chronique

La peur n'a plus sa place dans notre stratégie de sortie de crise

L’abandon du tout au télétravail pour reprendre le chemin du bureau impliquera de rejeter la peur et l’irrationalité liées à la stratégie de sortie.

Lorsqu’en mars 2020, nous avons été confrontés à ce virus inconnu, notre organisation, qui compte plus de 8.000 collaborateurs et 400 sites, a opté dès le premier jour pour une politique très stable. Pas de yoyo, pas d’excès. Avec le recul, nous pouvons dire que nous avons relativement bien supporté les diverses vagues sans avoir à engendrer toutes sortes de paniques d’une semaine à l’autre. Nous n’avons pas non plus connu à ce jour de foyers ni de graves poussées de contamination.

Cette simplicité nous a permis de réaliser un excellent parcours. Et c’est cette voie que nous continuerons de suivre pour la stratégie de sortie. La ligne de conduite sera faite de simplicité, de constance et d’absence de toute panique ou angoisse inutiles. Ce dernier point est une donnée extrêmement importante.

La peur est aliénante. Elle entraîne une surenchère de mesures toujours plus draconiennes et irrationnelles.

La société, en tant que collectivité, a utilisé la peur de l’inconnu comme fil rouge. Or, la peur est aliénante. La peur de l’insécurité entraîne une surenchère de mesures toujours plus draconiennes et irrationnelles, qui génèrent à leur tour une série d’effets secondaires indésirables et une spirale négative.

La peur se manifeste en général lorsque nous n’avons pas le contrôle de la situation ou que nous avons le sentiment d’être confrontés à un risque mortel. La campagne de vaccination déjà bien avancée (Plus de 90% des décès concernaient des 65+, groupe déjà invité à se faire vacciner) a permis de gérer le risque mortel. L’impression d’avoir la situation sous contrôle, nous l’avons donnée aux gens en sollicitant leur contribution à travers les masques, les gels, etc. Comme nous savons que la peur a tendance à s’auto-alimenter, il est à présent essentiel de s’en débarrasser.

La semaine dernière, j’avais rendez-vous dans un hôpital pour un examen de routine. À l’accueil, la réceptionniste était à son poste derrière un plexi… ni plus ni moins. Et c’était bien. À de nombreux autres endroits, souvent moins exposés et moins conscients des risques liés au virus que dans un hôpital, ces dispositions ont été prises dès mars 2020. Et l’on y voit aujourd’hui des réceptionnistes travailler avec masque, derrière un plexi, toutes portes fermées, avec pour consigne d’imposer un mètre et demi de distance par rapport au plexi. Une surenchère de mesures draconiennes, donc. C’est fou ce que la peur nous fait faire.

Rattraper le temps perdu

D’où un fervent plaidoyer pour le rejet absolu de la peur et de l’irrationalité dans la stratégie de sortie. Retour aux sources, retour à la norme. Tel est le nouveau fil rouge à adopter. Communiquez positivement. Évitez de parler de risques et de dangers. Étendez-vous au contraire sur les chances et les opportunités. Rattrapez le temps perdu en prenant le café avec votre collègue. Il y a tellement de temps à rattraper. 

Prévenir, c’est parfois aussi éviter de prendre des mesures additionnelles. Refuser de basculer dans des spirales descendantes.

Au niveau de l’entreprise, prenez des mesures invisibles et collectives, offrant une réelle protection. Et évitez les mesures spectaculaires, restrictives. À première vue, le port du masque est le signe que vous prenez le virus au sérieux et que tout le monde peut apporter sa pierre à l’édifice. C’est une bonne initiative en soi. Mais elle est par exemple subordonnée à la mesure invisible, collective qui consiste à s’équiper d’une bonne ventilation (airco).

Durant les phases précédentes, il était nécessaire de donner la priorité aux mesures claires et visibles. Elles nous donnaient un sentiment de « contrôle » sur notre peur du virus. Aujourd’hui, il est toutefois plus important de restaurer la confiance entre les collaborateurs entre eux, et surtout de dissiper cette peur. Voir le visage entier de votre collègue n’est vraiment pas anodin à cet égard. La lutte réelle contre la pandémie se poursuit, mettant l’accent sur la ventilation, l’appel à se faire vacciner, ... naturellement dans le respect du collaborateur individuel qui continue à préférer porter son masque dans un espace bien ventilé.

Avalanche de phobies

Veillez aussi à la stabilité de votre approche. Prévenir, c’est parfois aussi éviter de prendre des mesures additionnelles. Refuser de basculer dans des spirales descendantes. Mais miser pleinement sur une stabilité tranquille.

En résumé ? Pensez collectif, pensez discret et communiquez positivement. Il n’en faut généralement pas plus. Toutes les autres mesures, nous ne les enclencherons que si l’on ne peut vraiment pas faire autrement. Ne fut-ce que pour maintenir au plus bas le coût sociétal des phobies. Car une avalanche de phobies… la voila, ma crainte pour l’avenir.

Pascal Meyns
Safety Manager Randstad Group

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