Frappé par le Covid, le Palais des Cotillons doit se mettre à l'abri de ses créanciers

©saskia vanderstichele

Rattrapé par la crise du Covid, le Palais des Cotillons, une enseigne fondée en 1912, vient d'introduire une requête en réorganisation judiciaire.

La fête est finie. Au propre comme au figuré. Mercredi matin, le Palais des Cotillons, ce magasin spécialisé dans la vente d'articles liés à la fête et à l'événementiel, a dû se tourner vers le tribunal de l'entreprise francophone de Bruxelles pour se mettre à l'abri de ses créanciers par le biais de la procédure en réorganisation judiciaire (PRJ). Cette enseigne, fondée en 1912 et connue de tous les Bruxellois, a été frappée de plein fouet par la crise du Covid-19, comme l'a expliqué Nicholas Ouchinsky (Lexlitis), l'avocat de la société.

Il faut dire qu'Alexandre Portal, qui a repris le Palais des Cotillons en septembre 2018, a joué de malchance. Dans un premier temps, il a dû consentir à des investissements pour mettre sur pied un nouveau site internet afin de pouvoir faire face à la concurrence effrénée de la vente en ligne. Il a également dû consacrer une bonne partie de ses investissements à la mise aux normes d'une cave destinée à stocker des feux d'artifice.

"Nous sommes face à une grande victime de la crise du Covid. Le magasin a subi de plein fouet la crise du secteur événementiel."
Nicholas Ouchinsky
Avocat du Palais des Cotillons

"Nous sommes face à une grande victime de la crise du Covid. Le magasin a subi de plein fouet la crise du secteur événementiel", a plaidé l'avocat de la société. "On peut se féliciter que la maison soit toujours sur pied", a ajouté l'avocat, expliquant que cela n'était possible que grâce à un (petit) matelas de trésorerie.

Deux emprunts bancaires

Malgré cela, la continuité de la société est menacée, raison pour laquelle son exploitant a décidé de se mettre à l'abri de ses créanciers pour une période de six mois. En attendant, différentes mesures ont été mises en place afin de réduire au maximum les coûts et les charges. Les contrats d'assurance négociés par le prédécesseur d'Alexandre Portal ont été revus et des discussions sur le loyer ont été amorcées avec les Assurances Fédérales, propriétaire du bâtiment qui abrite le Palais des Cotillons.

"À ce moment, j'ai pensé à la liquidation, mais l'idée était de ne pas lâcher."
Alexandre Portal
Exploitant du Palais des Cotillons

"Le Covid m'a forcé à faire un emprunt avant l'été afin de pouvoir acheter les articles pour la fête d'Halloween", nous a expliqué Alexandre Portal à la sortie de l'audience. Avec cette seule fête, un magasin comme le Palais des Cotillons réalise 40% de son chiffre d'affaires. "Ces achats sont stratégiques pour nous, c'est la guerre, il n'y a jamais assez de marchandise". À la fin de l'année, alors qu'il comptait se rattraper avec les feux d'artifice, leur usage a été interdit. "À ce moment, j'ai pensé à la liquidation, mais l'idée était de ne pas lâcher", explique-t-il. Il a alors dû se résoudre à contracter un deuxième emprunt, un "stress permanent", avoue-t-il.

Alexandre Portal a repris le Palais des Cotillons en septembre 2018. ©saskia vanderstichele

PRJ par désarroi

Alors que son magasin est fermé, il doit faire face à des frais fixes mensuels de plus de 12.000 euros. "Par rapport à cela, j'ai dû faire un choix entre ce que j'allais payer et ce que je n'allais pas payer", nous a-t-il encore expliqué. "Si je dois tout payer, je suis en liquidation immédiate", nous a-t-il encore précisé. "Ce qui me révolte, c'est que nous sommes face à un monde administratif et politique qui nous demande un tas de mises aux normes", ajoute Alexandre Portal, avant de prendre l'exemple de la mise aux normes de sa cave pour stocker des feux d'artifice. Les normes sont édictées par le SPF Économie, le dossier doit être introduit à la ville de Bruxelles, le suivi se fait par l'IBGE et le contrôle final par les pompiers. Allo, Kafka?

"Si on ne reprend pas les ventes, c'est catastrophique, c'est fini."
Alexandre Portal
Exploitant du Palais des Cotillons

Il explique avoir décidé de demander la réorganisation judiciaire par désarroi. "J'ai vu les mesures ubuesques du gouvernement et le temps que cela prend à mettre en place. Ces gens n'ont pas le sens de la gestion au sens pur du terme", continue-t-il. Pour lui, cette PRJ est "la seule porte de sortie pour pouvoir redémarrer le plus vite possible, mais les autorités pourraient se bouger pour trouver des solutions rapides pour alléger nos charges. Tout le monde en a marre, il faut que cela cesse".

12.000
euros
Le montant des frais fixes mensuels auquel le patron du Palais des Cotillons doit faire face.

Éviter la faillite

Alexandre Portal ne veut pas faire faillite, il ne veut pas impacter sa famille en passant par là. Cet entrepreneur qui avait l'intention de rendre cette affaire centenaire viable est certain d'avoir fait les bons choix. "Nous étions performants et nous avions atteint un certain niveau de pérennisation", précise-t-il, avant de reconnaître qu'il a, aujourd'hui, "l'aisance d'un éléphant dans un magasin de porcelaine". Il a réduit les coûts, fait de l'optimisation partout où il le pouvait, mais pour lui, une chose est claire: "Si on ne reprend pas les ventes, c'est catastrophique, c'est fini", confesse-t-il.

Présent à l'audience, un représentant du parquet de Bruxelles a remis un avis favorable à cette demande de PRJ.

Le résumé

  • Alexandre Portal a repris le Palais des Cotillons en septembre 2018.
  • Dès le début, il a investi pour un nouveau site web et pour remettre sa cave aux normes.
  • La crise du Covid a frappé l'activité de plein fouet.
  • Pour subsister, le Palais des Cotillons doit se mettre à l'abri de ses créanciers.

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