Jusqu'à 70% de faillites en plus?

Le nombre de faillites pourrait fortement augmenter au cours des prochains mois. ©Photonews

Les mesures de soutien aux entreprises prennent progressivement fin, faisant redouter une explosion du nombre de faillites de PME.

Johan Thijs s'est montré assez explicite à l'occasion de la présentation des résultats semestriels de KBC: si le nombre de faillites a beau sembler limité actuellement, de nombreuses (petites) entreprises seront contraintes de déposer le bilan à partir du début de l'année 2021.

Le groupe KBC évalue ainsi les réductions de valeur sur son portefeuille de crédits à un montant qui se situe entre 800 millions et 1,6 milliard d'euros. ING Belgique et Belfius, des enseignes qui disposent d'une part de marché moindre que KBC, ont quant à elles constitué des provisions supplémentaires de respectivement 338 et 393 millions d'euros pour faire face à la crise.

Actuellement, les défauts de paiement demeurent cependant limités pour les banques. Les mesures temporaires entrées en vigueur à l'occasion du confinement ont permis à de nombreuses PME de garder la tête en dehors de l'eau, mais plusieurs de ces dispositions vont progressivement s'éteindre, ce qui génère certaines craintes quant à la situation économique des prochains mois.

"On commence seulement à voir les premiers effets de la crise", a expliqué Johan Thijs. "Mais c’est probablement au début de l’année prochaine que nous aurons une photographie complète de son impact", a-t-il ajouté, estimant que le retour à la normale n'aura pas lieu avant 2023.

Chiffres trompeurs

Un constat sur lequel il s'accorde avec Christine Mattheeuws, la présidente du Syndicat neutre pour indépendants (SNI). Pour l'organisation, le pire est à venir pour les petites et moyennes entreprises.

16.600
faillites
Selon le SNI, 16.600 faillites pourraient être prononcées entre le troisième trimestre 2020 et celui de 2021, soit une augmentation de près de 70% par rapport à une année "normale".

Jusqu'à présent, les différentes mesures prises par les autorités ont joué leur rôle de paratonnerre, notamment le moratoire sur les faillites qui était en vigueur jusqu'au milieu du mois de juin. Ainsi, entre début janvier et fin juillet, 5.029 faillites ont été enregistrées, contre 7.140 sur les sept premiers mois de l'année 2019, soit une chute de 30%.

"Si l'on regarde les statistiques, on pourrait penser qu'il n'y a aucune raison de s'inquiéter, mais c'est un constat trompeur", estime Christine Mattheeuws. Selon les calculs de l'organisation, il y a aura quelque 16.600 faillites prononcées entre le troisième trimestre de cette année et celui de l'an prochain. En temps "normal", on dénombre un peu plus de 10.000 dépôts de bilan par an en Belgique.

Garantie publique sous-utilisée

"A l'occasion d'un coup de sonde mené auprès de nos membres, 30% d'entre eux redoutaient la faillite dans un laps de temps d'un an", indique Clarisse Ramakers, directrice du service d'études de l'Union des classes moyennes. "Le moratoire sur les crédits expirera à la fin de l'année et il sera alors temps de passer à la caisse pour nombre d'entreprises."

Le problème est que de nombreuses PME sont déjà endettées et rechignent à recourir aux prêts garantis par l'Etat."
Clarisse Ramakers
UCM

Les 50 milliards d'euros de garantie publique pour les crédits aux entreprises ne rencontrent pas encore le succès escompté. Initialement valable douze mois, un arrêté royal adopté fin juillet porte cette garantie sur 36 mois pour mieux soutenir les plus petites structures. "Le problème est que de nombreuses PME sont déjà endettées et rechignent à recourir à ces prêts", selon Clarisse Ramakers.

Les deux organisations d'entrepreneurs sont en tout cas relativement pessimistes pour les prochains mois. "Il faut compenser financièrement l'impact des mesures sanitaires sur les PME", avance Christine Mattheeuws. "Ce sera cher, mais si toutes ces entreprises tombent en faillite, le coût pour la société sera bien plus lourd encore."

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