La plateforme Innovaders met la R&D à la portée des PME

La PME spécialisée dans les machines de découpe au laser Optec collabore avec Innovaders dans l'exploration d'un nouveau matériau très prometteur. ©OPTEC

Quel patron de PME n'a pas hésité au moment d'approuver une recherche de peur d'être dépassé par le coût? La nouvelle plateforme Innovaders devrait le rassurer.

Plus personne ne met en doute le rôle de l'innovation dans la croissance des entreprises, mais les PME n'ont pas toujours les moyens de mener les recherches nécessaires. Les entrepreneurs belges bénéficient pourtant d'un remarquable outil, dont les fondations ont été jetées en 1947 pour relancer l'économie au sortir de la guerre (loi De Groote): les centres de recherche collective, spécialisés par secteur et qui mettent leurs experts et leurs infrastructures à la disposition des grandes comme des petites entreprises soucieuses de développer un projet de R&D. Les dix centres de recherche actifs aujourd'hui ont décidé de se regrouper sur une plateforme en ligne commune. Baptisée Innovaders, celle-ci est accessible sur internet depuis ce jeudi: les entrepreneurs intéressés peuvent y découvrir tout le potentiel des centres, y poster leurs demandes et prendre rendez-vous.

"Nous avons pris l'initiative de créer cette plateforme à la fois pour souligner l'impact des centres sur la compétitivité des entreprises et pour rappeler aux gouvernements que la recherche collective a toujours du sens."
Jan Laperre
Porte-parole d'Innovaders, directeur général de Centexbel

"Les dix centres de recherche connaissent fort bien les attentes des entreprises, leurs besoins et les opportunités qui s'offrent à elles", explique Jan Laperre, porte-parole d'Innovaders et directeur général de Centexbel, le centre de recherche du textile et de la plasturgie. "Nous avons pris l'initiative de créer cette plateforme à la fois pour souligner l'impact des centres sur la compétitivité des entreprises et pour rappeler aux gouvernements fédéral et régionaux que la recherche collective a toujours du sens." C'est ainsi que, confrontés aux nouvelles obligations du programme Reach, des industriels du textile allient leurs efforts dans "leur" centre de recherche sectoriel pour trouver des alternatives aux substances chimiques considérées comme dangereuses... Ou qu'une PME comme Optec (fabricant de machines de découpe au laser) a découvert dans un projet collectif du centre de recherche de l'industrie céramique BCRC l'intérêt de se diversifier en appliquant sa technologie laser sur un matériau nouveau pour elle, de l'argile crue.

"Les dix centres emploient 950 personnes et travaillent avec un budget annuel de 145 millions d'euros."
Jan Laperre

Recherche individuelle et collective

Car les membres d'Innovaders s'activent sur les deux fronts: recherche collective et parcours d'innovation individuel, selon les besoins des entreprises. L'éventail des secteurs concernés est large: outre le textile et la céramique déjà cités, Innovaders réunit les centres de l'industrie technologique (Sirris), de la construction (CSTC) et de la construction routière (CRR), de l'électrotechnique (Volta), de la métallurgie (CRM), du bois et de l'ameublement (WOOD.BE), du ciment (CRIC-OCCN) et de la soudure (IBS). "Les dix centres emploient 950 personnes et travaillent avec un budget annuel de 145 millions d'euros", détaille Jan Laperre. "Leur financement provient des cotisations des membres, des revenus des services aux entreprises et des subventions aux programmes de recherche." À noter que le "membership" des centres totalise quelque 99.000 entreprises représentant 575.000 emplois. "Mais nous sommes ouverts à toutes les entreprises, et pas uniquement à nos membres", ajoute Jan Laperre.

"Nous ne recevons pas de dotations pour la recherche", précise Véronique Lardot (BCRC). "Nous fonctionnons par appel à projets." D'où l'importance d'un bon dialogue avec les Régions, le fédéral et les organes européens soutenant la recherche.

Coût réduit

Reste à voir ce que cela coûte aux entrepreneurs, de solliciter l'aide d'Innovaders. "Pas grand-chose", répond Jan Laperre. Laurent Marin, le CEO d'Optec, a fait ses comptes et le confirme: "Si nous avions mené cette recherche en interne cela nous aurait coûté près de 3 millions d'euros", dit-il. "Tandis qu'ici, notre collaboration avec le centre de recherche BCRC nous a coûté 950.000 euros, subsidiés à 45%. Autrement dit, cela nous aurait coûté plus de trois fois plus cher de le faire en solo."

"Cela nous aurait coûté plus de trois fois plus cher de faire cette recherche en solo."
Laurent Marin
CEO d'Optec

Concrètement, Optec et le BCRC ont étudié ensemble le développement de la technologie laser du premier sur un matériau bien connu du second, l'argile crue. En est résulté un processus qui permet d'atteindre des niveaux de détail très fins et très précis dans la découpe, tout en réduisant le risque de casse. Optec a réalisé une première application de cette technique dans la fabrication de boîtiers de montre en céramique pour l'horlogerie de luxe. La PME étend à présent le champ des applications à d'autres composants de montre, ainsi qu'au secteur de la bijouterie. À terme, elle pense qu'elle pourra également y recourir pour des applications dans le domaine médical et la microfluidique.

"Les projets de recherche menés en commun permettent aussi aux entreprises de réaliser d'importants gains de temps", conclut Jan Laperre. Un autre composant de la compétitivité...

Des projets de recherche aboutis, petits et grands

IBA, le spécialiste en protonthérapie coté sur Euronext, a mené à bien un projet avec le CSTC, le centre de recherche du secteur de la construction, pour mettre au point un béton qui, même après des années d'utilisation d'un cyclotron, n'absorbe pas les radiations.

Sioen, le fabricant de textiles techniques enduits et de vêtements de protection, a collaboré avec Centexbel, le centre de recherche textile, pour créer le premier sachet de thé pyramidal entièrement biodégradable. Car contrairement aux idées reçues, les sachets pyramidaux sur le marché ne l'étaient pas (biodégradables), jusqu'ici...

Indera, une marque de canapés design haut de gamme dépendant du groupe Mecam, a coopéré avec WOOD.BE, le centre de recherche du bois et de l'ameublement, pour fabriquer le premier canapé entièrement démontable et recyclable.

Rotor Déconstruction, une spin-off du groupe Rotor, a sollicité le CSTC (construction) pour l'aider à mettre au point une méthode innovante et durable pour nettoyer de dalles en céramique. Rotor DC s'est spécialisée dans la récupération de matériaux de construction après démolition.

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