Le développement durable s'installe à la Solvay Brussels School

©Solvay Brussels School

La business school a décidé de faire entrer le développement durable dans ses murs. Pas en rajoutant un cours, mais en changeant ses cours.

Cela n’a peut-être l’air de rien, vu de l’extérieur. Mais la Solvay Brussels School of Economics and Management vit en ce moment une petite révolution interne. La business school, qui forme les managers et les décideurs économiques de demain, a décidé de faire rentrer le développement durable dans ses murs.

À la Solvay Brussels School, le développement durable n’est pas une option que l’on peut prendre ou pas. Cette approche intégrée cadre avec celle du groupe Solvay et c’est pour cela que nous la soutenons en tant que partenaire actif. Parce que, dans le monde d’aujourd’hui, le développement durable n’est plus une option non plus.
Michel Washer
deputy chief sustainability officer au sein du groupe Solvay

Jusque-là rien de fracassant, on est d’accord. L’originalité tient ici à la méthode choisie. La Solvay Brussels School n’a pas ajouté un cours de développement durable à son programme, ni créé une chaire dédiée comme cela existe déjà çà et là. Elle a en revanche glissé le développement durable dans ses cours existants"Nous ne voulions pas rajouter une couche de vert dans nos cours, parce que ça fait bien", situe Estelle Cantillon, professeur d’économie et coordinatrice de l’initiative au sein de l’école. "Nous voulions une approche transversale."

Pas une option

L’an prochain, 80% de nos étudiants seront impliqués.
Estelle Cantillon
Professeur d’économie et coordinatrice de l’initiative à la Solvay Brussels School

La business school est allée voir le groupe éponyme, qui a décidé de financer le projet. "Ce qui nous intéressait dans cette démarche, c’était précisément cette volonté d’intégrer le développement durable dans tous les cours, pas d’en faire une discipline enseignée séparément", indique Michel Washer, deputy chief sustainability officer au sein du groupe Solvay. "Autrement dit à la Solvay Brussels School, le développement durable n’est pas une option que l’on peut prendre ou pas. Cette approche intégrée cadre avec celle du groupe Solvay et c’est pour cela que nous la soutenons en tant que partenaire actif. Parce que, dans le monde d’aujourd’hui, le développement durable n’est plus une option non plus. Une entreprise ne peut plus faire son 'business as usual' et voir ensuite dans quelle mesure cela cadre avec le développement durable. Le développement durable est devenu le 'business as usual'."

Le responsable du groupe chimique développe son point. "Aujourd’hui, une entreprise comme Solvay ne peut plus concevoir un produit sans se soucier du cycle total de ce produit. Auparavant, l’entreprise se concentrait sur la satisfaction des besoins du client, sans forcément envisager les impacts potentiels négatifs en amont ou en aval. Ce n’est plus possible aujourd’hui. La société ne l’accepte plus, le consommateur ne l’accepte plus, le personnel ne le veut plus, les investisseurs commencent à ne plus le vouloir."

Expériences pilotes

La démarche de la Solvay Brussels School a été amorcée lors de la rentrée 2017-2018 avec le lancement de six expériences pilotes dans des cours tels que comptabilité, marketing, économie, physique, etc., des cours suivis par quelque 1.200 étudiants et donnés par des enseignants motivés par le projet. L’année suivante, trois parcours thématiques (énergie, économie circulaire et développement humain) ont été lancés pour le bachelier en ingénieur de gestion. "Seize profs, soit un tiers des cours, sont impliqués dans ces parcours multidisciplinaires et construits sur les trois années de bachelier", situe Estelle Cantillon.

L’école ne s’arrêtera pas là. En septembre 2020, elle introduira la même approche pour les bacheliers en économie et les masters en business et en management. "L’an prochain, ce sont 80% de nos étudiants qui seront impliqués."

Il faut réfléchir en système, mettre ensemble les compétences pour inventer des solutions. Dans le parcours énergie, par exemple, des ponts sont faits entre physique, chimie, politique, économie, etc.
Estelle Cantillon


Réfléchir en système

"Cela implique de changer la façon d’enseigner, c’est un vrai défi pour nous", insiste la coordinatrice. "Traditionnellement, le professeur est un expert, spécialisé dans sa matière. Mais avec le développement durable, personne n’a le monopole de l’expertise. Au contraire, il faut réfléchir en système, mettre ensemble les compétences pour inventer des solutions. Dans le parcours énergie, par exemple, des ponts sont faits entre physique, chimie, politique, économie, etc. C’est nouveau pour les enseignants, ce n’est pas forcément simple mais cela donne de la dynamique et c’est stimulant intellectuellement."

Le but ultime étant pour la business school d’amener les étudiants à développer "une compréhension systémique d’une situation", comme le dit Estelle Cantillon. "Il n’y a pas une bulle économique isolée de la société ou de l’environnement, tout est interconnecté. Si nos diplômés ne sont pas capables de voir les liens et d’en tenir compte, ce ne seront pas de bons décideurs."


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