Les CEO des sociétés cotées ont lâché du lest sur leur bonus

Le comité de direction du groupe brassicole AB Inbev a renoncé à 20% de sa rémunération fixe. ©REUTERS

Plus de la moitié des dirigeants des sociétés cotées en Belgique et aux Pays-Bas ont vu leur rémunération variable érodée en raison de la crise. Souvent sur base volontaire.

Dans quelle mesure les dirigeants des sociétés cotées ont-ils contribué aux efforts financiers de leur employeur pour atténuer l'impact de la crise pandémique ? Et quand ils l'ont fait, était-ce volontairement ou non? L'équipe du centre de recherche sur les rémunérations de dirigeants de la Vlerick Business School a mené l'enquête auprès des sociétés cotées des bourses d'Euronext Bruxelles et Amsterdam. Elle s'est concentrée sur les entreprises ayant déjà publié leur rapport annuel et a exclu de la liste celles ayant changé de CEO. Restent 41 sociétés cotées en Belgique et 54 aux Pays-Bas, une population réduite à 92 sociétés après élimination des doubles cotations. Le résultat le plus marquant: la moitié des CEO ont vu leur bonus diminuer l'an dernier.

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CEO
18 CEO de sociétés cotées sur 92 (20%) ont dû accepter une baisse de leur rémunération fixe.

Les efforts ont été globalement limités. La médiane des salaires fixes des 92 patrons est restée en hausse de 1,6% sur 2019, tandis que la médiane de leurs variables a reculé de 3,2%. Ces deux statistiques recouvrent toutefois des réalités très diverses. Vingt pour cent des entreprises retenues (18 sur 92) ont temporairement réduit le fixe de leur CEO. De l'ordre de 10 à 20% le plus souvent. Et sur base volontaire dans maints cas. Les brasseurs AB InBev et Heineken font partie du lot: leurs comités de direction ont tous deux accepté une baisse de 20% de leur fixe du 1er mai au 31 décembre.

16% des sociétés n'ont octroyé aucun bonus

Davantage d'efforts ont été accomplis sur la rémunération variable à court terme. la part des sociétés n'ayant octroyé aucun bonus à leurs dirigeants a grimpé de 1% en 2019 à 16% l'an dernier. Bien plus, 50% des entreprises ont réduit leurs variables. Mais à contre-courant, 33% d'entre elles ont augmenté ceux-ci de plus de 20%.

"Nous constatons un lien très clair entre les concepts 'pay' et 'performance'."
Xavier Baeten
Professeur en rémunération et durabilité, Vlerick Business School

Réduction du bonus et recul du chiffre d'affaires de l'entreprise vont souvent de pair. Pour une baisse de 10% du chiffre d'affaires, le bonus a généralement diminué de 21%, ont relevé les chercheurs de la Vlerick. "Au cours de l'année 2020 caractérisée par la crise du coronavirus, les entreprises ont vécu un peu selon leurs moyens et nous constatons un lien très clair entre les concepts 'pay' et 'performance'", commente le professeur Xavier Baeten qui pilote le centre de recherche.

Alors que la société Accell a vu ses revenus progresser de 17%, ses dirigeants ont néanmoins décidé de renoncer à leurs bonus.

Les dirigeants de neuf sociétés ont renoncé d'eux-mêmes à leur rémunération variable. Figurent parmi eux les CEO de la banque ING, du groupe de travail intérimaire Randstad, du groupe immobilier Immobel ou encore du fabricant de projecteurs Barco. Si dans la plupart des cas ces renoncements volontaires reflétaient une baisse du chiffre d'affaires des sociétés concernées, une exception notoire est à mettre à l'actif d'Accell, un fabricant néerlandais de vélos. Accell a réalisé des ventes en hausse l'an dernier, les mesures de confinement ayant poussé nombre de particuliers à redécouvrir les charmes de la "petite reine". Mais alors que la société a vu ses revenus progresser de 17%, ses dirigeants ont néanmoins décidé de renoncer à leurs bonus. "Compte tenu de l'énorme impact du Covid-19 sur la société en général", selon le rapport annuel.

D'autres comportements remarquables ont été épinglés dans l'étude. Le groupe de lingerie Van de Velde a ainsi modifié son système de bonus en cours d'année, afin qu'il corresponde mieux au nouveau contexte. Il a restreint le nombre de critères collectifs à atteindre et réduit de moitié la base de calcul du variable.

La biotech Oxurion a reporté ses bonus à 2021 en précisant qu'elle prendra les deux exercices (2020 et 2021) en compte pour déterminer s'il y en aura et à quel niveau. Le groupe financier KBC, enfin, a ramené son budget bonus à 75% de la norme pour 2020.

Le résumé

  • La moitié des dirigeants de sociétés cotées en Belgique et aux Pays-Bas ont vu leur bonus diminuer l'an dernier, en lien avec l'impact de la crise sur leurs résultats, selon la nouvelle étude de la Vlerick Business School.
  • Neuf CEO sur 92 ont renoncé d'eux-mêmes à leur rémunération variable.
  • Les dirigeants du fabricant de vélos néerlandais Accell ont décidé de se passer de bonus alors que leur société a vu ses revenus et bénéfices progresser.
  • Les dirigeants d'AB InBev et Heineken ont accepté une baisse de 20% de leur fixe sur 8 mois.

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