Les aides corona ont sauvé 96.000 entreprises en 2020

Eric Van den Broele, de Graydon, plaide pour que l'on connecte les entreprises saines et celles dont les difficultés proviennent de la crise en organisant une vaste solidarité entre entreprises. ©siska vandecasteele

Quel bilan tirer des aides publiques aux entreprises face à la crise? Le pourcentage d'entreprises saines est remonté de 44% à 66%, selon Graydon. Mais 85.000 sociétés restent en danger.

Les aides fédérales et régionales octroyées aux entreprises pour tenir bon face à la crise pandémique et aux mesures de confinement ont permis de sauver 96.000 sociétés en 2020, peut-on affirmer sur la base des évaluations faites par le bureau Graydon, spécialisé dans l’analyse des données d’affaires. Sur les 432.490 entreprises tenues de publier des comptes annuels, 287.413 se trouvent en effet en situation financière saine à la fin de cette année pas comme les autres, alors qu’elles ne seraient que 191.328 sans ces aides. Autrement dit, 66% de l’ensemble des sociétés sont en ordre, contre 44,2% sans les aides.

66%
part des entreprises belges saines post-aides
Grâce aux aides, 66% de l'ensemble des entreprises avec comptes annuels sont saines aujourd'hui, contre 44% sans ces mesures.

Les autres entreprises sont à diviser en deux camps: 117.015 d’entre elles (27% du total) se portent très mal, tandis que 19.553 (7%) évoluent dans un état intermédiaire. Celles-ci s’en sortent, mais auront sans doute besoin d’aides supplémentaires.

Le modèle de simulation de l’impact des chocs économiques qu’a développé Graydon se fond, pour rappel, sur un calcul corrigé des fonds de roulement de chaque entreprise, complété d’une série de critères comme l’éventuelle perte du chiffre d’affaires, la situation par rapport au secteur, la situation géographique, etc. Les algorithmes du système permettent d’y intégrer les différents types d’aides et d’évaluer leur effet. Le bilan qu’a tiré le bureau au 31 décembre tient compte de l’impact des aides au 31 janvier 2021, c’est-à-dire jusqu’à l’arrivée à échéance du moratoire sur les faillites.

Les entreprises moyennes plus touchées

Les grandes entreprises ont été relativement préservées de la crise. Sans les aides, 85% d’entre elles seraient passées sans problème entre les gouttes, soit 15.665 sur une population totale de 18.421 « corporates ». Grâce aux aides, elles sont 91,9% (16.944 sociétés)  aujourd’hui. Sur les 1.010 entreprises restantes, 360 évoluent à un stade intermédiaire tandis que 750 vont toujours mal - mais celles-ci seraient 1.805 sans les mesures de soutien publiques.

Les grandes entreprises ont été relativement préservées de la crise. Sans les aides, 85% d’entre elles seraient passées sans problème entre les gouttes. Grâce aux aides, elles sont 91,9%.

Les entreprises de taille moyenne sont globalement moins bien loties, mais elles ont également bien profité des aides. Quelque 62,7% d’entre elles appartiennent au groupe des sociétés saines avec les aides (91.250 sociétés sur un total de 145.416), alors qu’elles ne seraient que 39,4% sans celles-ci. Sur les 51.000 autres entreprises moyennes, 8.373 (5,7%) se trouvent à un stade intermédiaire tandis que 42.753 (29,4%) vont toujours mal – mais celles-ci seraient 73.314 sans les mesures de soutien public.

Quant aux petites entreprises, elles reflètent fidèlement la tendance générale : 66,7% d’entre elles (179.219 sociétés) se portent bien une fois les aides intégrées, contre 44,1% (118.309) sans celles-ci. Sur les 84.000 autres petites entreprises, 10.820 (4%) évoluent entre deux eaux tandis que 73.512 (27,3%) vont toujours mal – mais celles-ci seraient 129.966 sans les mesures de soutien public.

Davantage d'impact en Flandre

Si l’on descend au niveau des Régions, on voit que les aides ont finalement eu un peu plus d’effet en Flandre. Au nord du pays, elles ont permis de sauver 65.262 entreprises, soit 24,3% du total, pour porter le groupe des bien portantes à 186.126 (69,4% du total). En Région wallonne, les aides ont permis de faire progresser le groupe des entreprises saines de 21.428 unités (19,8% du total) à 69.713 (64,7% du total). À Bruxelles, elles ont permis de bonifier 13.348 entreprises (19,7% du total) à 43.545 (64,3% du total).

"Une aide n’est quasi pas utilisée par les PME, c’est le Bazooka bancaire."
Eric Van den Broele
directeur de la R&D, Graydon

Graydon a aussi élargi l’analyse à toutes les formes d’entreprises, y compris les ASBL, les fondations et les unipersonnelles (indépendants). Sur cet ensemble de 1,32 million d’entreprises, les aides ont permis de doubler le groupe des saines, passé de 342.133 à 707.971 unités (53,4% du total). Elles ont donc eu un effet plus prononcé, ce qui tend probablement à démontrer l’utilité d’une mesure telle que le droit passerelle. Il n’en reste pas moins que 296.408 entreprises (22,3%) se portent toujours mal et que 334.697 autres (25,2%) évoluent encore dans le groupe intermédiaire. 

85.000 sociétés mériteraient plus

Conclusion? Les aides anti-Covid-19 ont des effets positifs importants, sans parvenir à sauver tout le monde. "Une aide n’est quasi pas utilisée par les PME", relève non sans étonnement Eric Van den Broele, directeur de la Recherche & Développement chez Graydon. "C’est le Bazooka bancaire. Une des principales banques de la place nous a révélé qu’à peine 1% de ses PME clientes y recouraient. C’est difficile à comprendre." Cette mesure permet, pour rappel, d’octroyer des prêts bancaires avec garantie de l’État à concurrence de 50 milliards d’euros au total.

1.142
milliards d'euros
Les entreprises saines ont pour 1.142 milliards d'euros de réserves de cash en Belgique.

Eric Van den Broele estime aussi qu’on pourrait faire mieux en activant des mesures de solidarité inter-entreprises. Les besoins d’injection de capitaux des entreprises (publiant des comptes) en difficultés s’élèvent actuellement à 10 milliards d’euros en Région wallonne, à 48 milliards à Bruxelles et à 34 milliards en Flandre. En regard, les réserves de cash des entreprises saines atteignent 245 milliards d’euros en Wallonie, 395 milliards en Région bruxelloise et 502 milliards au nord du pays. Soit 1.142 milliards au total. Il y a là un potentiel inexploité; on pourrait par exemple encourager les entreprises saines à allonger les délais de paiement accordés aux entreprises en difficulté, ou stimuler des prises de participations minoritaires des premières dans les secondes (ou des obligations convertibles)… Faire preuve, à tout le moins, de créativité pour connecter ces deux groupes d’entreprises a priori opposés. 

On devrait, enfin, s’interroger sur le sort d’une catégorie particulière d’entreprises : celles qui allaient bien avant la crise, mais qui aujourd’hui figurent dans le peloton des entreprises en difficulté, soit qu’elle opèrent dans un secteur particulièrement sinistré, soit qu’elles avaient peu de réserves et qu’elles n’ont pu réajuster le tir à temps. Ces entreprises mériteraient manifestement un meilleur sort. Or on craint qu’elles n’aboutissent massivement devant les tribunaux d’entreprise une fois que le moratoire sur les faillites aura été levé. Parmi les 432.490 sociétés qui publient des comptes annuels, elles sont 85.142 aujourd’hui (20,1% du total). C’est deux fois moins qu’avant les aides (163.387), mais c’est encore beaucoup. On peut les subdiviser en 573 grandes entreprises, 32.784 moyennes et 51.785 petites. Il y a  là un chantier qui mérite un surcroît d’attention.  

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