnement (UCL) puis au management (Ichec), il manie avec le même naturel le langage du développement durable et celui de la croissance. De la croissance rapide: il veut ouvrir dix magasins de plus d’ici 2019.

Färm est une coopérative mais le gros de vos moyens vient de quelques investisseurs professionnels (Dofis, Hat Venture, Scale Up), qui ont injecté des montants élevés. Ce n’est pas le grand public…

On va devenir de plus en plus coopératifs. Aujourd’hui, l’essentiel du soutien financier est réalisé par ces investisseurs, mais notre objectif est que les différentes parties prenantes, en particulier les clients et les producteurs, puissent prendre la main sur le projet et en devenir à la fois les propriétaires et les bénéficiaires. Si on veut construire un modèle alternatif, cela n’aurait pas de sens de le laisser dans les mains de quelques-uns.

En attendant, quel est l’objectif de rentabilité de färm?

"Une consolidation des acteurs du bio serait dans la logique des choses."
alexis descampe
ceo de färm

On espère bien que le succès amènera du rendement mais vous ne trouverez pas chez nous la référence à un objectif de 6% ou que sais-je. C’est l’impact sociétal qui compte.

Qu’est-ce que cela veut dire?

Cela veut dire que les sociétés qui nous ont aidés à lancer färm veulent mettre leurs moyens financiers au service d’un monde plus juste.

Vous annoncez dix magasins supplémentaires d’ici 2019: où?

Il y a une vingtaine de villes aujourd’hui en Belgique qui nous intéressent. On n’ira pas partout, c’est pourquoi, si des acteurs déjà présents souhaitent rejoindre un réseau solidaire comme le nôtre, ça nous intéresse aussi. L’essentiel de notre développement se fera par l’affiliation, c’est-à-dire une sorte de franchise.

Votre croissance est forte: en magasins, en chiffre d’affaires, en effectifs. La rentabilité, elle, n’est pas encore là (perte de 200.000 euros en 2016). Que manque-t-il?

färm
  • 6 supermarchés bio, 5 à Bruxelles et 1 à Louvain-la-Neuve.
  • 113 emplois
  • Plus de 15 millions d’euros de chiffre d’affaires. Perte nette de 200.000 euros en 2016.

Du temps. Aujourd’hui, nous favorisons la croissance du réseau plus que sa rentabilité. Après l’ouverture d’un magasin, sauf magie pendant un an ou deux, vous êtes en négatif. Mais nous sommes dans les clous aux niveaux de nos prévisions. La rentabilité sera atteinte d’ici 2018, 2019.

Vos magasins à Bruxelles se situent dans des zones à fort pouvoir d’achat: Uccle, Auderghem, etc. Vous vous implanterez aussi dans des quartiers moins chics?

On s’installe là où on est plus ou moins sûrs de fonctionner. Mais le nord est clairement un objectif. Ceci dit, à Bruxelles les initiatives bio pullulent, la concurrence est partout.

Ça ne commence pas à faire trop?

Une consolidation serait dans la logique des choses. Cela dit, la consommation bio aujourd’hui, c’est 3 à 4% de parts de marché dans l’alimentaire. C’est encore très peu.

Livrer en ville, cela ne devient pas un problème?

Les phrases clés

"Les grands distributeurs adoptent des stratégies de prix (…), pour faire croire que l’ensemble de leurs produits bio sont moins chers."

"Le bio, c’est 3 à 4% de parts de marché dans l’alimentaire. C’est encore très peu."

"Vous ne trouverez pas chez nous un objectif de rendement de 6% ou que sais-je. C’est l’impact sociétal qui compte."

Clairement. Les agriculteurs qui livrent en direct nos points de vente en souffrent. C’est pourquoi nous allons créer une plateforme, coopérative elle aussi, pour nos magasins mais ouverte aux autres, qui se chargera d’aller chercher les produits chez les producteurs autour de Bruxelles. Cela permettra de rationaliser.

Vos principaux concurrents ne sont-ils pas les grandes surfaces?

C’est vrai que, quand on regarde les parts de marché dans le bio, presque la moitié va aux grands distributeurs. Les magasins spécialisés, la vente en directe ou en circuit court vient après. Nous avons l’ambition de nous positionner entre les deux. On souhaite capter la clientèle qui consomme déjà du bio en grande surface et qui a envie aujourd’hui d’aller plus loin en consommant durable, notamment en soutenant les producteurs locaux.

OK, mais le bio n’est-il pas moins cher dans les grandes surfaces classiques que dans les magasins dédiés…

Quand on fait un panel de produit, il faut comparer le même produit de la même marque avec la même composition. Cela, aucun panel ne le fait. Tous comparent des pommes et des poires. Par ailleurs, les grands distributeurs adoptent des stratégies de prix avec des produits d’appel, pour faire croire que l’ensemble de leurs produits bio sont moins chers. Je dis que nous ne sommes pas plus chers à produit et qualité équivalents. Nous n’utilisons pas d’artifices pour donner des illusions aux consommateurs. Un prix juste, c’est un prix juste. Il n’y a pas lieu de le mettre en promotion à un moment ou à un autre. Evidemment, quand on achète un produit local fabriqué à petite échelle, son prix à la caisse est plus cher que celui produit à grande échelle et qui n’inclut pas ce qu’il a vraiment coûté, comme la pollution par exemple. Des pommes argentines ou des avocats péruviens, vous n’en trouverez pas chez nous.

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