interview

Hubert Brogniez, business angel 2018: "Le meilleur moment pour se lancer, c'est le plus tôt possible"

©Saskia Vanderstichele

En 2014, l’entrepreneur Hubert Brogniez a fait deux choix décisifs et désormais indissociables: il s’est lancé un sacré défi en prenant en charge le développement du VentureLab, un incubateur pour étudiants entrepreneurs, et il s’est inscrit chez Be Angels. Entretien avec le business angel de l’année 2018.

Avant le VentureLab où nous nous trouvons aujourd’hui, vous avez été entrepreneur pendant plus de deux décennies…

Je suis diplômé de HEC à Liège. J’ai très vite travaillé dans l’informatique bancaire. À Bruxelles, j’ai créé Finalyse qui est spécialisée dans la gestion des risques pour les banques et les assureurs. J’ai développé mon entreprise pendant plus de 25 ans. On a progressivement élargi nos activités et notre présence. On a ouvert au Luxembourg, en Hongrie, en Pologne…

Et puis un jour, il y a eu la crise…

Oui. On a perdu des clients et le travail est devenu moins intéressant parce que l’essentiel de nos clients étaient les maisons mères comme Dexia ou Fortis. Les effets de la crise se sont progressivement estompés, mais ils m’ont marqué et c’est à ce moment-là, vers 2012, que je me suis dit que s’il y avait encore une crise à venir, ce ne serait plus pour moi. J’ai donc commencé à organiser la vente de mon entreprise. Finalement, tout s’est organisé via un management buy-out.

Nous sommes fin 2013. Quels sont vos projets à ce moment-là?

À Noël 2013, j’ai un peu plus d’argent et du temps à revendre, mais je n’ai plus d’entreprise (rire). Comme j’ai l’habitude d’organiser chaque année un grand voyage en vélo pendant plusieurs semaines – j’ai été à Copenhague, à Berlin, à Budapest, à Marseille, à Bordeaux —, j’envisage d’en faire un plus grand au printemps 2014. Je reviens sur Liège pour prendre quelques contacts et je (re) tombe sur Bernard Surlemont, professeur d’entrepreneuriat à HEC. Il me parle alors de sa petite idée qui deviendra le VentureLab.

"Il n’y a pas assez d’entrepreneurs wallons. Il faut changer cela."

Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce projet au point de renoncer à vos envies d’évasion?

Dès le départ, Bernard Surlemont a voulu mettre des entrepreneurs avec de l’expérience au cœur du projet. Dans les entrepreneurs en résidence, il y a donc moi, mais également Luc Pire (Foire du Livre) et Philippe Woitrin (qui a fait toute sa carrière dans le bio). Le projet est magnifique puisque l’idée est de créer un incubateur pour aider les étudiants qui ont un projet d’entreprise à devenir entrepreneurs tout en menant de front leurs études. J’ai hésité – notamment parce qu’on n’avait pas de sous, pas de personnel, pas de local…– puis j’ai décidé de ne pas aller à Pékin en vélo et de me proposer pour prendre en main le projet.

Pas forcément évident de concilier études et projet d’entreprise. Pensez-vous que c’est réellement un bon moment pour se lancer?

CV EXPRESS

Habitant de Pont-à-Celles, Hubert Brogniez fait 100 kilomètres tous les jours pour rejoindre le VentureLab à Liège.

Père de famille nombreuse, ce fervent amateur de la petite reine est diplômé d’HEC à Liège.

Pendant 25 ans, il a dirigé Finalyse, spécialisée dans la gestion des risques pour les banques et assureurs.

Depuis 2014, il met son talent et son expérience de l’entrepreneuriat au service des étudiants et des jeunes diplômés à travers l’incubateur VentureLab.

Sacré business angel de l’année 2018 par le réseau Be Angels, il fut également à la manœuvre de la première structure d’investissement pour les étudiants entrepreneurs.

L’idée, c’est de réussir les deux, mais les études sont prioritaires évidemment. C’est un très beau moment pour commencer parce que quand on est étudiant, on a du temps. On n’a pas de charge familiale, on n’a pas d’emprunt hypothécaire à rembourser. Si on se plante, ça fait mal, mais on tombe de moins en haut. Plus on avance dans la vie professionnelle, plus le coût d’opportunité devient compliqué. Le meilleur moment pour se lancer, c’est le plus tôt possible.

En quatre ans, le VentureLab affiche de beaux résultats: 256 projets accompagnés, 64 entreprises créées et 160 emplois. Pas mal pour des étudiants. C’est quoi la formule magique?

On n’a pas cherché à réinventer la roue. Nous sommes là pour les étudiants: si un projet peut être financé par Meusinvest, tant mieux. Si un autre se développe mieux au WSL (le partenaire des techno-entrepreneurs, NDLR,) c’est parfait aussi. On a toujours travaillé en milieu ouvert. Le périmètre du VentureLab, c’est tout le pôle académique de Liège et du Luxembourg, universités et hautes écoles. Dans le comité de suivi des projets du VentureLab, on a donc des représentants des hautes écoles et des universités, mais aussi Gaëtan Servais, de Meusinvest.

"Le cœur du projet du VentureLab ce sont des entrepreneurs avec de l’expérience."

Concrètement, comment fonctionne l’accompagnement au VentureLab?

Quand un projet est validé, on lui dédie directement un coach avec le maximum d’accointances possibles. À titre personnel, je suis un peu le généraliste de la bande. Je suis dans le monde de la finance, mais j’aime bien tout ce qui s’inscrit dans le durable et les biotechnologies. L’entrepreneur a accès à son coach à la demande. Grossièrement, c’est maximum deux heures par semaine et minimum deux heures par mois en fonction du stade du projet.

En 2014, vous avez aussi décidé de rejoindre Be Angels, un réseau qui met en relation investisseurs privés et jeunes entrepreneurs belges. Pourquoi?

"On n’a pas cherché à réinventer la roue. On est là pour les étudiants."

J’ai toujours été passionné par le monde de l’entrepreneuriat. ça fait partie de ma "charte" personnelle. Je ne voulais plus diriger une entreprise, mais je voulais transmettre mon expérience et aider les jeunes à démarrer. Je trouve que nous manquons d’entrepreneurs en Wallonie et je suis favorable à toutes les initiatives susceptibles d’augmenter le taux d’entrepreneuriat dans le sud du pays. Via un Be Angel, j’ai toujours investi en direct, notamment dans des projets liés à la biotechnologie (Oncomfort, VitriCell…), mais également dans l’internet des objets avec des projets comme Thingsplay.

Le financement de ces jeunes pousses n’est pas forcément évident… C’est pour cette raison que vous avez voulu créer une structure d’investissement pour les étudiants entrepreneurs?

On est dans des projets étudiants, ce qui veut dire que le premier besoin financier se situe entre 50.000 et 150.000 euros. Ce n’est donc pas un dossier assez gros pour Meusinvest ou Leansquare, par exemple. Avec Be Angels, on a donc mis en place une SIBA Etudiants Entrepreneurs. En 2016, le premier SIBA s’appelait SIBA VentureLab. On a levé 80.000 euros pour quatre projets (Col&MacArthur, Hytchers, Calla Garden, Happy Sunday) essentiellement dans le cercle rapproché. Mais quatre ans plus tard, nous sommes très fiers de constater qu’au-delà de ce que nous avons nous-mêmes mis en place, 51 projets ont levé des fonds pour un total de près de 6,5 millions d’euros. Et ce n’est qu’un début.

"Les effets de la crise se sont estompés après un certain temps mais ils m’ont marqué."

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