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Les CEO belges plus pessimistes pour l'économie en 2019

Le Forum économique mondial s’ouvre à Davos sur fond de prévisions revues à la baisse. ©AFP

PwC a pris le pouls des grands patrons à travers le globe: ceux-ci tablent sur un ralentissement. Les Européens en général et les Belges en particulier s’attendent à pire. Côté positif: ils attendent beaucoup de l’intelligence artificielle.

La croissance économique devrait ralentir cette année au plan mondial, selon une majorité des 1.378 CEO interrogés dans 91 pays par le bureau-conseil PwC. Et parmi les grands pays européens, les patrons d’entreprises les plus pessimistes sont les Belges, dont 14% tablent sur une stagnation et 45% sur un déclin, à comparer avec 32 et 29% respectivement pour la moyenne européenne et 28 et 29% pour la moyenne mondiale. "Les CEO européens sont un peu plus pessimistes que les dirigeants mondiaux, précise Axel Smits, le président de PwC Belgium, ce qu’on peut expliquer par le Brexit et son impact potentiel. La dégradation des relations entre les Etats-Unis et la Chine a, elle, un impact global qui se reflète dans l’évolution mondiale. Quant aux CEO belges, ils ont tendance à devenir plus rapidement pessimistes que leurs homologues des pays voisins; on avait observé le même phénomène les années précédentes." Axel Smits estime de son côté qu’"il y a des signaux indiquant que la croissance va ralentir, mais sans déboucher sur une crise".

"Les CEO belges ont tendance à devenir plus rapidement pessimistes que leurs homologues des pays voisins."
Axel Smits
président de PwC Belgium

Les dirigeants belges comme mondiaux se montrent tous plus confiants concernant les perspectives de progression de leurs propres revenus pour les douze mois à venir. Plus d’un tiers d’entre eux se disent "très confiants" (36% des Belges, 35% du total) et au moins 40% d’entre eux se montrent  "confiants" (40% des Belges, 47% du total).

Plutôt engager que remercier

Leurs prévisions de créations d’emplois confirment qu’ils sont plus sûrs de leurs entreprises que de la conjoncture globale. 45% des CEO belges pensent accroître leur effectif au cours de l’année et 31% prévoient de conserver le même niveau, tandis que 19% pensent le réduire un peu et 2% beaucoup. Au plan mondial, 54% des patrons vont augmenter leurs effectifs, 26% les maintenir, 18% les réduire légèrement et 1% beaucoup.

"Un challenge spécifique se pose pour profils liés à la technologie de l’information et à l’intelligence artificielle: toutes les entreprises en ont besoin, mais il n’y en a qu’un nombre réduit sur le marché."
Axel Smits
président de PwC Belgium

"On souffre d’un déficit de talents, commente Axel Smits. Les gens qui prophétisent que la transformation digitale va s’accompagner d’une contraction de l’emploi se trompent. Trouver les bonnes personnes est devenu difficile dans quasiment tous les secteurs, ce qui pousse notamment les entreprises à organiser elles-mêmes des formations à la nouvelle économie. Un challenge spécifique se pose pour profils liés à la technologie de l’information et à l’intelligence artificielle: toutes les entreprises en ont besoin, mais il n’y en a qu’un nombre réduit sur le marché."  Là, le manque devient de plus en plus criant...

Quelles menaces?

Selon Axel Smits, le président de PwC Belgique, le pessimisme des patrons belges peut notamment s'expliquer par le Brexit et son impact potentiel. ©PwC Belgique

Parmi les principales menaces économiques, sociales et politiques, les CEO belges citent en premier lieu la surréglementation: ils sont 43% à le souligner, contre 35% au niveau global. Le protectionnisme est leur deuxième souci, devant l’incertitude politique, alors que les patrons mondiaux pointent cette incertitude au deuxième rang, devant les conflits commerciaux. "C’est la complexité de nos institutions politiques qui est en cause, détaille Axel Smits. Le fait que les règles diffèrent selon qu’on se situe au plan fédéral ou dans telle ou telle Région rend les choses beaucoup plus compliquées. Il faudrait qu’on aligne les procédures juridiques, fiscales et administratives."

L'intelligence artificielle dès à présent

L’intelligence artificielle (IA) fascine manifestement les patrons. Ceux-ci sont d’accord pour dire qu’elle va changer de manière significative leurs opérations dans les cinq ans (96% des CEO belges, 85% des CEO mondiaux). Et six dirigeants sur dix vont jusqu’à prédire qu’elle aura un plus grand impact sur le monde que la révolution internet (60% des Belges, 62% des CEO mondiaux)...

"Les dirigeants ont tendance à croire que l’intelligence artificielle sera importante à l’avenir, mais pas aujourd’hui, répond Smits. Ils se trompent, car cette évolution a déjà commencé."
Axel Smits
président de PwC Belgium

Ils sont toutefois moins prompts à en tirer les conséquences: seul un tiers d’entre eux ont déjà introduit des initiatives liées à l’IA dans leurs entreprises "pour un usage limité", en Belgique comme dans le monde, et seuls 9% des patrons mondiaux (aucun Belge) en font déjà plus: soit des "initiatives présentes à grande échelle", soit des initiatives "fondamentales" pour leur organisation. En revanche 23% des CEO mondiaux et 36% des Belges n’ont actuellement aucun plan pour se lancer dans l’intelligence artificielle.

Paradoxal? "Les dirigeants ont tendance à croire que l’intelligence artificielle sera importante à l’avenir, mais pas aujourd’hui, répond Smits. Ils se trompent, car cette évolution a déjà commencé: on collecte les données, on les analyse, via l’apprentissage automatique on en tire des conclusions avec, au final, les ordinateurs qui prennent leurs propres décisions. L’intelligence artificielle existe depuis des décennies, mais elle évolue très rapidement aujourd’hui grâce à l’accélération de la vitesse de traitement des  informations. Il faut suivre ce mouvement maintenant."

Stimulation publique

Les gouvernements seront appelés à jouer un rôle important pour soutenir le recours accru à l’AI: les CEO de tous les horizons s’accordent sur ce point: 76% d’entre eux au niveau global et 67% des patrons belges voient les Etats développer une stratégie nationale et des politiques pour l’intelligence artificielle en incluant leurs impacts pour les communautés. "C’est aussi logique, dit Axel Smits, car il faudra adapter les législations et modifier l’organisation de l’enseignement pour faciliter cette transformation." A noter qu’environ la moitié des CEO (56% du total, 45% des Belges) pensent que les pouvoirs publics devront fournir "un filet de sécurité" pour les travailleurs remplacés par l’AI. 

©MEDIAFIN

 

 

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