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Le marché des fusions-acquisitions plie mais ne se brise pas

Le nombre d'opérations a chuté en Europe, tandis que l'Allemagne s'est démarquée par une grande activité ces derniers mois. ©REUTERS

Malgré une réduction en volumes et en valeur des opérations constatée ces trois derniers mois, l’heure est à la stabilisation pour le marché des fusions-acquisitions.

Comme toute les activités, les fusions-acquisitions ont accusé le coup suite à la crise du coronavirus. Et ce, tant en volumes qu'en valeur, avec respectivement un recul de 40% et de 60% des opérations au deuxième trimestre de l'année, ressort-il du dernier coup de sonde mené par le fonds d'investissement européen Argos Wityu.

Pour autant, la casse a été limitée. Alors que certains prédisaient le retournement d'un marché où les multiples n'avaient fait que s'envoler année après année – sous l'effet d'un cash en abondance chez de nombreux acteurs –, c'est finalement une stabilisation qui aura été constatée après le choc du début d'année. Bien en dessous des niveaux de fin 2019 – 10 fois l'ebitda –, mais en ligne avec les 9,3 fois l'ebitda constatés en début d'année, puisque l'indice des valorisations a terminé sur un multiple de 9,2 en moyenne pour les mois d'avril, mai et juin.

La raison de ce maintien? "Elle est à chercher du côté du rebond des bourses, sous l'effet de l'action de la BCE et des banques centrales qui ont donné toute la liquidité possible et des plans de relance nationaux", explique Gilles Mougenot, CEO et fondateur d'Argos Wityu. "Ce qui se traduit, selon moi, avec une certaine corrélation sur le marché non coté."

Moins de deals

Mais cela ne saurait cacher une réalité plus sombre pour le secteur, à savoir que "le volume de transactions s'est considérablement réduit" pour cause d'incertitude et d'autres urgences à palier en pleine période de crise, ne laissant dès lors à voir que la finalisation de deals déjà prévus (et donc valorisés) préalablement mais mis en pause en début de confinement – on parle ici d'un peu plus de 400 deals sur le début de l'année, contre plus de 500 sur la même période les dernières années.

400
deals
Alors que le premier semestre l'an passé voyait se clôturer plus de 500 deals, ce niveau est tombé à un peu plus de 400 sur la première moitié de 2020.

Un phénomène à nuancer puisque toutes les zones géographiques n'ont pas souffert dans la même mesure. Si l'Allemagne a par exemple vu s'exécuter près d'un deal européen sur trois contre un sur quatre d'habitude, le Benelux et la péninsule ibérique ont particulièrement souffert. "Normal, car la baisse du PIB y a été plus marquée, ce qui a donc assez logiquement aussi eu des conséquences sur les fusions-acquisitions ", évoque le CEO d'Argos Wityu.

Valorisations plus basses en vue

"À ce stade, il n'y a pas de raison de penser à un éventuel effondrement du marché", avance Gilles Mougenot. "On n'est d'ailleurs pas encore, voire pas du tout, entré dans un cycle baissier comme ce fut le cas en 2008, avec un plus bas historique des multiples à 5,7 fois l'ebitda."

"À ce stade, il n'y a pas de raison de penser à un éventuel effondrement du marché."
Gilles Mougenot
CEO et fondateur d'Argos Wityu

Ce qui ne veut pas dire que tout sera rose à l'avenir. La visibilité n'est toujours pas revenue, de nombreuses entreprises n'étant toujours pas en capacité de fournir une guidance claire sur leurs résultats. Ce qui, pour d'éventuels acheteurs, ne rend pas la chose aisée. Et devrait d'ailleurs peser, si pas sur les multiples, du moins sur les valeurs d'entreprises elles-mêmes. Avec pour conséquence une baisse des prix à attendre in fine.

Sont surtout concernés les secteurs sortis perdants de la crise. Car s'il y a bien un constat, c'est cette "polarisation grandissante des opérations entre des secteurs épargnés par la crise et d’autres, plus affectés, qui ont fait l’objet d’acquisitions opportunistes à des valorisations plus faibles".

Après tout, "15% encore des deals sur le premier semestre ont enregistré des multiples supérieurs à 15 l’ebitda (dont 6% sont même au-dessus des 20x l'ebitda, NDLR)", conclut le patron. "Et ce, principalement de par l'activité concernée, dans l'informatique, le télétravail ou encore la santé.".

Les fonds de dette se démarquent

Quid du côté des acteurs de la dette? "Si une réelle rupture n'a pas été à noter, il est clair que des frictions importantes se sont faites sentir sur ce marché", évoque Hadrien Servais, associé chez White & Case.

D’une part, le marché de la syndication (qui permet aux banques d’investissement d’écouler le risque lié à d'importants crédits vers des investisseurs spécialisés) a connu un moment de très fort ralentissement lors de l’arrivée de la pandémie en Europe.  D’autre part, les banques ont été davantage sollicitées par leurs emprunteurs existants, que ce soit au sujet de lignes de liquidité d’urgence ou d’une demande de flexibilité supplémentaire sous la documentation de crédit, pesant sur les ressources qu'elles auraient pu consacrer au financement de nouvelles transactions.

Ensemble, ces deux réalités ont eu pour effet d’accroître la part de marché des fonds de dette, ces fonds dont la stratégie d’investissement consiste à financer des transactions se caractérisant généralement par un levier élevé. Ces acteurs ont même permis d’assurer la bonne exécution d’un certain nombre d’acquisitions, en maintenant disponible du financement même au pire moment de la crise. Alors, certes, à des tarifs plus élevés, mais parce que les risques l'étaient tout autant. 

Et Hadrien Servais d'ajouter que "la résilience du marché de la dette ces derniers mois a été impressionnante", quand le financement "est toujours resté disponible à des conditions relativement favorables pour des transactions concernant des actifs de qualité".

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