Le Roundup à nouveau jugé responsable d'un cancer aux Etats-Unis

©AFP

Le géant allemand Bayer devra verser 80 millions de dollars à la victime. C’est la deuxième accusation en quelques mois à l’encontre du Roundup. Chez nous, le glyphosate est interdit à la vente et à l’utilisation des particuliers depuis 2018.

Deuxième revers pour le célèbre et controversé désherbant Roundup commercialisé par Monsanto. Au terme d’un mois de procès, le jury populaire de San Francisco a déclaré que l’herbicide était responsable du cancer de Erwin Hardeman, retraité américain de 70 ans désormais en rémission.

Bayer, qui avait racheté le géant Monsanto en 2018 devra verser la somme de 80 millions de dollars au retraité américain. Le jury a retenu une amende de 75 millions comme dommage punitif, auquel ils ont ajouté près de 5 millions pour les frais liés à l’hospitalisation.

Edwin Hardeman avait été diagnostiqué d’un lymphome non hodgkinien. Convaincu du rôle qu’a joué le Roundup dans l’apparition de son cancer, Erwin Hardeman avait attaqué dès l’année suivante Monsanto au tribunal.

Le jury a par ailleurs conclu que Monsanto avait mis sur le marché son produit en étant conscient d’un problème de conception sur les bouteilles de son produit. Le jury avait alors déclaré l’entreprise coupable de négligence en ne prévenant pas les usagers du risque de cancer.

"Depuis 40 ans, cette entreprise a manipulé la science et l’opinion publique."
Jennifer Moore
Avocate d’Edwin Hardeman

"La décision du jury ne change rien au poids de 40 ans de science et de conclusions d’agences de régulation dans le monde entier qui soutiennent que notre désherbant au glyphosate est sûr et qu’il n’est pas cancérigène", a réagi Bayer par communiqué. Ce à quoi l’avocate de la victime rétorque que le géant trafique les études depuis cette même période: "Quand on regarde les documents internes à Monsanto, il est très clair qu’ils savaient", lance l’avocate.

Il s’agit pourtant de la deuxième accusation en quelques mois à l’encontre du Roundup. En août 2018, un autre jury californien avait également jugé le désherbant coupable du cancer du jardinier Dewayne Johson.

Le Roundup sans glyphosate et sans Monsanto

On pourrait s’étonner, en allant à la jardinerie, de trouver encore du Roundup dans les rayons. L’herbicide le plus célèbre de Monsanto n’est-il pas interdit en Belgique depuis le 31 décembre? Non: c’est l’utilisation non professionnelle de sa substance active, le glyphosate, qui a été interdite. Or le Roundup que l’on trouve désormais ne continent pas de glyphosate – il n’est d’ailleurs même plus vendu par Monsanto. Depuis mars dernier, c’est la société américaine Evergreen Garden Care qui commercialise la marque dont elle a la licence pour le marché des consommateurs. En réaction à l’interdiction du glyphosate, elle a lancé "une nouvelle génération d’herbicides basée sur des ingrédients actifs présents dans la nature", indique Filip Meyermans, business manager pour le Benelux. Les deux Roundup nouvelle formule sont composés de vinaigre ou d’acide pélargonique. Des recettes qui, contrairement au glyphosate, ne tuent pas les racines. 

Le tribunal avait demandé alors le versement d’une amende de 289 millions de dollars, finalement descendue à 78,5 millions.

Aux Etats-Unis, pas moins de 11.200 dossiers seraient en cours à l’encontre du célèbre produit contre les mauvaises herbes.

L’Europe prolonge jusqu’en 2022

Classé comme "cancérigène probable" par l’Organisation Mondiale de la Santé en 2015, le glyphosate (composant du Roundup) continue de diviser, faute de preuves unanimes sur sa dangerosité.

La Commission européenne avait décidé de prolonger son utilisation en 2017, repoussant la prochaine interdiction potentielle à 2022.

Dans la foulée de cette décision, des députés européens avaient émis leurs réserves quant à la scientificité des rapports. Une enquête journalistique avait en effet révélé que près de 70% des rapports ayant conduit à la décision auraient été rédigés par Bayer lui-même ou par des scientifiques payés par cette même entreprise.

Quoi qu’il en soit, pas de retour sur la décision et le glyphosate reste libre d’utilisation dans l’Union européenne.

Interdit chez nous

Cette même Europe s’était récemment prononcée contre la décision de la ministre de l’Environnement Céline Fremault d’interdire le glyphosate et les néonicotinoïdes sur le territoire bruxellois. La ministre mettait en avant le caractère dangereux du produit et agissait au nom du principe de précaution.

C’est ce principe qui a été jugé insuffisant par la Commission et qui a décidé de rattraper le retard pris dès 2016, alors que la Région bruxelloise n’avait pas notifié son texte à l’instance européenne. Toujours est-il que, pour le moment, l’interdiction du glyphosate est d’application depuis 2016.

Côté wallon, l’interdiction prévaut aussi depuis juin 2017 pour les particuliers. Le ministre wallon Carlo di Antonio (cdH) entend par ailleurs étendre cette interdiction aux aménagements publics, mais le glyphosate reste d’usage pour les agriculteurs.

Au nord du pays, l’interdiction vaut aussi depuis juillet 2017. Il aura finalement fallu attendre 2018 pour que non seulement l’usage soit interdit, mais également la vente, compétence qui incombe au gouvernement fédéral.

Une restriction qui ne vaut toutefois pas pour les professionnels, "mieux habitués à utiliser le produit", indiquait alors le ministre de l’Agriculture Denis Ducarme (MR).

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