Kenzo, le lucratif héritage d'un créateur de luxe de niche

L'année dernière, Kenzo Takada fêtait ses 80 ans, empreints d'une encore bien présente jeunesse. ©AFP

Le célèbre créateur japonais Kenzo Takada s'est éteint ce dimanche. Il laisse derrière lui une marque forte, dirigée avec adresse par le géant français LVMH depuis 1993 déjà.

Cinquante ans après avoir fait ses premiers pas sur la scène parisienne, le célèbre fondateur de la maison Kenzo, Kenzo Takada, s'en est allé. L'octogénaire japonais est en effet décédé ce dimanche à Neuilly-sur-Seine des suites du Covid-19, a fait savoir sa famille.

De quoi se poser la question du bilan d'une vie pas ordinaire. Quel héritage laisse derrière lui celui qui avait quitté, dans les années 1960, sa ville d'Himeji (près d'Osaka et Kyoto) pour vivre sa passion de la mode, quitte à devoir se battre dix ans pour enfin s'offrir une première boutique et un premier défilé?

80
millions $
Kenzo Takada a cédé l'enseigne qui porte son nom à LVMH en 1993 déjà. Montant de l'opération? L'équivalent d'environ 80 millions de dollars.

Ou plutôt, quel ADN a insufflé à ses débuts l'homme à cette maison qu'il a cédée à LVMH (pour environ 80 millions de dollars) en 1993 déjà, avant d'en quitter définitivement la direction artistique à l'aube du nouveau millénaire?

Métissage

Principalement un métissage véritable, où la diversité est embrassée dans tout ce qu'elle offre comme richesse, le créateur empruntant sans crainte des chandails aux Slaves, des boubous à l'Afrique, des robes de maharani,… et ce, après avoir dessiné ses premières créations sur la base du kimono traditionnel japonais.

Et c'était là tout le génie. Car c'est justement cette patte, caractérisée par le mélange des imprimés, l'harmonie des couleurs et une créativité exubérante, et une inclusivité, qui a permis à la marque de traverser les décennies. Lui offrant aujourd'hui une place de choix dans le monde du streetwear de luxe par exemple, où le côté japonisant de la fameuse tête de tigre de la griffe est particulièrement apprécié des fashionistas.

Ce qui se traduit en chiffres, à savoir une croissance annuelle à deux chiffres – hors Covid - ces dernières années. Et ce, dans un monde de la mode où la concurrence est aujourd'hui plus âpre que jamais.

122
boutiques
Kenzo, c'est aujourd'hui 122 boutiques de par le monde.

Cette performance est possible grâce à un maillage de 122 boutiques – soit le double d'un Givenchy ou la moitié d'un Marc Jacobs, deux autres fleurons du géant français du luxe –, "après une expansion significative du réseau de vente au détail, avec le retour des magasins à l'exploitation directe en Chine et les premières ouvertures aux États-Unis" en 2019, détaille LVMH dans son dernier rapport annuel.

Loin d'un Burberry

Ce qui n'empêche que Kenzo reste un acteur de niche comparé à d'autres géants. En effet, la marque n'aurait enregistré qu'un chiffre d'affaires de 300 à 400 millions d'euros l'an dernier, d'après des sources industrielles anonymes, LVMH ne communiquant pas cette information.

300 à 400
millions d'euros
Kenzo n'aurait réalisé qu'un chiffre d'affaires de 300 à 400 millions d'euros l'an dernier, évoquent des sources industrielles anonymes.

Là où un Burberry, par exemple, atteint lui les 2,7 milliards de livres sterling de chiffre d'affaires; un Chanel, les 9,91 milliards d'euros; un Gucci, 9,63 milliards d'euros.

Il sera dès lors intéressant de voir quelle influence aura le nouveau directeur artistique, Felipe Oliveira Baptista, entré en fonction en juillet 2019.

Pas que du prêt-à-porter

Mais d'ici là, restera la poule aux œufs d'or pour Kenzo qu'est le parfum – avec ses marges importantes. Où la maison est surtout réputée pour son "Flower By Kenzo", à la bouteille si emblématique d'un fragile coquelicot préservé de l'ardeur du monde dans son écrin de verre.

4
flacons/minute
Chaque minute, ce sont pas moins de quatre flacons de "Flower By Kenzo" qui s'écoulent à travers le monde.

Chaque minute, ce sont quatre de ces flacons qui s'écoulent de par le monde. Et ce, grâce au génie du maître parfumeur Alberto Morillas, qui imagina l'impensable il y a plus de trente ans maintenant: offrir à l'inodore coquelicot une signature olfactive unique, "marquée par l'inattendu et le poétique". Un pari qui fit mouche.

Du reste, pour ce qui est de l'avenir de l'esprit du fondateur, il convient de mentionner aussi K3, cette marque haut de gamme dédiée à l'art de vivre, qu'il lançait en janvier dernier. Elle sera désormais dirigée par un fidèle du Japonais.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés