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Il faut réduire la taille des entreprises à celle d’une équipe de football

Il faut contraindre l’économie à réduire drastiquement la taille des unités qui la composent. C'est l'une des dernières solutions possibles pour tenter de sauver ce qui reste de notre humanité.

Les mauvaises nouvelles et autres catastrophes naturelles se succèdent avec une telle frénésie qu’elles n’en émeuvent plus qu’une portion trop congrue de la population.

Paul Yves Poumay.

Les spécialistes nous l’affirment avec force et vigueur, année après année, le monde consomme plus que ce qu’il ne produit. Avec un tel scénario, si la planète était une entreprise privée, elle aurait déjà été déclarée en faillite depuis longtemps. L’homme, qui vit donc largement au-dessus de ses moyens, échapperait-il à cette équation de base qui impose un équilibre entre les besoins et les ressources ?

La nature ne se préoccupe pas d’économie et pourtant notre civilisation dépend totalement de la finance. A quelques exceptions près, tout, absolument tout, se traduit et se transforme en formules financières avec une « contre-valeur » monétaire. Alors que la protection et le développement harmonieux du vivant devraient représenter une bonne partie de notre quête humaine, c’est le profit et la spéculation qui l’emportent largement. Même les objectifs de la COP sont traduits sous forme monétaire là où il s’agit simplement de conscience humaine. Plus aucun plan ne s’énonce sans finance. Nous vivons en pleine absurdité.

Dix salariés maximum

Intrinsèquement, une personne ne peut pas être mille fois plus puissante ou plus «riche» qu’une autre… pourtant, ce public existe. Cette réalité n’est pas seulement immorale, elle sous-tend inévitablement la disparition de l’espèce. Il ne s’agit pas d’un plaidoyer pour une société égalitaire, mais pour une société plus juste et plus pérenne.

Pourquoi ne limiterait-on pas l’influence directe d’un individu sur la collectivité en bornant les entreprises à 10 salariés maximum? Ce nombre de 11 deviendrait la taille maximale d’une structure gérée par une seule personne, la taille d’une équipe de football.

Une idée, pour obliger l’économie a plus de modestie par rapport à son environnement naturel serait de contraindre l’homme en restreignant la taille des entités qu’il dirige ainsi qu’en lui imposant plus de frugalité.

Pourquoi ne limiterait-on pas l’influence directe d’un individu sur la collectivité en bornant les entreprises à 10 salariés maximum? Ce nombre de 11 deviendrait la taille maximale d’une structure gérée par une seule personne, la taille d’une équipe de football.

Si tous les citoyens ne sont pas nés entrepreneurs, on peut imaginer que sur dix personnes on trouvera toujours un leader prêt à dynamiser son environnement. La limitation de la taille diminuerait les effets négatifs de l’activité humaine sur la terre. Comme l’effet négatif du poids sur le corps humain, gérer des sociétés trop «lourdes», en matière de taille, génère des effets négatifs tant sur la population que sur la nature. Par ailleurs, la flexibilité et la rapidité d’action attendues pour répondre aux défis actuels appellent des structures légères et agiles.

Qu’il s’agisse des pandémies ou des catastrophes naturelles, force est de constater que les entités disposant d’une certaine taille exercent les chantages à l’emploi ou à l’écologie envers la collectivité.

Paradoxal ou pas, pour augmenter la liberté de tous, il faut limiter le pouvoir individuel.

Négocier le transfert des pertes vers la collectivité quand les bénéfices restent privés participe au même débat; celui de la taille et de l’importance relative d’une unité par rapport à son environnement, local ou international.

Le pouvoir politique a perdu le contrôle de la société.

"La taille de 11"

Ce nouveau paradigme « la taille de 11 » s’imagine aisément tant le système se révèlerait avantageux pour la plus grande majorité de la population mondiale.

Les structures gérées dans le but de satisfaire le bien-être général (enseignement, soins de santé…) échapperaient, seules, à ce type de limitation de taille.

Accomplir un objectif entrepreneurial parce que c’est bon pour tous et non parce que ça génère des bénéfices personnels et privés, ne pas léser un sous-traitant pour avoir plus de marge… sont autant de principes inspirant pour l’activité économique, mais quasi inapplicable dans la configuration actuelle des entreprises qui survivent principalement grâce aux profits financiers.

Paradoxal ou pas, pour augmenter la liberté de tous, il faut limiter le pouvoir individuel… Il s'agit d'une des dernières solutions possibles pour tenter de sauver ce qui reste de notre humanité. Il faut contraindre l’économie à réduire drastiquement la taille des unités qui la composent.

Si des idées simples et virales ne s’imposent pas rapidement en modifiant absolument tous les comportements humains, notre civilisation ne survivra probablement pas aux excès de ces dernières décennies.

Grâce à la diversification et à la multiplication de petites entités autonomes, le risque systémique disparaîtrait immédiatement au profit d’une société plus pérenne. La finance et la grande industrie ne disposeraient plus d’aucune maitrise impertinente envers notre humanité. Le mondialisme redeviendrait un régionalisme accepté et salutaire. Les réseaux locaux se développeraient au profit d’une écologie mieux maîtrisée en éliminant tous les illusionnistes arrogants qui dictent actuellement la destruction de notre bien commun au service d’un égoïsme temporaire et destructeur. Le monde retrouverait du sens. Une plus grande équité s’installerait dans toutes les strates de la population.

Si des idées simples et virales ne s’imposent pas rapidement en modifiant absolument tous les comportements humains, notre civilisation ne survivra probablement pas aux excès de ces dernières décennies.

Il ne s’agit plus d’établir des plans ou de manifester, il faut agir, vite, et refuser l’idéologie dominante qui causera la perte de notre humanité.

Paul Yves Poumay
Economiste Art World Institute - www.awi.foundation

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