La KUL tente de détecter les burn out dans le sang

©Ã‚© Jimmy Collins /Corbis

Le nombre de burn out a explosé en cinq ans. Mais sa détection reste difficile. A la KULeuven, un médecin planche sur un projet de détection via les marqueurs sanguins.

En cinq ans, le nombre de personnes étant en invalidité pour cause de burn out a augmenté de 67%. En 2015 en effet, 7.653 personnes étaient prises en charge par l’assurance-maladie invalidité depuis plus d’un an, parce qu’elles avaient développé ce trouble psychologique lié au travail. Des statistiques inquiétantes, et qui restent partielles.

Comme l’Inami le signale, les burn out qui ont eu une durée de 6 ou 9 mois ne sont pas repris dans ces chiffres. Tout comme les burn out qui ne sont pas détectés comme tels. Car cette maladie reste encore difficile à cerner, malgré les nombreuses grilles d’évaluation qui ont été créées par les spécialistes à destination des médecins.

67%
Entre 2010 et 2015, le nombre de cas de burn out entraînant une invalidité de plus d’un an a augmenté de 67%, d’après l’Inami.

"C’est un état d’esprit négatif, persistant, lié au travail, détecté chez des individus normaux (c’est-à-dire ne souffrant pas d’autres troubles mentaux), qui se marque par un épuisement physique et émotionnel, un sentiment d’inefficacité au travail, de la démotivation, un manque de reconnaissance", explique Isabelle Hansez, chercheuse à l’ULg. La spécialiste était auditionnée en commission des Affaires sociales de la Chambre hier, avec ses collègues Lode Godderis, professeur à la KULeuven, et Luk Dewulf, coach et spécialiste en prévention des burn out.

Même si des définitions précises existent pour identifier le phénomène, il reste difficile à saisir, notamment car les caractéristiques psychologiques propres à l’individu vont aussi jouer un rôle dans le phénomène. "Il n’est pas toujours facile de distinguer le burn out d’autres maladies qui ne sont pas liées au travail, comme la dépression, la fibromyalgie", dit Isabelle Hansez, qui pointe alors l’importance d’avoir des professionnels de la santé bien formés en la matière. "Des psychologues cliniciens qui connaissent aussi la réalité des entreprises, les dynamiques d’interaction des organisations."

Une prise de sang pour détecter

À la KULeuven, Lode Godderis mène actuellement un projet de recherche pour tenter de détecter les cas de burn out au travers de marqueurs sanguins. Grâce à une simple prise de sang, il serait en effet possible de détecter le stress chronique dans les marqueurs biologiques (taux de cholestérol, d’insuline…). Plus les personnes sont stressées, plus leurs marqueurs seront élevés, et le risque de burn out peut guetter, ou être clairement présent.

©Hollandse Hoogte

Une manière précise aussi d’objectiver le diagnostic, parfois mal perçu par l’entourage ou les employeurs. Luk Dewulf insiste: "On ne peut pas détecter un burn out en 15 mn, le risque est que la personne soit traitée comme dépressive. On mélange les genres", dit le spécialiste, qui constate aussi qu’on traite souvent les personnes en burnout de "paresseux", alors que c’est tout le contraire. "On les culpabilise, et cela aggrave le problème, dit-il. La responsabilité ne vient pas que du travailleur, mais de l’employeur aussi. Or, il est inadmissible de voir dans les médias certains propos dénigrants tenus sur les burn out."

Au PS, le député Frédéric Daerden plaide pour la reconnaissance du burn out comme maladie professionnelle. "Cela permettrait au travailleur qui en souffre d’être mieux couvert financièrement au niveau de l’assurance-maladie, mais ce serait aussi un incitant à ce que le problème soit mieux pris en charge par les employeurs, notamment en termes de prévention, dit le député. Et cela permettrait de ne plus laisser de côté une maladie qu’on a souvent tendance à nier."

Sa collègue du cdH, Catherine Fonck, n’est pas tout à fait d’accord. "Le burn out est multifactoriel, il peut être aussi lié à la sphère privée. En le reconnaissant comme la maladie professionnelle, on méconnaîtrait d’autres facteurs."

Pour la députée, il faut avant tout travailler sur la prévention. Isabelle Hansez estime, pour cela, qu’il faudrait mieux former les managers au management de proximité, plus efficace pour éviter les burn out des travailleurs.

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