Les casinos et les opérateurs de jeux font leur croissance en ligne

©Tim Dirven

Le glissement des activités de jeux de hasard du monde réel vers le virtuel s’est poursuivi en Belgique, ainsi que le relève le régulateur du secteur. Les casinos se portent financièrement mieux, alors que les opérateurs de paris lâchent du lest en termes de solvabilité.

Dans le secteur des jeux de hasard, la popularité des formes de jeu "physiques" continue à diminuer fortement au profit des jeux en ligne. Cette tendance de fond se voit confirmée par le paysage du secteur tel qu’il apparaît à la lecture du dernier rapport annuel publié par la Commission des jeux de hasard. Les neuf casinos que compte le Royaume ont ainsi vu leurs revenus bruts des jeux (le total des mises moins les gains, soit les pertes des joueurs) reculer de 7% à 102,3 millions d’euros en 2015 alors que, dans le même temps, les revenus bruts qu’ils ont tiré de leurs activités en ligne bondissaient de 41,2% à 78,6 millions.

"Les nouvelles formes de jeu vont toujours plus loin dans la créativité, au point de flirter avec les zones illégales."
Étienne Marique
président de la Commission des jeux de hasard

Le plus gros chiffre réalisé dans l’activité physique est à mettre au crédit du Casino de Bruxelles (Viage, Casino Austria), qui a dégagé pour 40 millions d’euros de revenus et qui, contre la tendance, a réussi à enregistrer une petite croissance de 1,6% dans ce créneau. Spa a affiché le plus petit chiffre dans ses activités "terrestres", à 3,4 millions. Dans l’activité en ligne, en revanche, le même Casino de Spa est champion avec 23,6 millions d’euros, selon nos informations cette fois et plus selon le rapport de la Commission, devant Blankenberge (20 millions). C’est Dinant qui ferme la marche dans les jeux sur internet, et pour cause puisqu’il n’exploitait pas de site en ligne en 2015.

Casinos plus sains

Bonne nouvelle sur le plan financier pour les casinos: leur ratio de solvabilité moyen s’est sensiblement amélioré par rapport à 2014 pour atteindre 57,3% contre 41%. Dans le détail, huit d’entre eux présentaient à fin 2015 un ratio de solvabilité supérieur à 35% pour les licences terrestres et supérieur à 40% pour les activités en ligne, comme le prescrit le régulateur. Et le neuvième casino est parvenu à atteindre ce niveau en 2016.

Salles de jeux en ligne

Les salles de jeu ont fait globalement la même expérience. Leurs revenus bruts ont certes encore progressé de 3,4% à 157,3 millions d’euros, mais cette hausse est peu de chose en comparaison du gain de 30,59% qu’elles ont enregistré dans leurs activités en ligne, à 71,7 millions d’euros. Au final, les revenus totaux des 174 salles de jeux agréées ont crû de 11,63% à 234,5 millions. Comme pour les casinos, leur solvabilité a également progressé, mais dans de moindres mesures: leur ratio de solvabilité moyen s’est établi à 43,93%, contre 40,55%. À noter aussi que le nombre d’exploitants ayant rencontré des problèmes de solvabilité a augmenté.

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©Mediafin

Paris à contre-courant

Les opérateurs de paris, eux, ont presque réussi à démentir la tendance générale. Leurs revenus bruts tirés des activités en ligne ont augmenté considérablement, comme attendu: + 23,98% à 60,9 millions d’euros, mais parallèlement les revenus qu’ils tirent de leurs activités terrestres ont fait à peine moins bien: + 21,74% à 145,5 millions. C’est d’autant plus surprenant qu’en 2015, aucun événement sportif planétaire n’est venu soutenir leur business: ni Mondial de football, ni Jeux Olympiques… On retiendra au passage que deux exploitants réalisent à eux seuls plus de la moitié des revenus des paris en ligne; il s’agit d’Unibet et de Napoleon Games. De son côté, la Loterie Nationale, qui a lancé son produit de pari MegaScooore il y a quatre ans, n’enregistre que 1,5 million d’euros de revenus bruts dans les paris en ligne, ce qui la place au 8e rang du marché.

Ce sous-secteur se distingue aussi des autres types de jeux au chapitre de la solvabilité. Le ratio de solvabilité moyen des opérateurs titulaires de la licence F1 (paris) a en effet diminué d’une année à l’autre, revenant de 37,72 à 25,37%.

Un quatrième sous-secteur réunit les fournisseurs, fabricants et réparateurs ainsi que les exploitants de bingos et d’autres appareils automatiques de divertissement. Ce groupe un peu fourre-tout concerne essentiellement les activités terrestres et dégage aussi des revenus immobiliers ou de commissions. Il n’entre donc pas en ligne de compte pour décrire l’évolution des jeux en ligne. En 2015, ce sous-secteur a réalisé pour 344 millions d’euros de chiffre d’affaires, en hausse de 6,3%. Les bingos y représentaient le plus gros business avec 170 millions.

Liste noire

Un des rôles de la Commission des jeux de hasard est de lutter contre les sites illégaux qui tentent de séduire les joueurs belges généralement au départ de l’étranger – le plus souvent aux frontières de l’Union européenne. L’offre illégale est doublement pénalisante pour le marché, pour rappel, puisque ces opérateurs ne sont pas agréés (licences), ce qui signifie qu’ils ne respectent pas les limitations imposées par la loi pour diminuer le risque d’assuétude des joueurs et qu’ils ne contribuent pas au Trésor public (impôts, "fee" des licences…).

La Commission a placé douze nouveaux sites de jeux illégaux sur sa liste noire en 2016, soit le même nombre qu’en 2015. Elle y a ajouté www.buabaussi.com, un site de jeux de type "Fantasy Gaming". Celui-ci proposait au candidat joueur d’acheter des parts de sportifs jouissant d’une certaine valeur marchande, qui varierait selon leurs prestations durant les compétitions. Le parieur gagnait ou perdait de l’argent en fonction des variations à la hausse ou à la baisse de cette valeur. Ce type de jeu doit être considéré comme un pari sportif et soumis à licence, a estimé le régulateur. Ne disposant pas de licence, l’opérateur étranger qui le commercialisait a été "blacklisté".

Régulateur: Un manque de moyens chronique qu’on pourrait régler par une fusion

"Des voix s’élèvent pour la modernisation des régulateurs et plus spécialement celui des jeux de hasard", écrit Étienne Marique, le président de la Commission des jeux de hasard (CJH), en conclusion du rapport 2016 de son organisation. Il appelle de ses vœux "un régulateur bien outillé et appuyé par du personnel compétent". Et constate qu’"il n’y a pas d’autre choix que de se doter d’un régulateur regroupé ou unique ou du moins d’un centre de connaissances unique à la disposition des différents régulateurs du marché".

Un appel du pied aux politiques? Ce qui est sûr, c’est que le régulateur du secteur se sent parfois chichement outillé face à des enjeux qui dépassent largement le cadre de nos frontières et à des opérateurs colossaux. Il se sent aussi à l’étroit dans un cadre juridico-légal qui ne lui donne pas toujours toute latitude pour faire son travail, notamment face à un opérateur puissant qui échappe à son contrôle – la Loterie Nationale. Du coup, le régulateur rêve d’un regroupement des forces.

Au siège de la CJH, les regards se tournent vers l’Institut belge des services postaux et télécoms (IBPT), qui dispose de plus de personnel, plus d’expériences techniques, plus de compétences, etc. Comme l’avenir des jeux de hasard passe par la technologie et la société de l’information, il n’est pas complètement illogique d’imaginer que leur régulation pourrait s’exercer au sein d’un organe conjoint, IBPT-CJH. Reste à voir si ce serait politiquement jouable.

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