Lancer un plasti-score pour noter les emballages plastiques

Les producteurs de boissons investissent beaucoup dans la recyclabilité de leurs bouteilles et canettes. Pour aider le consommateur à s'y retrouver, un plasti-score pourrait être placé sur leurs emballages en magasin. ©BELGAIMAGE

À l'image du nutri-score qui aide à choisir des aliments sains, l'industrie pourrait créer un système de notation pour les plastiques, propose la marque allemande de détergents écologiques Frosch.

Tout le monde sait aujourd'hui que le nutri-score qui figure sur divers emballages d'aliments sert à en donner la valeur nutritionnelle sous la forme d'une notation, de A à E. Et pourquoi ne créerait-on pas sur le même modèle un plasti-score? Posé sur les emballages plastiques des produits de consommation, il exprimerait en un score simple combien le matériau plastique concerné est recyclable et recyclé.

C'est l'idée de la marque allemande de détergents écologiques Frosch, qui a repris en conclusion de sa récente étude sur le sujet une idée lancée récemment dans le débat public: un plasti-score apposé sur chaque emballage qui indiquerait clairement au public dans quelle mesure il est recyclable et recyclé...

De quoi aider les consommateurs à s'y retrouver et leur permettre de guider leurs achats vers les produits les plus écologiquement emballés. Une petite contribution à la lutte contre la surabondance de plastiques, ou un stimulus à l'économie circulaire et à une industrie propre.

64%
64% des 1.000 Belges interrogés déplorent le manque d'alternative aux plastiques.

Car la crise pandémique a relancé une utilisation effrénée du plastique en raison, entre autres, du boom des livraisons à domicile qui a suivi le confinement et de la forte demande dans le secteur des soins pour des outils en plastique (masques, gants, visières...). Frosch a alors été interpellée par cette conséquence de la crise et a voulu sonder le marché des consommateurs à ce propos. Elle a mandaté le bureau Dedicated Research pour sonder les Belges face à "la pandémie du plastique". Résultat, 64% des 1.000 personnes interrogées déplorent le manque d'alternative au plastique. Six sur dix estiment qu'ils peuvent avoir un impact sur cette situation en adaptant leurs comportements. Ils pensent toutefois que c'est d'abord aux producteurs (65%), aux entreprises (50%), aux grandes surfaces (43%) et aux autorités (38%) à intervenir.

Une liste de paramètres

Quelques labels existent, qui certifient le caractère plus vert de certains emballages, mais les Belges les ignorent ou les confondent. La moitié d'entre eux reconnaissent le logo point vert, mais seuls 10% savent qu'il indique le paiement d'une contribution au recyclage. Ils le confondent souvent avec le label cercle de Möbius, qui atteste qu'un produit est recyclable.

"Il faudrait arrêter une liste de paramètres à remplir", explique Benoît Renauld, le directeur général de Frosch Benelux. "Ceux-ci porteraient notamment sur la nature de l'usage (unique ou re-remplissable), sa temporalité (quelques secondes d'utilisation, un jour, un mois...), le nombre de réutilisations possibles, etc." Devraient aussi y figurer le taux de plastique recyclé contenu dans l'emballage, la couleur du plastique (plus sombre = plus difficile à recycler), le type de plastique (PET, PE...), etc. "Un tel Plasti-Score devrait aussi être évolutif dans le temps, et pour coter certains paramètres délicats, il faudrait prévoir un arbitrage", poursuit le manager.

"On pourrait élargir le concept à d'autres matériaux d'emballage, comme le papier/carton, certains métaux, etc. On parlerait alors d'un recy-score plutôt que d'un plasti-score."
Benoît Renauld
Directeur général, Frosch Benelux

"On pourrait élargir le concept à d'autres matériaux d'emballage, comme le papier/carton, certains métaux, etc. On parlerait alors d'un recy-score plutôt que d'un plasti-score", poursuit Benoît Frosch. Dans les produits d'entretien, un label existe déjà, qui atteste que les composants volatils respectent les normes de qualité de l'air: c'est le label Air intérieur contrôlé. Frosch a obtenu le sésame pour ses produits. C'est aussi ce qui l'a guidé vers l'idée du plasti-score: "Le label Air intérieur contrôlé garantit le contenu, mais que fait-on pour le contenant?" D'où cette piste prometteuse, même si elle n'emporte pas d'emblée l'adhésion de l'industrie, à en juger par la réaction de Fost Plus (encadré ci-contre).

Fost Plus n'est pas convaincue

Que pense Fost Plus du plasti-score? On croyait que l'organisation qui gère la récolte, le tri et le recyclage des déchets d'emballages ménagers applaudirait l'idée, et on avait tout faux. "Nous ne sommes pas convaincus qu'un plasti-score ou un recy-score contribuerait a une augmentation générale du taux de recyclage. Au contraire, nous estimons que cela risquerait d'induire le consommateur en erreur", répond sa porte-parole Valérie Bruyninckx.

Un, Fost Plus adopte une attitude neutre envers les matériaux, pour autant que "l’emballage en question soit compatible avec (ses) systèmes de collecte, tri et recyclage actuels". Chaque matériel a ses avantages et désavantages, poursuit l'organisme qui ajoute que chaque emballage a plusieurs fonctions. Il faudrait donc noter bien d'autres aspects que sa recyclabilité.

Deux, Fost Plus encourage ses membres à mettre sur le marché des emballages qui peuvent facilement être recyclés. C'est cette facilité qui lui permet d'assurer aujourd'hui que 98% des emballages sont recyclables. Cette approche la détourne des emballages disruptifs, fussent-ils très verts.

Trois, chaque pays européen a ses systèmes de recyclage, très différents d'un État à un autre. Certains types d’emballages qui sont parfaitement recyclables dans un pays, ne le sont pas dans un pays limitrophe. "Le score à appliquer à un même emballage devrait donc varier de pays à pays", conclut Valérie Bruyninckx.

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