Les CEO les mieux payés ne donnent pas les meilleures perfs

Pour le professeur Xavier Baeten, c'est le court-termisme qui aboutit à cette situation paradoxale où les CEO aux plus hauts bonus ne donnent pas les résultats escomptés.

Un CEO trop bien payé en primes et actions et trop stimulé par des critères comptables ne donnera pas les meilleurs résultats à long terme.

N'offrez pas trop de bonus et d'actions à vos CEO, et ne vous basez pas trop sur des indicateurs de performance comptables, comme la rentabilité, pour les leur octroyer... Cela pourrait être la conclusion des conseils d'administration des sociétés cotées en Bourse, à la lecture de la dernière édition de l'enquête annuelle sur les salaires des CEO publiée par le centre de recherche ad hoc de la Vlerick Business School. C'est un peu surprenant, on vous l'accorde, mais on vous explique pourquoi.

"A plus long terme, tous les effets positifs disparaissent et l'effet des incentives a même tendance à s'inverser."
Xavier Baeten
Professeur, Vlerick Business School

Pour la première fois, le professeur Xavier Baeten et son équipe ont analysé les effets de causalité entre les modes de rémunération des dirigeants et les résultats des entreprises. De manière classique, un niveau de rémunération plus élevé, une part de rémunération variable (primes, options sur actions, actions de performance) supérieure et un poids important accordé aux indicateurs financiers contribuent à ce que la société concernée réalise de meilleurs résultats financiers. Mais ce constat ne vaut que pour ses résultats à court terme, observe Xavier Baeten à l'issue de cette étude spécifique. A plus long terme (deux ans plus tard, dans l'analyse), "tous les effets positifs disparaissent et l'effet des incentives a même tendance à s'inverser", relève-t-il.

A long terme, une proportion élevée de variable exerce un impact négatif sur la rentabilité de l'entreprise. Et l'application de critères de performances comptables produit également un effet négatif. "Cela tient probablement au fait que ces critères mettent trop l'accent sur le court terme", conclut l'enquête. Paradoxalement, ce sont les critères les plus utilisés actuellement par les entreprises cotées...

Les CEO belges du Top augmentés

La rémunération des CEO des sociétés cotées belges reprises dans l'indice Bel 20 a augmenté l'an dernier, nous apprend par ailleurs cette enquête: leur salaire médian a atteint 2,4 millions d'euros, variable inclus, contre 2,1 millions en 2018. Sur les cinq dernières années, la rémunération médiane des dirigeants du Bel 20 est passée de 1,7 à 2,4 millions d'euros.

2,4 mio €
rémunération totale
En 2019, les CEO des sociétés du Bel 20 ont perçu 2,4 millions d'euros (médiane), part variable incluse.

Mais ce n'est pas vrai pour les CEO des plus petites capitalisations. Le salaire des dirigeants des sociétés des indices BelMid et BelSmall sont restés quasiment inchangés sur les cinq ans, à 0,7 million d'euros pour les moyennes capitalisations et à 0,56 million pour les petites. De 2018 à 2019, les patrons du BelSmall ont tout de même engrangé une belle augmentation, voyant leur rémunération totale passer de 0,43 à 0,56 million.

Les Français sont les mieux payés

L'équipe de la Vlerick Business School a étendu son enquête aux sociétés européennes de l'indice Stoxx Europe 600, parmi lesquelles figurent 17 sociétés belges dont AB InBev, KBC, Solvay, UCB ou Umicore. La rémunération médiane des CEO de ces 600 sociétés s'est établie l'an dernier à 2,99 millions d'euros. Les CEO français sont les mieux payés, avec 3,52 millions d'euros, devant les Britanniques (3,3 millions) et les Suisses (2,9 millions). Les Suédois sont les moins bien payés, avec 1,75 million.
Les patrons belges ont dû "se contenter" de 2,62 millions d'euros en 2019. Ils talonnent les Néerlandais (2,8 millions).
La taille des entreprises joue toujours un rôle important dans le niveau de la rémunération, ce qui explique les positions élevées des patrons français et britanniques. Les sociétés françaises de l'indice affichent en effet la deuxième plus grosse capitalisation médiane de l'ensemble, avec 11,7 milliards d'euros. Les Néerlandais pourraient toutefois revendiquer mieux à cet égard puisqu'ils ont la plus forte capitalisation (12 milliards).
Les patrons belges des sociétés de l'indice se distinguent des autres de deux manières au niveau de la composition de leur salaire. Ils perçoivent la plus petite part de rémunération fixe, 23% (contre une moyenne de 30% pour les 600 sociétés), et la plus grande sous forme de variable à long terme, 52% (moyenne de 42%).

Options moins courues

La part du salaire variable grimpe avec la taille des sociétés. C'est ainsi que les CEO du Bel 20 ont vu leur "fixe" s'établir à seulement 26% de leur rémunération totale l'an dernier, contre 59% pour leurs homologues du BelMid et 67% pour ceux du BelSmall. L'augmentation de la rémunération des sociétaires du Bel 20 sur les cinq dernières années est due pour l'essentiel à leur salaire variable. A noter que les options sur actions sont progressivement devenues moins populaires, au profit des actions de performance, dont le volume définitif dépend de la réalisation de performances prédéfinies: les entreprises qui versent des options sont revenues de 72 à 47% de l'ensemble, tandis que celles octroyant des actions de performance sont passées de 25 à 40%.

5%
part des sociétés belges cotées appliquant le seuil minimum
Seules 5% des sociétés belges cotées imposent à leur CEO de conserver des actions, alors que ce point est recommandé dans le Code de gouvernance 2020.

Entrée en vigueur au premier janvier 2020, la recommandation visant à imposer au CEO de conserver en permanence un seuil minimum d'actions de sa société a été peu suivie jusqu'ici. A peine 5% des sociétés belges cotées l'appliquent aujourd'hui, selon l'étude. Elle a été introduite par le nouveau code belge de gouvernance et, comme ses autres recommandations, elle est basée sur le principe "complain or explain" ("se conformer ou expliquer"): les (nombreux) mauvais élèves devront donc se justifier à ce sujet dans leur prochain rapport annuel...

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