reportage

Le nid bruxellois de l'économie circulaire

Grégory Dessart et Olivier Breda du cabinet Dzerostudio Architectes à l'origine d'une serre faite à partir de la récupération de matériaux de construction sur les chantiers. ©Arctik

Tomato Chili, c'est la serre qui valorise les déchets. Le cabinet d'architecte à l'origine du projet fait partie du nouveau cluster bruxellois lancé par la Région pour booster l'économie circulaire dans la capitale.

Le cabinet bruxellois Dzerostudio Architectes est attaché aux valeurs de développement durable dans la conception de l'habitat de demain. Aussi, la structure entend-elle s'inscrire de plus en plus dans le créneau de l'économie circulaire en faisant la part belle aux enjeux environnementaux et sociaux dans l'élaboration de ses projets.

La durabilité comme credo

"La partie innovation (du cabinet) en économie circulaire représente 50% de notre core business. La démarche vient d'une analyse selon laquelle le facteur économique l'emportait toujours sur le champ environnemental", souligne l'architecte Olivier Breda.

50%
Part de l'innovation dans le core business de l'économie circulaire
Chez Dzerostudio Architectes, la partie innovation en économie circulaire représente 50% du core business du cabinet.

Aussi, Dzerostudio Architectes fait du facteur de la durabilité immobilière son cheval de bataille afin de s'attacher "à la préservation du bâtiment dans le temps." Les architectes ont à cœur de miser également sur l'économie de la fonctionnalité afin d'accompagner leurs clients dans le temps. "On essaie d'impliquer les clients dans le projet", a assuré Olivier Breda.

A titre d'exemple, le cabinet s'est associé à un client dans le cadre d'un projet-pilote d'aménagement de bureaux "pour la conception, mais aussi pour que le système soit reconductible." Le but premier étant de suivre l'évolution du système démontable dans le temps et de s'associer "sur une durée de 10-15 ans".

"Le cluster est une opportunité pour développer nos réseaux, faire un transfert de savoir, chercher de nouveaux clients"
Olivier Breda
Architecte chez Dzerostudio Architectes

L'intégration de Dzerostudio Architectes au sein du nouveau cluster bruxellois pour l'économie circulaire constitue également une étape supplémentaire pour la structure. "Le cluster est une opportunité pour développer nos réseaux, faire un transfert de savoir, chercher de nouveaux clients." Le cluster, qui regroupe 27 partenaires, ouvre de nouvelles perspectives en termes de réseaux et de développement de l'économie circulaire. Il inclut "toute une série d'autres acteurs qui élargissent le champ d'action."

Tomato Chili, la serre qui valorise les déchets

"Il y a énormément de déchets de bois sur les chantiers." Un simple constat qui est devenu rapidement le ferment d'un concept de serre dans l'esprit d'Olivier Breda. Démontable, modulable, écoresponsable....la serre Tomato Chili portée par Dzerostudio Architectes depuis février 2017 s'inscrit pleinement dans l'esprit de l'économie circulaire.

"L'argument compétitif, c'est l'impact environnemental. Notre serre est vingt fois moins impactante qu'une serre en aluminium"
Olivier Breda
Architecte chez Dzerostudio Architectes

L'accent a été mis sur la démontabilité de la serre en minimisant les volumes, notamment lors des déplacements de la serre. Aussi, le concept est-il particulièrement prisé et investit de plus en plus la sphère urbaine. La valorisation des déchets et l'impact moindre sur l'environnement sont les clés de la réussite du projet. "L'argument compétitif, c'est l'impact environnemental. Notre serre est vingt fois moins impactante qu'une serre en aluminium", en ce qui concerne le processus de création jusqu'à la livraison. 

Une étude chiffrée qui résulte de travaux de recherches menés par la Vrije Universiteit Brussels. La différence est "due au fait que l'on réutilise les matériaux de construction et que l'on valorise les déchets", précise Olivier Breda. L'architecte estime à 100 m³ le volume de déchets collectés d'ici juin 2018.

En effet, le bois est récupéré sur des chantiers bruxellois, notamment celui de Tivoli, le vitrage, de bâtiments en fin de vie voués à la destruction. Le prototype du projet a été le fruit de synergies entre cinq entreprises présentes à Greenbizz. Sur ce projet, le cabinet d'architecture poursuit toujours son partenariat avec Home Perspective, qui récupère le vitrage et procède à sa transformation, et a développé la filière en interne.

La serre Tomato Chili Project a été élaborée par le cabinet d'architecture Dzerostudio Architectes. ©Arctik

Autre cas de synergie cette fois-ci entre Dzerostudio Architectes et Tale me, tous deux membres du cluster. Le cabinet a conçu un modèle d'escalier démontable pour la société de location de vêtements dont les caissons peuvent être convertis en étagères.

De même, les portiques en bois, destinés aux conteneurs après un festival, ont été récupérés pour en faire des porte-cintres démontables.

En attendant, des installations de serres sur le WTC ou encore sur la friche urbaine à proximité du Citygate devraient bientôt voir le jour.

"Montrer la crédibilité économique" 

"C'est un changement de modèle économique global qui doit aller du linéaire vers le circulaire. Le système linéaire est arrivé à saturation et a ses limites", estime Olivier Breda. L'association des volets environnementaux et sociaux à un projet économique est devenue l'un des fers de lance du cabinet d'architecture. "L'économie circulaire permet de combiner l'économie et l'écologie avec de vraies valeurs sociales et environnementales."

"L'économie circulaire permet de combiner l'économie et l'écologie avec de vraies valeurs sociales et environnementales"
Olivier Breda
Architecte chez Dzerostudio Architectes

Olivier Breda en est persuadé, le secteur de l'économie circulaire est une filière d'avenir pourvoyeuse d'emplois. "J'en suis tout à fait convaincu. On ne prendrait pas les risques que l'on prend aujourd'hui si nous n'étions pas convaincus", a affirmé l'architecte.

Si l'offre en termes d'économie circulaire est particulièrement dynamique dans la région bruxelloise, il semble que la demande soit le prochain défi auquel devront répondre les acteurs de ce secteur. Olivier Breda considère que le grand public sera prêt à s'investir pleinement dans l'économie circulaire "une fois qu'il en aura compris les avantages."

Néanmoins, il considère que les consommateurs ont d'ores et déjà acquis une conscience environnementale, peu présente il y a quelques années, propice à la sensibilisation à l'économie circulaire. Olivier Breda a constaté une conscientisation des locataires à l'égard de la durabilité. S'ils continuent à poser des questions sur le design ou la situation d'un bien, les clients sont de plus en plus nombreux à accorder un intérêt tout aussi vif au critère de la consommation énergétique.

"Il faut leur montrer la crédibilité économique des projets et de cette façon de faire. Concernant la promotion immobilière, les clients auront des retours sur investissement plus lents mais plus rentables sur le long terme", affirme-t-il.


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