Le nombre de grosses faillites augmente

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Le nombre de faillites à plus de 50 millions d’euros a légèrement augmenté au 1er semestre, mais en chiffres d’affaires cumulés, l’augmentation est plus inquiétante: +24%, selon Euler Hermes. En Belgique, c'est le secteur du diamant qui truste les plus grosses faillites.

Ce n’est pas parce qu’on réalise de gros chiffres qu’on est immunisé contre le risque de faire la culbute... L’assureur crédit Euler Hermes vient d’en faire la démonstration en passant en revue les plus grandes faillites enregistrées dans le monde au cours du premier semestre: elle a dénombré 169 entreprises affichant plus de 50 millions d’euros de chiffre d’affaires annuels qui ont déposé leur bilan sur la période. Ce n’est que trois unités de plus qu’au premier semestre 2107, mais leur chiffre d’affaires cumulé, lui, est 24% plus élevé qu’il y a un an, à 62,3 milliards. Cette tendance haussière est constante sur les cinq derniers semestres.

"Ces chiffres sur les grandes faillites montrent que le 'too big to fail' est un mythe."
Bernd Lehmann
CEO d'Euler Hermes Belgium & Luxembourg

"Ces chiffres sur les grandes faillites montrent que le 'too big to fail' est un mythe", commente Bernd Lehmann, le CEO d’Euler Hemes Belgium & Luxembourg, qui ajoute: "Le risque est l’effet domino que ces faillites peuvent engendrer. Ces grandes entreprises sont souvent d’importants acteurs au sein d’une chaîne d’approvisionnement, et leurs faillites peuvent avoir des conséquences sévères sur la trésorerie de leurs clients." 

6 méga-faillites US sur 10

Près de la moitié de ces grandes faillites ont été recensées en Europe, et surtout en Europe de l’Ouest (77, + 8 sur un an). L’Asie Pacifique est l’autre grande région la plus touchée (43, +11). L’Amérique du Nord fait nettement mieux, avec à peine 18 faillites, mais inversement les Etats-Unis "placent" six compagnies parmi les dix plus grosses faillites. À noter aussi la méga-faillite du groupe de construction Carillion annoncée au Royaume-Uni en janvier: ce groupe employait 43.000 personnes pour un chiffre d’affaires de plus de 5,2 milliards de livres.

Le commerce matraqué

Plus inquiétant, peut-être, en Amérique du Nord comme en Europe de l’Ouest, le secteur le plus atteint est celui du retail, aussi bien en nombre de faillites qu’en chiffre d’affaires cumulé. C’est aussi le secteur où se sont produites le plus de faillites à plus d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires. Sur le Vieux continent, le Royaume-Uni et l’Italie ont enregistré les plus gros dépôts de bilan du secteur. En Amérique du Nord, il s’agit d’une tendance constante depuis trois ans: de 2015 à 2017, on y avait déjà recensé 34 dossiers à plus de 50 millions.

Le retail fait face à plusieurs sources de difficulté, selon Euler Hermes: "Premièrement,  la progression du taux de pénétration de l’achat en ligne ne cesse d’augmenter d’année en année, s’approchant des 80% aux Etats-Unis et des 75% en Europe de l'Ouest en 2018. Aux Etats-Unis, à partir de 2010, la croissance des ventes en ligne s’est traduite par un véritable 'Retail Apocalypse'. L’année 2017 a été marquée par la fermeture de près de 8.000 points de vente aux USA et on s’attend à la continuation de cette tendance sur 2018 et 2019. Au Royaume-Uni, le secteur retail subit en outre la détérioration continue de la confiance des ménages post-Brexit."

"Le risque est l’effet domino que ces faillites peuvent engendrer."
Bernd Lehmann
CEO d'Euler Hermes Belgium & Luxembourg

La construction et l’agroalimentaire sont les deuxième et troisième secteurs les plus affectés. En montant moyen par faillite (chiffre d’affaires, toujours), le commerce mène aussi la marche avec 805 millions d’euros, devant les télécoms et l’informatique (645 millions). Selon l’étude, cette évolution reflète une large série de défis, qui renvoient au niveau d’endettement des entreprises, aux errements des prix des matières premières, aux situations de surcapacité, à la disruption digitale (e-commerce...) et à l’exposition cyclique de certains secteurs.

Belgique: le diamant truste les grosses faillites

Parmi les 169 grandes faillites identifiées sur les six premiers mois de l’année, trois concernent la Belgique. Les entreprises visées sont Exelco Sourcing, Jewels Era et C. Mahendra, toutes trois actives dans le secteur du diamant à Anvers. RS Diamonds, une quatrième société diamantaire, a également déposé son bilan sur la période, mais n’affichait qu’un chiffre d’affaires de 35 millions d’euros, ce qui explique qu’elle soit passée sous le radar de l’étude. 

Sur l’ensemble de 2017, la Belgique avait comptabilisé dix faillites à plus de 50 millions, dont quatre sociétés diamantaires: trois de celles-ci, Shrenuj, Exelco et FTK Worldwide Mfg, occupaient les trois premières places en termes de chiffre d’affaires avec, respectivement, 256 millions d’euros, 255 millions et 167 millions.  

Comment se fait-il que ce soit le secteur le plus touché par le phénomène en Belgique? "Le monde du diamant est un secteur difficile d’accès, répond Luc Engelbos, porte-parole d’Euler Hermes Belgique. La valorisation des stocks y a un grand impact sur le résultat, or ces stocks sont très difficiles à évaluer. C’est la raison pour laquelle, très souvent, les auditeurs formulent des 'avis avec réserve' sur les comptes de ces sociétés. Celles-ci éprouvent aussi beaucoup de difficultés pour trouver des financements, surtout après la décision de KBC d’arrêter les activités de sa société Antwerpse DiamantBank en 2015." 

Sans oublier la "taxe carat" que le gouvernement a introduite il y a deux ans sur le chiffre d’affaires des entreprises du secteur diamantaire, afin d’assurer qu’il contribue bien à l’impôt. L’an dernier, cette taxe a rapporté 68,4 millions d’euros à l’Etat alors que le gouvernement avait budgété 50 millions. 

Difficulté de financement et introduction de la "taxe carat" expliqueraient donc la multiplication des grosses culbutes dans le diamant. Si c’est la bonne analyse, la disparition des entreprises les plus fragiles peut être considérée comme une forme d’assainissement du secteur. Auquel cas, le critère de la taille ne serait plus qu’anecdotique.  

 

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