Le secteur du traitement des déchets se met en mode inondations

Dans la masse de déchets générés par les inondations, on trouve beaucoup d'électroménager. Recupel estime être prête, notamment parce qu'elle s'est outillée pour traiter le rebut des soldes. ©Photo News

Les inondations ont généré une énorme masse de déchets, qu'il faut à présent collecter, trier, puis traiter. Les filières auront-elles la capacité nécessaire?

Comment traiter la masse de déchets de toute nature charriés par les inondations en Wallonie? Les premiers responsables de l'enlèvement des déchets sur la voie publique sont les villes et communes, dans un cadre général fixé par la Région. L'enlèvement et le stockage avant tri sont les premières tâches à accomplir.

Vu les volumes à traiter, un premier site a été identifié pour entreposer en vrac tout ce qui a été ramassé: une bretelle d'autoroute désaffectée a été choisie pour ce faire sur l'A602, à la périphérie ouest de Liège. Problème: à ce jour l'endroit est déjà saturé, nous dit-on au cabinet de la ministre wallonne de l'Environnement Céline Tellier. "La recherche d'autres sites est en cours."

Le gouvernement wallon va suspendre ou annuler la taxe sur les déchets durant les opérations de collecte et traitement liées aux conséquences des inondations.

Taxe déchets suspendue

Le gouvernement wallon planche, ce mardi, sur la question des déchets. Il devrait annoncer des mesures spécifiques à ce sujet en fin de journée. On sait déjà que, compte tenu du contexte assimilable à une calamité, il va suspendre ou annuler la taxe sur les déchets durant les opérations de collecte et traitement liées aux conséquences des inondations.

"Dans les permis d'environnement dont nous avons besoin pour travailler, une limitation est fixée au volume de stockage autorisé."
Maarten Geerts
Porte-parole de Denuo

Si la compétence pour l'enlèvement des déchets est communale, les villes et communes font appel aux filières du secteur public (intercommunales) et du secteur privé pour leur tri et traitement au stade suivant.

Chez Denuo, la fédération des entreprises de traitement et recyclage des déchets, on estime être prêt pour les volumes supplémentaires à trier, "pour autant que ce soit possible, précise son porte-parole Maarten Geerts, car beaucoup de déchets sont dans un triste état en raison de l'accumulation de boue et d'huile".

Deux obstacles à lever dare-dare

Denuo, qui a déjà participé à une réunion de crise avec les intercommunales et le service public wallon Environnement au cabinet de Céline Tellier lundi, signale deux obstacles concrets à lever, pour permettre un traitement efficace de la masse de déchets supplémentaires.

"Dans les permis d'environnement dont nous avons besoin pour travailler, explique Maarten Geerts, une limitation est fixée au volume de stockage autorisé. Or on risque d'avoir davantage de déchets à stocker que la limite autorisée." Deuxième obstacle: les horaires légaux de travail. "Nous avons des limitations pour le travail de nuit et tôt en matinée. Il nous faudrait plus de flexibilité horaire pour traiter efficacement le surplus."

Les villes et communes doivent, par ailleurs, travailler par appel d'offres quand elles souhaitent faire appel au secteur privé pour de nouvelles missions. L'urgence nécessiterait probablement dans ce cas-ci d'assouplir également ces procédures.

Des questions qui concernent à la fois le gouvernement fédéral (les heures de travail), le gouvernement wallon, l'administration wallonne des déchets, la police et le contrôle environnemental régional, ainsi que l'Union des villes et communes et Copidec, la fédération des intercommunales wallonnes.

Électro? Le secteur s'y prépare

Au vu des images diffusées dans les médias, il apparaît aussi que beaucoup d'appareils électriques, électroniques ou électroménagers se retrouvent dans les montagnes de déchets accumulés. La filière de collecte, recyclage et réutilisation organisée sous la houlette de Recupel est-elle prête à digérer cet afflux?

"Nous ne sommes pas inquiets, notre réseau a les capacités de recyclage suffisantes."
Une porte-parole de Recupel

"Nous nous attendons en effet à une augmentation importante des appareils collectés dans les régions sinistrées, nous répond une porte-parole chez Recupel. L'intercommunale Intradel, qui gère les déchets dans la région de Liège, nous a déjà contactés pour nous prévenir du surcroît de volumes. Et des choses se mettent en place à la fois avec Intradel et avec Electro-Sofie, une coopérative sociale spécialisée dans le transport de déchets électriques et électroniques: nous regardons avec eux comment gérer la collecte de ces flux."

Concrètement, Recupel a déjà prévu d'installer une série de conteneurs de dépôt supplémentaires dans ces régions. Et l'organisation balaie les craintes sur les capacités de traitement de ses membres: "Nous ne sommes pas inquiets, notre réseau a les capacités de recyclage suffisantes, dit sa porte-parole. Nous sommes dans une période traditionnellement fort active en raison de la période des soldes, synonyme de surcroît de volumes à traiter." Elle ajoute toutefois qu'il est évidemment trop tôt pour chiffrer l'impact des inondations en volumes supplémentaires.

50.000 véhicules hors d'usage et 1,5 million de tonnes de déchets en deux jours

Si les autorités rechignent encore à donner des estimations chiffrées des dégâts commis par les inondations, certains opérateurs privés ont déjà sorti leurs calculettes pour procéder à des évaluations. C'est ainsi que le groupe Comet, actif dans quatre filières de traitement de déchets (appareils électriques et électroniques, véhicules, pneus et métaux), parle de 50.000 véhicules (voitures, motos, mobylettes...) et 10.000 tonnes d'électro bons pour la casse, tout en indiquant bien qu'à ce stade, ce sont des estimations à la grosse louche.

Dans ses calculs, le groupe est parti de l'hypothèse que quelque 300.000 personnes ont été fortement touchées en Wallonie (plus d'un mètre de hauteur d'eau), soit un Wallon sur douze. Sur la base d'extrapolations au départ de quelques cas comme Esneux, chaque personne sinistrée aurait généré pour environ 10 mètres cubes de déchets. Cela signifierait 3 millions de m3 de déchets produits par les inondations avec une densité moyenne de 0,5 par m3, soit quelque 1.500.000 tonnes de déchets.

Si ces estimations sont proches de la réalité, cela voudrait dire qu'en deux jours, les inondations auront généré l'équivalent de trois quarts des déchets ménagers annuels en Wallonie, selon les données du Plan Déchets wallon qui chiffrent ceux-ci à 1,9 million de tonnes par an.

Seulement voilà, ces amas de déchets se trouvant sur la rue, ils seront vraisemblablement assimilés à des déchets "communaux" et non pas "ménagers" dans le système d'encodage du secteur. Annuellement, les déchets communaux représentent un peu moins de 100.000 tonnes en Région wallonne. On risque donc au final de se retrouver avec l'équivalent de quinze fois les déchets communaux annuels produits en deux jours.

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