reportage

La Falize, la passion viticole d'une branche de la galaxie InBev

Pour ses projets viticoles, Frédéric de Mévius s'est adjoint les services de jeunes talents, allant de la bioingénieure Alice Danzin à l'ex-avocat d'affaires Pierre-Yves van Haute.

Vin, maraîchage et culture bio forment les trois piliers de l'activité née au cœur du domaine de l'une des familles actionnaires de référence du géant brassicole AB InBev.

Cela faisait un peu plus de deux siècles que ces terres, situées au nord de Namur, n'avaient plus vu la vigne. En cause? L'éruption du volcan Tambora, en Indonésie. Une catastrophe naturelle si dévastatrice – on parle d'une explosion 52.000 fois plus puissante que celle du bombardement d'Hiroshima – qu'elle emporta avec elle près de 100.000 personnes dans la région, de même que provoqua un changement climatique planétaire marqué par de violentes pluies et des températures anormalement basses. Assez pour mener à l'effondrement des récoltes dans l'hémisphère nord, et donc à des famines – ainsi qu'à une meurtrière épidémie de choléra – dans une vaste partie de l'Europe. Ce qui ouvrit la voie, en résultante, à d'importantes réformes politiques.

L'art et la manière

Mais voilà, ce bicentenaire passé, peut-être était-il temps de tourner cette sombre page de l'histoire. C'est ainsi qu'il y a une petite dizaine d'années maintenant, Frédéric de Mévius, membre de l'une des familles actionnaires de référence du géant brassicole AB InBev, s'est décidé à ramener le raisin au domaine de la Falize – et à Flawinne, chez son cousin, Olivier de Spoelberch.

Avec l'art et la manière car, après tout, ce n'est pas le genre de la maison que de fonctionner autrement. Dans son entreprise, l'ex-patron et président du véhicule d'investissement Verlinvest (désormais aux seules mains de la famille de Spoelberch, autre actionnaire de référence d'AB InBev) s'est directement tourné vers un grand nom: l'œnologue flamand Peter Colemont (Clos d'Opleeuw). Considéré par le sommelier Eric Boschman comme "le plus grand magicien du chardonnay tranquille dans notre royaume", l'homme, devenu partenaire de l'aventure, "fut chargé d'étudier la meilleure expression du terroir local", marqué par un sol argilo-limoneux avec des pointes de schiste.

Dans la foulée, de jeunes talents ont été recrutés afin d'éviter les éventuelles appréhensions des générations passées et de satisfaire les ambitions d'un projet voulu résolument novateur dans sa philosophie. Alice Danzin, jeune bioingénieure passionnée par la vigne a succédé à Morgane Favory, ingénieure agronome et œnologue passée notamment par les châteaux Latour et Franc Mayne avant une exportation en Nouvelle-Zélande et en Australie. Et Pierre-Yves van Haute, ex-avocat en fusions-acquisitions (Stibbe) et conseiller juridique, est monté à bord, "convaincu de l'existence d'un vrai produit, d'excellence gustative et qualitative, à la base de tout".

L'une des quatre parcelles du vignoble porte le nom de la Reine Fabiola, dont les ancêtres occupèrent les lieux autrefois.

Cultures bio

Une équipe de choc qui a aujourd'hui porté ses fruits. En effet, la Falize peut à présent se targuer de quatre millésimes (2018 va être relâché en septembre), produits sur ces terres chargées d'histoire où trône fièrement - depuis plus de 400 ans - la bâtisse familiale, qui a vu passer en ses murs d'illustres personnages tels que Philippe IV ou Guillaume d'Orange.

2,4
hectares
A la Falize, ce sont 2,4 hectares de vigne qui sont cultivés. En bio et en biodynamie.

La spécificité: les 2,4 hectares de vignes sont entièrement cultivés en bio - et même en biodynamie (méthode de culture reposant sur une approche holistique qui lie le développement des plantes avec le sol nourricier et l'environnement).

Un choix qui remonte à la découverte de nitrate dans l'eau d'un puits fraîchement creusé pour approvisionner la propriété. Mais qui s'inscrit aussi, sur un plan plus personnel, dans l'histoire familiale puisque le père de l'actuel propriétaire et ornithologue passionné, Eric de Mévius, fut un précurseur d'une approche culturale plus respectueuse, avant de se heurter aux difficultés d'appliquer, à l'époque, le modèle à de grandes étendues de terres.

Gage de qualité, la philosophie à l'oeuvre n'est pas passée inaperçue parmi les connaisseurs. Avec pour effet que le vin produit ici se retrouve désormais sur les meilleurs tables du pays - de même qu'un peu à l'étranger: de chez Bon Bon au Châlet de la Forêt, en passant par divers autres étoilés du nord et du sud du pays.

"On vise la qualité plutôt que la quantité, qui serait plus facile."
Frédéric de Mévius
Propriétaire du Domaine de la Falize

Du reste, peu de cavistes distribuent le cru namurois. Et côté particuliers, si un site vient d'être lancé, les commandes de particuliers se sont jusqu'ici faite pour l'heure par voie de bouche à oreille. "C'est qu'on vise la qualité plutôt que la quantité, qui serait plus facile", prévient Frédéric de Mévius. "En ce sens, on veut rester sur un projet à taille humaine", abonde Pierre-Yves van Haute.

4 hectares de maraîchage

Pour autant, chassez le naturel, il revient au galop. Limiter ne signifie en rien brider. Les idées en tout cas. "Les restaurateurs aiment notre vin, ne peut-on pas leur offrir autre chose?", s'est interrogé en cours de route l'homme d'affaires aux commandes. Ce fut-là le point de départ d'une activité maraîchère (fraises, cerises, asperges,…) qui fournit des restaurateurs ou des supermarchés bio, de Bruxelles à Knokke, Anvers ou Gand. Cette production occupe désormais près de 4 hectares (en bio et biodynamie) qui seront "amenés à se développer", entend-on.

De même, les autres 200 hectares de grandes cultures bio (légumineuses et céréales principalement) devraient prochainement aussi être touchés par le dynamisme des équipes. Objectif? Passer en biodynamie, en visant des méthodes culturales favorisant la biodiversité.

Un défi de taille car "la transition se fait normalement à partir de l'agriculture traditionnelle. Ici, on va essayer d'y arriver à partir du bio", conclut le maître des lieux, qui continue, en parallèle de ces trois piliers à la Falize, ses activités d'investissement en capital-risque et capital-développement. Et ce, que ce soit au travers de son nouveau véhicule Planet First Partners, avec lequel il est monté au capital du spécialiste britannique de la biodégradabilité du plastique Polymateria, ou via le fonds d'investissement Venturi Partners dont il est actionnaire, qui se concentre sur des entreprises en croissance indiennes ou asiatiques.

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