interview

"Je suis étonnée du dernier ukase de la nouvelle majorité, à peine formée" (Muriel Targnion, Enodia)

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Avant même la formation du nouveau gouvernement wallon, le projet de déclaration de politique régionale mis sur la table par la coalition arc-en-ciel indique noir sur blanc sa volonté d’une mise en œuvre rapide des résolutions adoptées par le Parlement wallon dans le cadre de l’affaire Publifin. Parallèlement, un conseil d’administration s’est tenu mercredi soir chez Enodia (nouveau nom de l’intercommunale liégeoise).

Deux décisions y ont été actées. D’une part, la validation de la liquidation de Finanpart, le holding privé créé entre l’intercommunale liégeoise et son bras opérationnel Nethys. Jusqu’ici, Nethys se montrait réticente à supprimer cette coquille vide. Une étude juridique avait même été demandée pour montrer les risques encourus en touchant à cette pièce de l’organigramme. Au final donc, Finanpart, absorbée par Enodia, disparaîtra au terme d’une opération qui prendra plusieurs mois.

D’autre part, les administrateurs se sont penchés sur plusieurs questions liées à la vente de VOO, au cœur de toutes les rumeurs actuellement véhiculées. Concrètement, le conseil d’administration d’Enodia a décidé de solliciter l’expertise d’un cabinet d’avocats spécialisé en vue de valider au niveau juridique toutes les démarches entreprises par Nethys dans le cadre d’une revente des activités concurrentielles. Un réviseur d’entreprises va, lui, se charger d’analyser la valorisation des actifs, notamment de VOO. Des démarches que nous confirme et détaille Muriel Targnion, présidente du CA de l’intercommunale.

Dans quel climat s’organisent les mouvements entre Enodia et le groupe Nethys?
Comme c’est le cas depuis déjà deux ans maintenant, il y a une excellente entente entre Enodia et Nethys. Et ce qui motive cette entente, c’est d’abord, au-delà des personnes, qu’il y a sur la table une importante restructuration du groupe industriel. Tout ce que nous décidons de stratégique – tant au sein de Nethys qu’au sein d’Enodia –, nous le faisons en concertation, dans l’intérêt des deux institutions.

"Stéphane Moreau n’est pas assez riche pour racheter VOO."

Stéphane Moreau et ses équipes vous rendent régulièrement des comptes?
Il nous revient de donner à Nethys des instructions stratégiques. Mais ensuite, il revient bien sûr au conseil d’administration de Nethys de les mettre en œuvre, ce à quoi nous veillons également. Après, restons sérieux: ce sont les industriels et administrateurs de Nethys qui négocient des contrats dans la sphère privée. Par définition, vu la concurrence qui règne sur leurs marchés, une confidentialité optimale est de rigueur. Donc, nous leur donnons un mandat et nous leur faisons confiance sur le respect de ce mandat.

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Fin 2018, Enodia a donné à Nethys un mandat clair de restructurer le groupe et vendre tout ce qu’il avait encore comme participations majoritaires dans les activités concurrentielles…
Exactement. Et par contre, là où nous ne sommes pas dans un secteur concurrentiel, nous pouvons garder nos participations majoritaires.

Pouvez-vous nous donner plus de détails sur l’avancée du dossier de revente des actifs concurrentiels?
Nous avons clairement fait savoir au conseil d’administration de Nethys que pour VOO, les télécoms et le reste (Win, Elicio, etc.), nous souhaitions bien sûr obtenir la meilleure offre. Mais meilleure ne veut pas d’abord dire financière. Nos priorités, c’est d’abord – je le redis encore – que l’emploi reste à Liège et que l’activité économique se déploie en région liégeoise. Y compris dans de nouveaux secteurs porteurs. Donc le mandat actuel n’est pas de vendre au plus offrant. Soyons clairs.

Cela avance?
Comme je vous l’ai dit, les procédures entamées avec des racheteurs potentiels contiennent des clauses de confidentialité, de due diligence, qui obligent Nethys et sa direction à ne rien communiquer tant que les transactions en cours ne sont pas verrouillées. Les pertes financières pourraient être très importantes si cela fuitait dans la presse, par exemple. Par contre, je vous rassure: Nethys est bien conscient que, comme institution faîtière publique, nous avons besoin que la feuille de route soit bien suivie dans les procédures en cours. Si on perd, suite à une fuite, 100 millions d’euros sur l’offre négociable, les villes et communes actionnaires seront les premières lésées.

Certains parlent de rachat d’activités par des membres du management.
Je vous vois venir… Non, ce n’est pas Stéphane Moreau qui fait sa petite cuisine dans son coin. C’est tout le CA de Nethys qui gère cette opération éminemment stratégique. Et Stéphane Moreau n’est pas assez riche pour racheter VOO, c’est évident comme le nez au milieu de la figure.

"Se séparer du comité de direction au milieu de la procédure en cours serait suicidaire."

Revenons sur le CA de mercredi. Quel est encore le rôle de Finanpart dans la structure actuelle remaniée?
Il n’y a plus rien dans Finanpart depuis longtemps. Ni personnel ni activité. C’est une coquille juridique vide. On a eu besoin de ce véhicule existant pour y loger Resa et la sortir hors de Nethys. Depuis fin juin, Resa est ainsi devenue une intercommunale publique pure à 100%, comme exigé par la tutelle gouvernementale.

Entre Enodia et la tutelle wallonne, comment cela se passe-t-il pour l’instant?
Nous n’avons évidemment pas encore eu de contact avec la nouvelle majorité. Et précédemment, nous étions parvenu à avoir un contact régulier et constructif, quasi mensuel, avec Valérie De Bue (MR), la ministre wallonne en charge des Pouvoirs locaux. Nous attendons de savoir qui va reprendre ses compétences. Et on espère poursuivre la dynamique mise en place.

Pourtant, la nouvelle déclaration de politique régionale fixe noir sur blanc un ultimatum de six mois. Et brandit la menace de l’envoi d’un commissaire…
Oui. J’ai été étonnée et déçue par cet ukaze sans fondement.

Sans fondement?
À ce jour, nous avons rempli 32 des 34 résolutions et recommandations actées par le Parlement après la commission Publifin. Et depuis mercredi, la 33e – la disparition de la structure Finanpart – est actée. Il nous faudra quelques mois pour clôturer tous les comptes, mais la procédure est engagée.

Reste la réforme du périmètre et la séparation entre sociétés concurrentielles et publiques…
Tout le monde sait pertinemment bien que cela suit son cours et que plus personne ne freine la procédure.

Pourquoi agiter à nouveau la baguette aujourd’hui alors?
Je ne sais pas. Je trouve cela totalement contre-productif. Je pense que j’ai le droit et le devoir de le dire: ce bruit superficiel nuit à tout le monde et ralentit l’issue de ce lourd dossier plutôt que l’accélérer.

Et sur le départ du comité de direction?
Je suis fatiguée qu’on me pose cette question. Le conseil d’administration de Nethys nous a fait savoir il y a un an déjà que se séparer de son comité de direction au milieu du gué, durant la procédure de revente actuellement en cours, serait suicidaire. On verra après. Et de toute façon, je peux vous dire qu’ils ne sont pas fous. Lorsque tout ceci sera réglé, ils s’empresseront d’aller voir ailleurs où, vu leur résilience et leurs compétences reconnues de tous, on les attend.

Que demandez-vous aujourd’hui, à l’entame de cette dernière ligne droite?
Qu’on nous laisse nous concentrer sur ce qui reste à faire pour sortir de tout ceci par le haut avec celles et ceux qui connaissent au mieux l’entreprise de l’intérieur.

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