Le Docks Bruxsel cherche à expulser le cinéma White de ses murs

©White cinema Docks

Fin de l’idylle entre le cinéma White et le Docks. Les actionnaires du centre commercial veulent expulser White, qui tarde à payer ses redevances.

La noce est terminée, les invités sont partis. Ne reste que la gueule de bois. On pourrait difficilement mieux résumer l’état actuel des relations entre les cinémas White (exploités par Belga Films) et le centre commercial Docks. Pour le dire simplement, White, qui exploite des salles de cinéma au dernier étage du centre commercial Docks, cherche à rompre la convention qui unit les parties depuis 2016. De son côté, le centre commercial, détenu par un fonds de pension canadien, veut expulser l’exploitant des salles de cinéma et trouver un nouveau partenaire plus stable. On vous l’accorde, c’est résumé, mais c’est le nœud du débat.

Vice de consentement?

"Très vite pourtant, on se rend compte que les allées sont vides, que les parkings sont déserts, le centre commercial ne répond pas aux attentes."
Julie De Bonnet
avocate des cinémas

Cela étant, les choses ne sont pas si claires et les parties sont venues s’en expliquer devant les juges du tribunal de l’entreprise francophone de Bruxelles ce jeudi matin. De son côté, l’exploitant des cinémas White estime que la convention passée entre les parties doit être annulée pour vice de consentement. En effet, il estime avoir été trompé par le projet de centre commercial, qui était censé attirer la toute grande foule. "Très vite pourtant, on se rend compte que les allées sont vides, que les parkings sont déserts, le centre commercial ne répond pas aux attentes", a plaidé Julie De Bonnet, l’avocate des cinémas aux côtés d’Yves Delacroix.

Personne ne le nie, la fréquentation attendue n’est pas tout à fait au rendez-vous et l’exploitant des salles de cinéma a du mal à rentabiliser son affaire, surtout après avoir consenti pour près de 7 millions d’euros d’aménagements il y a trois ans afin de recevoir les cinéphiles dans les meilleures conditions. Les parties se sont d’abord parlé, l’exploitant des salles obtenant différents reports et délais de paiement des échéances dues. Annuellement, White doit s’acquitter d’une redevance de 278.000 euros pour pouvoir exploiter ses salles. C’est dans le courant de l’année 2018 que les choses se sont gâtées, lorsque les promoteurs et actionnaire de Docks, à savoir les groupes Equilis (Mestdagh) et TPF (Thomas Spitaels), ont vendu le centre commercial au fonds de pension canadien Alberta Investment Management Corporation. L’avocate du cinéma a expliqué que le fonds de pension avait commencé à exercer une pression financière afin de les pousser dehors. Pour les conseils des cinémas, la stratégie du fonds de pension est claire: faire pression sur l’exploitant pour l’expulser, mettre la main sur des aménagements qui vaudraient près de 7 millions d’euros et travailler avec un nouveau partenaire. Avant d’aborder le fond du dossier, White Cinéma Bruxelles veut que le juge ordonne aux actionnaires de Docks d’arrêter de se comporter comme si la convention entre les parties était déjà annulée.

Enfin, White Cinéma Bruxelles demande également au juge d’ordonner une baisse de la redevance annuelle due à Docks, celle-ci passant de 278.000 euros à 78.000 euros, le temps de la procédure en justice. "Si la redevance initiale est maintenue, on parlerait d’une pression locative équivalente à 45% du chiffre d’affaires des salles de cinéma", a encore plaidé Julie De Bonnet.

Comme toujours, les acteurs présents de l’autre côté de la barre ont présenté une tout autre version de l’affaire.

"Si White veut rester, ils n’ont qu’à payer la redevance."
Dorothée Vermeiren
Avocate des actionnaires de Docks

À la fin du mois de novembre, le fonds de pension a notifié à White Cinéma son intention de rompre la convention à défaut de paiement de la redevance due. Ne voyant rien venir, au début du mois de janvier, le fonds de pension a fait savoir que le bail était rompu. "Aujourd’hui, la situation est ubuesque. White cite pour annuler la convention, mais refuse de quitter les lieux et de payer la redevance", a plaidé Dorothée Vermeiren, l’avocat de Nouveaux Entrepôts et Garages (NEG), l’entité qui détient Docks. Avant d’aborder le fond de l’affaire, Docks veut que l’exploitant des salles de cinéma déguerpisse du centre commercial. "Notre idée est de conclure un contrat temporaire avec un nouvel opérateur. Le but est d’avoir une relation avec quelqu’un qui va payer la redevance au juste prix et qui présente un caractère stable, et en qui Docks aura confiance", a encore plaidé l’avocate du fonds de pension canadien. "Si White veut rester, ils n’ont qu’à payer la redevance", a-t-elle ajouté, avant de conclure: "White est comme une épouse qui demande l’annulation du mariage, mais continue de faire chambre commune sans payer les charges du ménage." On vous le dit, le mariage entre les partenaires est bel et bien consommé. Le fonds de pension a demandé au juge de prononcer l’expulsion de White du centre commercial Docks.

Dans cette affaire, on retrouve différents intervenants volontaires. C’est le cas d’ING, défendue par Jean-Pierre Renard et Marie-Charlotte Godefroid, et de BNP Paribas Fortis et B2B, défendues par Jean-Pierre Buyle et Audrey Despontin. Les banques, qui ont accordé des crédits à White, s’opposent à la demande du fonds de pension portant sur son expulsion. Les banques invoquent la signature d’une convention empêchant l’annulation du contrat liant les actionnaires de Docks et White tant que les crédits aux banques ne sont pas remboursés. Les débats ont porté sur la question de savoir si cette convention primait par rapport au contrat liant les parties. Enfin, les anciens actionnaires de Docks, défendus par France Englebert, ont également fait intervention dans ce dossier pour défendre leurs droits.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect

Messages sponsorisés

n