portrait

Jim Continenza, l'artisan d'une énième réinvention de Kodak

Kodak se lance dans la pharmacie, fort d'un prêt de 765 millions de dollars du gouvernement américain. Les investisseurs applaudissent. C'est une nouvelle aventure pour son CEO, Jim Continenza.

"Kodak jouera un rôle essentiel dans le retour d'une chaîne fiable d'approvisionnement pharmaceutique aux Etats-Unis." Ce sont les mots prononcés par Jim Continenza, actuel CEO d'Eastman Kodak, groupe mythique pour les photographes, fondé en 1888 par George Eastman.

Le profil

Bachelor à l'université du Wisconsin

2002-2004 Président et CEO chez Teligent, spécialisée dans les services de communication

2006 CEO par intérim chez Anchor Glass Container, fabriquant de récipients en verre

2007-2010 Président chez Sti Prepaid, spécialisée en télécommunications

2012 Président-directeur général chez Vivial, société privée de technologie, de marketing et de communication

2013 Président du conseil d'administration d'Eastman Kodak

2019 CEO d'Eastman Kodak

Kodak Pharmaceuticals

Si ce changement de cap de l'entreprise peut sembler étrange à première vue, il faut comprendre qu'il y a une pandémie mondiale en jeu. Le gouvernement américain a décidé de mobiliser le secteur privé industriel avec son "Defense Production Act" et a débloqué un fonds de 765 millions de dollars pour soutenir la recherche pharmaceutique. Kodak est dans le coup et se voit attribuer la mission de produire jusqu'à 25% des principes actifs nécessaires à la préparation des médicaments génériques produits aux Etats-Unis pour combattre le coronavirus.

Un traitement du Covid-19?

On sait peu de chose sur James Continenza, alias Jim, à la fois CEO et président du conseil d'administration du groupe. Mais une chose est sûre, il est en train de faire un pari fou: faire de Kodak une société innovante dans le secteur pharmaceutique. Le challenge qui l'attend? Accélérer la production de médicaments en pénurie ou considérés comme critiques pour traiter le Covid-19, y compris l'hydroxychloroquine, le médicament antipaludique vanté par le président Donald Trump.

Une remontée spectaculaire en bourse

Kodak a gagné jusqu'à 655% ce mercredi, après avoir déjà fortement progressé la veille. Plus de 110 millions d'actions échangées, soit plus de 23 fois son volume habituel.

Fou, Jim Continenza ne l'est pas, loin de là. Cet homme d'affaires de 56 ans, qui a été à la tête de près de 21 entreprises, sait de quoi il parle. Son choix est d'ailleurs salué par les investisseurs. En deux jours, la valeur de l'action de Kodak a plus que quintuplé à Wall Street.

Quand votre bateau fait naufrage, il faut savoir changer d'embarcation. C'est le mot d'ordre de Jim Continenza. Il se disait optimiste pour Kodak quand il succède à Jeffrey J. Clarke au poste de CEO en février 2019 et décide aujourd'hui de tenter le tout pour le tout pour sauver la marque. Kodak n'a plus rien à perdre, alors autant se pencher sur un marché qui cartonne.

Jim Continenza est loin d'être inquiet de cette reconversion et affirme que sa compagnie saura "tirer parti de sa vaste infrastructure, de son expertise approfondie dans la fabrication de produits chimiques et de son héritage d'innovation et de qualité". En outre, l'activité devrait permettre la création de 360 emplois.

Des médocs locaux

Le président des Etats-Unis s'en félicite. Il relève qu'"il s'agit d'une étape décisive dans le rapatriement de la fabrication de produits pharmaceutiques aux États-Unis". Trump espère ainsi réduire la dépendance des laboratoires américains aux fournisseurs étrangers.

"Kodak jouera un rôle essentiel dans le retour d'une chaîne fiable d'approvisionnement pharmaceutique aux Etats-Unis."
Jim Continenza
CEO et président du conseil d'administration chez Kodak

Sauver le monde

"Kodak s'est mobilisé depuis le début de la pandémie", a déclaré Jim Continenza dans une interview à CNBC Television. Le CEO justifie la reconversion de son entreprise en arguant qu'il peut "faire plus que seulement distribuer du gel hydroalcoolique gratuitement".

"Si nous avons appris quelque chose de la pandémie, c'est que les Américains sont dangereusement dépendants des chaînes d'approvisionnement étrangères pour leurs médicaments essentiels", a aussi souligné Peter Navarro, conseiller de Donald Trump pour le commerce.

Les patients atteints du Covid-19 pourront-ils se féliciter d'être guéris par un traitement Kodak? L'avenir nous le dira.

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