Le patron d'UCB remporte la palme du plus haut salaire du BEL 20

Jean-Christophe Tellier. ©Kristof Vadino

Avec une rémunération de 5,23 millions d’euros en 2018, Jean-Christophe Tellier se hisse au sommet du palmarès des CEO d’entreprises cotées les mieux payés de Belgique.

Avec une rémunération globale de 5,23 millions d’euros en 2018, Jean-Christophe Tellier, le patron du groupe de biopharmacie UCB, se hisse au sommet du palmarès des patrons d’entreprises cotées les mieux payés en Belgique. Son salaire n’a pas beaucoup augmenté par rapport à 2017, mais cette hausse lui permet de conquérir la première place du classement suite au recul important de Carlos Brito. Le CEO du géant brassicole AB InBev a vu la partie variable de sa rémunération fondre de 5,1 millions d’euros à 730.000 euros. Avec un montant total de 2,22 millions d’euros, il perd 67% par rapport à 2017 et se retrouve à la 7e place des patrons les mieux payés du Bel 20.

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Gagnants et perdants

Carlos Brito n’est pas le seul patron à avoir dû se contenter d’une rémunération inférieure l’an dernier. Ce fut aussi le cas de Bart De Smet, le CEO du groupe d’assurance Ageas, qui avait reçu en 2017 un bonus exceptionnel en actions. Ralph Hamers, le patron du groupe bancaire néerlandais ING, a lui aussi dû se passer de bonus en 2018, la banque s’étant vu infliger une énorme amende suite à son implication dans des dossiers de blanchiment d’argent. Ian Gallienne, le CEO de la société d’investissement GBL et beau-fils de feu Albert Frère, l’actionnaire principal de GBL, Isabelle Kocher du groupe énergétique Engie et Jef Colruyt ont également vu leur rémunération baisser, mais de manière limitée. En plus de son salaire de 1,29 million d’euros en tant que CEO de la chaîne de supermarchés éponyme, Jef Colruyt perçoit une compensation de près de 360.000 euros pour son mandat de président du conseil d’administration du groupe.

La plus forte hausse (+ 218%) par rapport à 2017 revient à Harold Boël, le président de la société d’investissement Sofina. Il a perçu l’an dernier un bonus exceptionnel de 1,4 million d’euros en plus de son salaire fixe de 555.000 euros. Sofina, qui détient notamment des participations dans Colruyt, Danone et la société technologique indienne Byju’s, a cartonné l’an dernier en Bourse de Bruxelles.

Jean-Pierre Hanin, qui a pris la direction du groupe immobilier Cofinimmo début 2018, gagne beaucoup plus que son prédécesseur Jean-Edouard Carbonnelle. Le salaire du patron de la société de biotechnologie ArgenX, Tim Van Hauwermeiren, a fait un bond de 32%. L’entreprise a rejoint le Bel 20 en 2018, au détriment de Bekaert, spécialisé en fil d’acier. En plus de sa rémunération de 843.568 euros, Van Hauwermeiren a reçu des options sur actions d’une valeur théorique de 3,56 millions d’euros, mais ces options ne sont pas prises en compte dans ce classement.

A la loupe : Le salaire des CEO

L’an dernier, la lanterne rouge était Koen Van Gerven de bpost. Le principal actionnaire du groupe postal, soit l’État belge, a plafonné son salaire. Idem pour Dominique Leroy, CEO de la société semi-publique cotée Proximus. Koen Van Gerven a malgré tout vu son salaire augmenter de 12%, mais vu que 2018 fut une année de vaches maigres pour bpost, il est probable que sa rémunération variable soit rabotée. On n’en fait cependant aucune mention dans le rapport annuel 2018 de bpost.

Le top 5 des patrons les mieux payés dans notre pays est dominé par les CEO de nationalité étrangère. Le premier Belge est Marc Grynberg, du groupe de matériaux Umicore. Il occupe la 3e place du classement, suivi par le patron de KBC, Johan Thijs, qui se retrouve au sixième rang.

Même si les règles belges en matière de gouvernance recommandent que les sociétés cotées mentionnent séparément la rémunération du CEO, Aperam a décidé de faire l’impasse sur cette information. L’entreprise sidérurgique est une société de droit luxembourgeois. Pour notre classement, nous sommes partis de l’hypothèse selon laquelle le patron Timoteo Di Maulo s’est attribué un tiers de la rémunération totale des neuf membres de la direction.

Le fossé le plus important entre le salaire du CEO et la moyenne de celui de ses salariés se retrouve chez AB InBev.

CEO versus collaborateurs

Nous avons également calculé la différence entre la rémunération des patrons et le salaire moyen de leurs collaborateurs. Le fossé le plus important se situe chez AB InBev. En 2018, le CEO Carlos Brito a perçu près de 92 fois la rémunération moyenne des employés, qui se situait aux alentours de 24.171 euros. Ce chiffre, relativement bas, s’explique par la forte présence du groupe en Amérique du Sud, en Asie et en Afrique, où les salaires sont bien moins élevés qu’en Belgique. Le groupe emploie 172.600 personnes dans le monde. Toutefois, le fossé salarial s’est nettement réduit. En 2017, Brito gagnait encore 311 fois plus que l’employé lambda, mais son bonus a littéralement fondu l’an dernier.

La deuxième plus forte tension salariale se situe chez le producteur de couches Ontex. En 2018, son patron Charles Bouaziz a perçu 69 fois plus que la rémunération moyenne des collaborateurs. Ontex est lui aussi implanté dans des pays à bas salaires.

L’an dernier, les patrons des grandes entreprises cotées ont perçu en moyenne 33 fois plus que leurs collaborateurs. Colruyt, Aperam, Ageas et Telenet se situent dans cette moyenne.

La tension salariale est beaucoup moins élevée dans les entreprises qui emploient du personnel hautement qualifié, comme la société de biotech Galapagos (facteur 12) et ArgenX (facteur 4,7) ainsi que dans les holdings dont le personnel est réduit, mais bien rémunéré, comme GBL (facteur 12,3), Cofinimmo (facteur 9,1), Ackermans & van Haaren (facteur 8) et Sofina (facteur 5,9).

C’est chez Ontex que le salaire moyen – obtenu en divisant la masse salariale par le nombre d’employés – est le moins élevé, avec 23.775 euros brut par an. Le plus élevé se trouve chez Sofina, où la rémunération moyenne atteint 349.500 euros brut.

Méritent-ils leur salaire?

Le classement des patrons les mieux payés ne tient pas compte de la différence de taille entre les entreprises, qui est pourtant un facteur déterminant, si l’on en croit une enquête internationale. Pour vérifier dans quelle mesure un CEO "mérite" son salaire, nous avons mis au point un indicateur qui compare la rémunération du patron à la capitalisation boursière, aux actifs inscrits au bilan, au bénéfice net de 2018, ainsi qu’au nombre d’employés (à l’exception des holdings qui emploient un nombre limité de collaborateurs).

Sur cette base, c’est Carlos Brito d’AB InBev qui justifie le plus son salaire. L’an dernier, Brito a perçu 2,2 millions d’euros pour diriger un groupe dont la capitalisation boursière (fin 2018) se monte à 116,5 milliards d’euros, dont le total bilantaire atteint 202 milliards d’euros, qui emploie 172.600 collaborateurs et qui a réalisé un bénéfice de 5 milliards d’euros.

Mark Grynberg, CEO d’Umicore, a gagné plus que Brito, mais la valeur boursière d’Umicore est bien moins élevée (8,6 milliards d’euros), ainsi que les actifs bilantaires (5,1 milliards d’euros). Le personnel de l’entreprise est bien plus réduit (10.000 employés) et le bénéfice d’Umicore (226 millions d’euros) ne représente qu’une infime partie (4,5%) du résultat d’AB InBev.

Aux côtés de Brito, les CEO qui "méritent" le plus leur salaire sont Ralph Hamers (ING), Isabelle Kocher (Engie), Johan Thijs (KBC) et Dominique Leroy (Proximus). Ceux qui justifient le moins leur rémunération sont Jean-Christophe Tellier (UCB), Marc Grynberg (Umicore), Onno van de Stolpe (Galapagos), Charles Bouaziz (Ontex) et Tim Van Hauwermeiren (ArgenX). Pour Tellier, cela s’explique en grande partie par sa rémunération très élevée. Van de Stolpe (Galapagos) et Van Hauwermeiren (ArgenX) sont pénalisés dans ce classement par les actifs relativement limités inscrits au bilan, le personnel réduit et le fait que leur entreprise n’est pas (encore) rentable. Cette situation est typique des sociétés de biotechnologie, qui ne doivent leur place dans le Bel 20 qu’au niveau élevé de leur capitalisation boursière, qui reflète l’espoir des investisseurs de les voir développer et commercialiser un blockbuster et devenir ainsi des machines à cash. Ces attentes expliquent en partie la rémunération relativement élevée des patrons de ces entreprises de biotech.

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