interview

"L'annonce de Nethys parasite le modèle wallon" (Nicolas Thisquen, Sowaer)

©Pierre HAVRENNE

Nicolas Thisquen attend maintenant de Nethys et de son conseil d’administration un éclaircissement sur leurs réelles intentions.

À la tête de la Sowaer depuis le 1er juin 2019, Nicolas Thisquen reconnaît que son organisme manque de visibilité. Un rapide tour du propriétaire montre pourtant que cette institution publique est un maillon essentiel dans le développement des deux aéroports régionaux de Charleroi et Liège. La Société wallonne des aéroports est par exemple actionnaire à 50% de BSCA et de Liège Airport. Elle gère également les infrastructures aéroportuaires wallonnes et investit environ 50 millions par an dans des chantiers comme le prolongement de la piste de l’aéroport de Charleroi ou dans le prolongement de la dalle en béton à Liège pour accueillir les installations des Russes d’AirBridgeCargo ou celles des Chinois d’Alibaba. "On sert l’intérêt général", se plaît à dire Nicolas Thisquen.

Nicolas Thisquen se montre étonné par les annonces "improvisées" de Nethys à l’aéroport de Liège.

Ce n’est donc pas un hasard si son conseil d’administration vient d’adopter un plan stratégique de communication. "On ne va pas changer de logo mais les associations environnementales, comme les ONG, avancent leurs pions. Et c’est très bien. Mais on doit également pouvoir expliquer les vrais du faux et combattre les fake news qui nous causent certains préjudices. On veut expliquer ce qu’on fait aux acteurs du terrain, aux riverains des aéroports, aux communes… ce besoin de communication est essentiel."

Les envolées lyriques de Nethys

Le patron de la Sowaer y voit surtout une méconnaissance du modèle aéroportuaire wallon.

Pour son baptême du feu, le président du comité de direction de la Sowaer monte déjà au front. Dans sa ligne de mire, Nethys et la communication faite par son président Pierre Meyers il y a une dizaine de jours concernant de vagues projets d’investissement de plusieurs centaines de millions à l’aéroport de Liège. "Mon message n’est pas guerrier envers Nethys. C’est bien qu’un tel acteur, qui est actionnaire de l’aéroport, veuille investir. Mais avant de se lancer dans de grandes envolées lyriques, Nethys aurait pu consulter les acteurs, dont la Sowaer. Cette annonce me fait penser à un éléphant dans un magasin de porcelaine. Je suis très surpris. Cette annonce parasite le modèle wallon et sous-estime le paysage organisationnel. J’y vois surtout une fuite en avant."

Pour bien comprendre ce qui dérange Nicolas Thisquen dans l’annonce de Nethys, le patron de la Sowaer rappelle rapidement en quoi le modèle aéroportuaire wallon est un délicat équilibre. "Ce genre d’annonce doit se faire avec les acteurs. Il ne faut pas oublier qu’on est dans un environnement frappé par le ‘nimbysme’ (not in my backyard, NDLR) et dans un système où si on investit un euro dans l’infrastructure, il faut investir un euro dans la politique environnementale. C’est cela le modèle wallon. Or, l’annonce faite par Nethys crée un message qui n’est pas clair pour les riverains, les communes et même les compagnies aériennes. Il faut un développement encadré comme on le fait depuis 20 ans. Au lieu de cela, on crée l’émoi dans les communes. Le fait d’avoir des annonces pharaoniques effraie maintenant les communes. Cela sent l’improvisation." Il pointe par exemple les rumeurs qui ont suivi l’annonce comme la construction d’une troisième piste à Liège. "Cette troisième piste, on n’en a vraiment pas besoin et cela parasite le message par rapport aux études pour la piste de contingence", regrette le patron de la Sowaer.

10.000 emplois d’ici 2035

Il estime que le message donné par l’intercommunale liégeoise parasite les bons rapports établis entre la Sowaer et les communes et riverains. Il appelle au dialogue.

Derrière cette solide mise au point, Nicolas Thisquen attend maintenant de Nethys et de son conseil d’administration un éclaircissement sur leurs réelles intentions. "On tend la main. Je ne suis ni en colère, ni frustré mais surpris. Je ne demande qu’à les rencontrer pour en savoir plus. Mais je les mets aussi au défi. Le développement à l’aéroport doit être encadré. Ils annoncent vouloir créer 4.000 emplois. Nous, nous avons 10.000 emplois dans nos cartons", annonce-t-il en pointant le master plan qui va permettre de réhabiliter 350 hectares autour de l’aéroport de Liège d’ici 2035.

"Ce projet est trop important pour commencer à se lancer dans un bras de fer ou se jalouser. Les besoins d’investissements sont là. Je le dis souvent mais le modèle wallon est un modèle gagnant jalousé à l’extérieur. Il ne faudrait pas le mettre en péril en la faveur d’une improvisation". Il ne manque pas de rappeler l’importance des aéroports de Liège et Charleroi pour le Wallonie. "Ils sont la porte d’entrée de la Wallonie sur le monde. C’est un enjeu géopolitique majeur. Cela dépasse l’enjeu économique. Je suis ainsi heureux de voir que la déclaration de politique régionale du gouvernement nous conforte dans notre modèle. Elle est certes ‘challenging’ au niveau de l’environnement mais ne nous tirons pas une balle dans le pied. La situation est meilleure que celle d’autres plateformes aériennes où les riverains sont oubliés."

Une tour de contrôle digitale à Namur

À côté de l’allongement de la piste à l’aéroport de Charleroi ou du méga master plan sur Liège où 10.000 emplois pourraient être créés dans les nouvelles zones économiques autour de l’aéroport, la Sowaer travaille sur une tour de contrôle digitale. Le projet est toujours à l’état de plan mais Nicolas Thisquen sait où il va. "Aujourd’hui, pour le contrôle aérien, nous avons des tours physiques sur les aéroports de Liège et Charleroi. Demain, on va lancer un programme de tour digitale", explique le patron de la Sowaer. Demain, le centre de contrôle pour les deux aéroports sera basé dans un bâtiment localisé à Namur (à la proximité de Daussoulx). Il s’agit d’un centre unique pour Liège et Charleroi. Le contrôle sera opéré via des écrans qui projettent des images retransmises via des caméras qui remplaceront les tours physiques basées sur les deux aéroports. "Ces synergies vont nous permettre de gagner en flexibilité. Ce programme digital va par ailleurs permettre aux aéroports wallons de se positionner sur la carte des aéroports smart. On évite également de laisser filer le contrôle aérien digital vers Steenokerzeele." Au niveau du timing, les premières caméras devraient être posées à Liège et Charleroi en 2024. D’ici là, le centre namurois sera sorti de terre. Il n’y a par contre encore aucune date pour le grand basculement.

 

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