L'actionnaire perd ses privilèges dans le coeur des CEO américains

©AFP

"Le rêve américain est vivant, mais il s'effiloche." Ces propos sont ceux de Jamie Dimon, CEO de JP Morgan. Avec 180 autres patrons de multinationales américaines, il se positionne en faveur d'un "autre capitalisme".

Ils sont plus de 180 patrons de multinationales américaines à délivrer un message pour le moins surprenant. Les CEO d'Amazon, Apple, Coca-Cola, General Motor, Goldman Sach, Procter & Gamble, etc. affirment dorénavant ne plus donner la priorité à l'actionnaire.

Le message, "Statement on the Purpose of a Corporation", a été diffusé lundi soir par Business Roundtable, un club d'entrepreneurs représentant un chiffre d'affaires combiné de plus de 7.000 milliards de dollars pour 300 milliards de dividendes octroyés. Ce message consiste en une sorte de philosophie à suivre pour un autre capitalisme.

©"Statement on the Purpose of a Corporation" publié dans le Business Rountable


"Depuis 1987, nous avons régulièrement publié nos principes de bonne gouvernance. Toutes les versions émises depuis 1997 accordaient la priorité à l'actionnaire, avec le principe selon lequel une entreprise existe avant tout pour servir l'actionnaire. Avec la déclaration du jour, nous établissons de nouveaux standards sur la responsabilité des entreprises."

Désormais, les CEO insistent sur le fait que les entreprises doivent également être attentives aux besoins de leurs salariés et à l'environnement dans lequel elles évoluent.

Une autre entreprise américaine

Interrogé dans le Financieel Dagblad, Paul Koster, directeur de l'association d'actionnaires Vereniging van Effectenbezitters indique qu'il s'agit là d'un changement fondamental dans "un pays qui a inventé la valeur actionnariale", même si au niveau européen, ce discours semble plus familier. Ce message est donc, ajoute-t-il, annonciateur de modifications majeures dans la culture d'entreprise et l'environnement entrepreneurial. "C'est une vraie déclaration pour les générations à venir." 

Sans la satisfaction du client ou du salarié, il ne peut y avoir de rendement pour l'actionnaire.
Mijntje Lückerath
Université de Tilburg

"Evaluer le rendement de l'actionnaire est aisé. L'évaluation à long terme reste un outil majeur dans l'estimation de la performance de l'entreprise, mais tout doit être pris en compte. Sans la satisfaction du client ou du salarié, il ne peut y avoir de rendement pour l'actionnaire", explique pour sa part Mijntje Lückerath, professeur spécialisé de la question de la corporate governance à l'Université de Tilburg.  

Longue sera la route

Quoi qu'il en soit, la route vers ce changement de mentalité sera longue. Les rapports annuels des entreprises américaines font souvent l'impasse sur des données chiffrées telles que les émissions CO2, la satisfaction des salariés et des clients. "La politique de rémunération repose aux États-Unis largement sur la valeur de l'action", rappelle Rients Abma, directeur d'Eumedion, forum européen sur la corporate governance.

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